Afrique MALI

Sanctions occidentales contre la TRANSITION : téléguidage d’une CEDEAO dévouée

Publié le jeudi 25 novembre 2021, par Gabinho

Au cours d’une session extraordinaire du Conseil de Médiation et de Sécurité des chefs d’état et de gouvernement à tenue le 7 novembre à Accra au Ghana, la CEDEAO, qui a exclu en catimini le développement dans ses objectifs, a pris l’initiative de sanctionner les autorités de la transition au Mali. Ce faisant, elle confirme son rôle de serviteur zélé des oligarchies des pays développés…
SANCTIONS OCCIDENTALES CONTRE LA TRANSITION MALIENNE :
téléguidage orchestré par une CEDEAO dévouée

Au cours d’une session extraordinaire du Conseil de Médiation et de Sécurité des chefs d’État et de gouvernement tenue le 7 novembre à Accra au Ghana, la CEDEAO, qui a exclu en catimini le développement dans ses objectifs, par la décision CMS A/DEC. 02/11/2021 a pris l’initiative de sanctionner les autorités de la transition au Mali. Ce faisant elle confirme son rôle de serviteur zélé des oligarchies des pays développés - avec une France revancharde suite à huit ans au Mali, non pas de traversée du désert, mais de travers guerriers sans victoire éclatante -, qui entendent ne pas céder leur influence sur la gestion de la question sécuritaire dans la région sahélienne, avec en filigrane la sauvegarde des intérêts de leurs multinationales dans la sous-région.

Au fil du temps la CEDEAO est devenue un véritable syndicat de Chefs d’Etat des pays d’Afrique de l’Ouest. Ceci découle de l’éternisation au pouvoir dans la plupart des pays membres de l’institution sous-régionale de l’Afrique de l’Ouest, de présidents mal élus, peu soucieux du respect des règles démocratiques, notamment la vérité des urnes et des comptes publics, plus préoccupés de la préservation de leurs intérêts personnels que de l’intérêt supérieur de leurs peuples. En conséquence, ce que ne supporte pas la CEDEAO, c’est que le peuple du Mali soutienne avec détermination des autorités de la transition qui ont osé mettre fin à l’impéritie d’un pouvoir soutenu à bout de bras par la nébuleuse communauté internationale, notamment par la France, un pouvoir totalement inefficace, autant dans la lutte contre le terrorisme que dans l’action pour engager le Mali sur la voie du développement et de celui de ses populations.

La CEDEAO, si pointilleuse aujourd’hui avec le Mali, accepte pour autant sans sourciller la situation d’un pays comme le Togo, régenté et mis en coupe réglée par la même famille au pouvoir sans interruption depuis 55 ans. Elle a auparavant accepté sans sourciller le règne de 27 ans de Blaise Compaoré au Burkina Faso, parvenu au pouvoir après l’assassinat de Thomas Sankara. Elle ne s’est pas davantage offusquée de la présence sans partage au pouvoir durant 30 ans de Idriss Déby Itno au Tchad, récemment victime d’un coup d’état qui a aussitôt porté au pouvoir Mahamat Idriss Déby Itno, le propre de fils de Déby, à la tête d’une junte militaire. La différence, non négligeable, entre Bamako et N’Djamena c’est que le président français Emmanuel Macron a cru utile d’aller discréditer la France, en assistant à l’investiture de Mahamat Idriss Déby Itno, président issu d’un coup d’état institutionnel ou, c’est selon, d’une révolution de palais, qui foule aux pieds les principes élémentaires de la démocratie, selon les termes même de la constitution du Tchad.

Ainsi selon la CEDEAO, la vérité du soutien français appuyé, à la transition à N’Djamena devient une erreur à Bamako et ne rime pas avec le soutien populaire au régime de la transition.[i] Une bonne occasion pour Paris de renforcer le « macron bashing » dans les pays francophones en phase de transition.

La position de la CEDEAO doit-elle être entendue comme un soutien implicite mais non déclaré au pouvoir d’Emmanuel Macron, à quelques mois de l’élection présidentielle française où il y a peu de doutes qu’il sera probablement candidat à sa succession, alors que la situation géopolitique est on ne peut plus tendue dans la région ? Les tentatives de celui-ci ne manquent pas pour tenter de redorer son blason personnel, compte tenu des revers stratégiques qu’il ne cesse d’essuyer en Afrique de l’Ouest, dans la région du Sahel. A l’origine, c’est bien la décision non stratégique de l’ex-président français, Nicolas Sarkozy d’intervenir en Libye contre l’avis de l’Union africaine qui a conduit la France à s’enliser dans le Sahel suite au déploiement des groupes terroristes djihadistes armés venus entre autres de la Libye. Le soutien implicite pourrait-il n’être que des « injonctions discrètes » à des chefs d’Etat de la CEDEAO qui doivent leur poste à la France.

APRÈS LE MALI, DEMAIN LA GUINÉE…, ENSUITE LE BURKINA FASO ?

Un événement fâcheux pour l’image de la France s’est déroulé au Burkina Faso et n’a suscité qu’un enthousiasme très timide au sein des rédactions des médias français. On comprend pourquoi à la lecture des événements. L’incident implique pourtant directement l’armée française dont un convoi comprenant une trentaine de véhicules, transitait de la Côte d’Ivoire jusqu’au Niger et circulait entre jeudi 18 et samedi 20 novembre sur le territoire du Burkina-Faso. Après avoir été bloqué une première fois lorsque « dans la nuit du mercredi 17 au jeudi 18 novembre 2021, des centaines de jeunes manifestants dressent des barricades à l’entrée de Ouagadougou empêchant le passage du convoi. »[ii], celui-ci put repartir dans la matinée du jeudi, avant de se retrouver finalement bloqué par une foule d’habitants du village burkinabé de Kaya, à une centaine de kilomètres au nord de de la capitale Ouagadougou.

Si cet incident a réveillé le sentiment anti-français au sein de populations excédées par l’incurie du pouvoir politique alors qu’elles paient un lourd tribut du fait des assassinats à répétition de civils et de militaires, perpétrés par des groupes terroristes, les éditorialistes burkinabés se montrent également peu tendres avec le pouvoir du Président de la République Roch Marc-Christian Kaboré. Après s’être demandé, « Blocage d’un convoi militaire français à Kaya, avait-on vraiment besoin de ça ? », Hamadou Gadiaga relève que le convoi fut bloqué « par des manifestants ulcérés par le jeu supposément trouble de la France dans le chaos sécuritaire en cours au Mali, au Niger et bien sûr chez nous. Face à tous ces événements majeurs, le gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, considéré de plus en plus comme le ‘’Wikipédia’’ de l’incurie et de la mal gouvernance, a fait profil bas, se contentant d’appels au patriotisme usés jusqu’à la corde, et comptant désormais et visiblement sur la Providence pour stopper la consolidation de l’étouffante emprise des terroristes sur notre pays. »[iii] Il relève que le convoi avait déjà été accueilli dans plusieurs localités burkinabés par des manifestations d’hostilité, mais à Kaya il a dû interrompre sa route et n’a pas pu la reprendre avant la nuit de samedi à dimanche, pour ensuite rebrousser chemin et aller stationner en attendant de nouvelles instructions dans un village plus au sud. Selon les images tournées sur place par Africanews et par la chaîne Burkinabé BF1 les soldats français ont dû effectuer des tirs de sommation pour se dégager de l’emprise des manifestants[iv].

Le reportage du correspondant de France 24 à Kaya, permet de voir une foule de jeunes dont certains brandissent parfois des drapeaux russes[v], un acte qui bien entendu ne manquera pas d’« agacer », une nouvelle fois E. Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. On peut aussi entendre, au micro tendu par RFI les récriminations d’un citoyen burkinabé de Kaya à l’égard de l’inefficacité prononcée de l’armée française dans la lutte contre le terrorisme : « Le terrorisme ça fait quinze ans et la France qui est une puissance mondiale en armement, ils ne sont pas capables de faire chasser les terroristes, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. À tout moment ils sont en train de passer avec des convois ici, et on ne sait pas ce qui se passe dedans.[vi] » Le correspondant de RFI, Yaya Boudani rapporte également l’incompréhension de Sayouba Ouédraogo, habitant de la région Centre-Nord devant la passivité de l’armée française alors que le Burkina Faso est assailli de tous côtés par les terroristes : « On ne sait pas ce qu’il y a dans les contenants : des motos, des munitions, des armes… Nous ne le savons pas. Nous voulons que l’armée française se replie. Nous ne les voulons plus sur notre sol. Qu’ils repartent avec leur matériel. Parce que quand ils passent, les attaques sont plus fréquentes. Donc, ça veut dire qu’ils sont en complicité avec ces terroristes qui, après avoir été ravitaillés, perpétuent encore les attaques.[vii] »

Il y a chez les citoyens burkinabés gagnés par un sentiment anti-français, le reproche fait à l’armée française de ne pas avoir réussi depuis son déploiement dans la région à vaincre les terroristes qui eux continuent d’y semer la mort, comme encore le 14 novembre à Inata dans le Soum, avec le massacre de 53 personnes dont 49 gendarmes du détachement de gendarmerie d’Inata et 4 civils. La rédaction de l’Observateur Paalga après s’être interrogée : « Situation nationale : nous en sommes donc là ! », n’est pas tendre avec le pouvoir qui parle de simples dysfonctionnements alors qu’en fait le mal est plus profond : « Car en fait de « dysfonctionnements », plus les conclusions préliminaires de l’enquête ouverte à cette occasion nous parviennent, plus on se convainc qu’il s’est agi d’un cocktail détonant où se sont mélangés une mauvaise appréciation par la hiérarchie de l’urgence, en l’occurrence alimentaire, dans laquelle les éléments se trouvaient ; des revendications inhabituelles de la relève ; un problème de communication entre les Forces de défense et de sécurité ; le tout sur fond d’une indécente guerre des polices (précisément entre militaires et gendarmes) qui n’a pas pris fin et qui rend la collaboration parfois problématique »[viii].
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Titres de la presse Burkinabé

Un autre éditorialiste burkinabé estime que l’armée française est tombée dans le piège burkinabé. Parmi les populations qui bloquaient le convoi militaire on entendait des slogans exigeant la démission du président burkinabé Roch Marc-Christian Kaboré, jugé trop proche de la France, qui « a dû sortir de sa trop longue torpeur, pour annoncer des « sanctions disciplinaires sans exception » contre ceux qui auraient contribué à affamer les soldats au front. »[ix]. Le président Kaboré est donc jugé par les burkinabés incapable de nourrir correctement ses soldats que l’on a vus affamés et désorganisés lors de l’attaque d’Inata, incapables d’assurer la sécurité de la population face aux groupes armés non identifiés, ce qui explique que « harcelées et endeuillées au quotidien par les terroristes qui ont décidé de rendre le Burkina Faso et le Sahel africain invivables, les populations burkinabè dans plusieurs régions, ont choisi les manifestations de rue pour pousser les autorités militaires et politiques à prendre leurs responsabilités.[x] »

La une d’un quotidien burkinabé titre ce lundi : « Blocus d’un convoi militaire français à Kaya – La posture de la « France-bouc émissaire » est un pis-aller » et précise que le sentiment anti-français dans ses emportements actuels est aussi bel et bien dû également au louvoiement de cette France qui tape sur le Mali, qui tolère le Tchad et qui tient un discours dont on sent qu’il est causé par un recul de son influence et l’arrivée d’autres puissances, comme la Chine, la Russie et la Turquie dans cette région au sahel.

Dans un communiqué publié à Abuja le 18 novembre 2021, la Commission de la CEDEAO, ayant « appris avec stupeur et indignation la mort de plusieurs éléments des forces de défense » a « présenté ses condoléances » puis « condamné fermement ces attaques lâches et barbares » avant de réitérer « son soutien au gouvernement du Burkina Faso dans la lutte contre le terrorisme ». En termes diplomatiques cela s’appelle le service minimum[xi]. La Commission de la CEDEAO s’est bien gardée de tancer l’impétrant collègue Roch Marc-Christian Kaboré, pour son incurie notoire et son incapacité à nourrir les gendarmes du détachement d’Inata. Comment en effet lutter contre le terrorisme le ventre vide ?

En guise de conclusion provisoire de la situation du Burkina Faso, laissons la parole à un éditorialiste burkinabé : « Voici donc où nous en sommes ! Un environnement sécuritaire plus que jamais préoccupant avec une armée qui semble dépassée par les événements et dont les « dysfonctionnements » laissent parfois pantois ; un climat économique qui se ressent de ce contexte ; et, dernier épisode en date, le piège burkinabè qui, après le tir de barrage de Kaya, s’est refermé sur le convoi militaire français en partance pour le Niger au milieu du gué en plein Sahel. Des soldats tricolores contraints de battre en retraite et d’errer comme des âmes en peine sans trop savoir où aller. Avec tous les dérapages possibles qu’une telle tension peut engendrer, car il suffirait d’une étincelle pour que ce face-à-face entre croquants et soldats, potentiellement explosif, s’embrase. »

Le procès des assassins de Thomas Sankara se déroule en ce moment même à Ouagadougou, alors que Emmanuel Macron, contrairement à une promesse faite devant les étudiants de l’université de Ouagadougou, n’a transmis que très partiellement une lilliputienne partie des dossiers classés secret-défense notamment ceux concernant l’action de la France et de la Côte d’Ivoire dans cet assassinat. Les pressions éventuelles sur les juges pour ne pas évoquer le rôle de la France et de la Côte d’Ivoire ne sont pas à exclure. De fait, la situation de plus en plus tendue au Burkina Faso, laisse-t-elle présager qu’après Blaise Compaoré, les citoyens burkinabés pourraient prochainement inviter Roch Marc-Christian Kaboré à abandonner le pouvoir, comme les maliens l’ont fait avec Ibrahim Boubacar Keïta au motif de l’impéritie dans la gestion des affaires et de l’inefficacité dans la lutte contre le terrorisme ?

LA CEDEAO NE VOIT RIEN, N’ENTEND RIEN ! SURTOUT PAS LES DOLÉANCES DES PEUPLES, CEUX DU TOGO EN PARTICULIER !

On l’a compris, la CEDEAO ne voit rien, n’entend rien ! surtout pas les doléances et les cris de souffrance des peuples, ni ceux du Mali, ni ceux de la Guinée, encore moins ceux du Togo ! Mais la CEDEAO n’est pas à une contradiction près.

Pendant qu’elle gesticule au Mali et prononce des sanctions contre l’ensemble des membres du régime de transition – totalité des membres du Gouvernement de transition et des membres du Conseil National de la Transition du Mali –, sanctions qui sont un simple copier/coller de celles prononcées par certains pays occidentaux à l’égard d’autres pays (par exemple Etats-Unis et Union Européenne à l’égard de la Russie), en réalité sans grands effets concrets, cela ne l’empêche pas de soutenir des régimes très autoritaires sans la moindre légitimité.

C’est par exemple le cas du Togo, où la CEDEAO soutient sans la moindre récrimination Faure Gnassingbé, fils et successeur à la Présidence de la république d’Etienne Eyadema Gnassingbé, un clan qui exerce le pouvoir suprême au Togo sans interruption depuis 55 ans. La CEDEAO qui s’émeut en 2021 du recul de la date des élections initialement prévues au Mali en février 2022, n’a jamais émis la moindre réserve sur les dizaines de scrutins volés au Togo durant cinq décennies par le clan Gnassingbé et son principal soutien le Parti UNIR/RPT, par la falsification systématique des véritables résultats issus des urnes et en empêchant l’expression de la Vérité des Urnes.

Nous avons rappelé dans ce blog[xii] de quelle manière la CEDEAO a trahi en 2018 le peuple togolais, via le mirage d’une « feuille de route » qui n’a servi qu’à autoriser Faure Gnassingbé à s’éterniser au pouvoir. Cette feuille de route fut servie au peuple togolais sous la houlette de deux supposés « facilitateurs » Alpha Condé et Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, celui-là même qui a apposé sa signature le 7 novembre au bas de la décision CMS A/DEC. 02/11/2021 portant imposition de sanctions ciblées contre les autorités de la Transition au Mali.

La CEDEAO ne semble pas préoccupée, encore moins émue, par le sort des 113 prisonniers politiques, citoyens autochtones ou membres de la diaspora togolaise kidnappés sur le territoire du Togo[xiii], au cours d’un séjour dans leur famille, comme en atteste le dernier exemple en date avec l’enfermement suite au kidnapping de M. Jean-Paul Oumolou, citoyen togolais de la diaspora togolaise en Suisse, et Ambassadeur du gouvernement en exil d’Agbéyomé Kodjo, le candidat qui clame sa victoire à la dernière élection présidentielle togolaise, alors que la contrevérité des urnes a permis de « valider le 4e mandat » de Faure Gnassingbé. Le gouvernement en exil étant considéré comme une sédition devient un danger pour le pouvoir en place. Les innocents qui peuplent encore les prisons du Togo, dans l’immense majorité des cas, sont sous le coup d’incarcérations abusives, des kidnappings, sans instruction judiciaire, encore moins de procès équitables. Il s’agit de prisonniers politiques.

Par ailleurs, la CEDEAO ne semble guère s’émouvoir de la non-application par le pouvoir togolais de Faure Gnassingbé, des décisions de la Cour de Justice de la CEDEAO qui dans l’affaire de Coup d’Etat montée de toutes pièces par le pouvoir, a jugé inéquitable le procès de M. Kpatcha Gnassingbé et ses co-accusés le commandant Abi ATTI et le capitaine Dontéma, la détention arbitraire et sans base légale et ordonné leur libération. Le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a rendu les mêmes conclusions. Mais à ce jour, ils restent toujours détenus depuis 12 ans[xiv]. Où sont les sanctions de la CEDEAO à l’égard de Faure Gnassingbé, eu égard à la Déclaration des Principes Politiques de la CEDEAO adoptée le 6 juillet 1991 ?

On pourrait ainsi multiplier les exemples de l’inconséquence de nombreux actes politiques et prises de position de la CEDEAO à géométrie variable, au gré des intérêts bien compris des dirigeants politiques des pays membres qui siègent dans ses instances.

C’est bien ce qu’ont compris d’une part les dirigeants de la transition politique du Mali, lorsqu’ils ont pris la décision de renvoyer sous 48 heures le représentant permanent de la CEDEAO au Mali, le déclarant « persona non grata ». D’autre part le peuple du Mali, se référant à l’exemple des trahisons de la CEDEAO à l’égard de plusieurs peuples de divers pays de la sous-région dont il a pu être témoin, n’a plus aucune confiance dans cette institution qui au fil des décennies s’est complètement décrédibilisée[xv].

Les sanctions prononcées par la CEDEAO le 7 novembre contre les autorités de la Transition, risquent de glisser sur le peuple du Mali, éventuellement demain contre celui de la Guinée, puis du Burkina Faso…, comme l’eau du marigot sur les écailles du crocodile. De fait, les sanctions occidentales contre la transition malienne apparaissent comme une forme de téléguidage orchestrée par une CEDEAO dévouée. La question est d’identifier le « chef de file » au sein de l’Union européenne sur ce dossier. FF

François FABREGAT

21 novembre 2021

DECISION DE LA CEDEAO

DECISION CMS A/DEC. 02/11/2021 PORTANT IMPOSITION DE SANCTIONS CIBLEES CONTRE LES AUTORITES DE LA TRANSITION ET TOUTES AUTRES PERSONNESEMPECHANT LE RETOUR A L’ORDRE CONSTITITIONNEL AU MALI

LE CONSEIL DE MEDIATION ET DE SECURITE,

Vu le Traite Révisé de la CEDEAO en son article 58 relatif â la Sécurité Régionale ;

VU la Déclaration des Principes Politiques de la CEDEAO adoptée le 6 juillet 1991 ;

VU le Protocole de la CEDEAO relatif du Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des conflits, du Maintien de la Paix et de la Sécurité signé à Lomé le 10 décembre 1999 en ses articles 10,11 et 12 relatifs au Conseil de Médiation et de Sécurité au niveau des Etats membres ;

VU le Protocole sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance signé à Dakar le 21 décembre 2001 ;

VU l’Acte Additionnel A./SA 13/02/12 en date du 17 février 2012 portant Régime des sanctions à rencontre des Etats membres qui n’honorent pas leurs obligations vis-à vis de la CEDEAO ;

CONSIDERANT les Principes énoncés dans la Déclaration solennelle de l’Organisation de L’Unité

Africaine (OUA) sur la sécurité, la stabilité, le développement et la coopération en Afrique, adoptée à Abuja les 8 et 9 mai 2000, ainsi que la Décision AHG.DEC 142 (xxv) relative au cadre portant sur la réaction de l’OUA aux changements anticonstitutionnels de Gouvernement, adoptée à Alger en Juillet 1999 ;

CONSIDERANT QUE le 18 août 2020 une junte militaire, le Comité National de Salut pour le Peuple (CNSP) s’est emparé du pouvoir au Mali en renversant le Président démocratiquement élu, son Excellence Ibrahim Boubacar KEITA ;

CONSTATANT l’absence de progrès dans la préparation des élections, notamment l’absence d’un calendrier détaillé des activités pour la tenue des élections aux dates convenues ;

CONSIDERANT que la non-tenue des élections à date est constitutif de la remise en cause des fondements essentiels de la CEDEAO et viole ainsi les dispositions de l’article 2 paragraphe 2 i) de l’Acte additionnel A.SA 13/02/12 qui prescrivent le respect et la protection des Droits de l’Homme, l’Etat de droit, la démocratie et l’ordre constitutionnel ;

CONSTATANT que les incertitudes politiques accrues dans ce pays ont pour conséquences la détérioration de la situation sécuritaire au Mali, qui est de nature à compromettre la paix et la stabilité du Mali et de la Région CEDEAO ;

CONVAINCU que l’imposition de sanctions ciblées est susceptible de créer une atmosphère favorable ou retour de Tordre constitutionnel et à TE tôt de droit, ainsi qu’au maintien de la paix et de l’intégralité territoriale du Mali ;

DECIDE :

Article 1 : Sanctions ciblées

Des sanctions sont imposées contre les individus et les groupes qui ont été identifiés, y compris les membres des Autorités de Transition et des autres institutions de la transition. Ces sanctions seront également étendues aux membres de leur famille

Ces sanctions comprennent :

Le gel des avoirs financiers
L’Interdiction de voyage.

Article 2 : Liste des personnes sanctionnées

La liste des personnes sanctionnées figure en annexe A de la présente Décision.

Article 3 : Révision de la liste des personnes sanctionnées

Le Président de la Commission, en fonction de révolution de la situation socio politique au Mali, propose la modification de ta liste et la communique au Conseil de Médiation et de Sécurité pour décision

Article 4 : Notification de la liste des personnels sous sanction

Le Président de la Commission notifie la liste des personnes sanctionnées aux autorités maliennes, aux Etats membres, aux Institutions de la Communauté, aux Nations Unies, à l’Union Africaine, aux partenaires bilatéraux et multilatéraux et a l’ensemble des structures impliquées dans la mise en œuvre des sanctions.

Article 4 : Entrée en Vigueur et Publication

1, La présente Décision M5C A/DEC.2/11/2021 entre en vigueur dès sa signature par le
Président de la Conférence.

La présente Décision est publiée au Journal Officiel de la Communauté dès sa signature
par le Président de la Conférence Elle est également publiée par chaque Etat membre
dans son Journal Officiel à compter de la date de sa notification par la Commission.

FAIT À ACCRA LE 7 NOVEMBRE 2021

POUR LE CONSEIL DE MÉDIATION ET DE SÉCURITÉ
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[i] Selon l’expression « Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà », tirée des Pensées de Blaise Pascal dans lesquelles il se moque de ceux qui croient détenir toujours la vérité et qui pensent que les autres sont toujours dans l’erreur, dans un texte où il déplore qu’il n’existe pas encore de justice universelle. Une simple rivière peut décider de la « vérité » selon la fantaisie du prince local.

[ii] « Kaya : chronologie d’un blocus de 72 heures », Aujourd’hui au Faso, 22 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.aujourd8.net/kaya-chronologie-dun-blocus-de-72-heures/

[iii] Hamadou GADIAGA, « Blocage d’un convoi militaire français à Kaya avait-on vraiment besoin de ça ? » Le Pays, 21 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://lepays.bf/blocage-dun-convoi-militaire-francais-a-kaya/

[iv] « BURKINA-FASO : LA RUE SE REBELLE, L’ARMÉE FRANÇAISE TIRE », Le Media, 22 novembre 20021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.youtube.com/watch?v=Y6BhLM-_-RE Voir également : https://bf1.tv/

[v] Kalidou Sy, « Burkina-Faso : le passage d’un convoi militaire français bloqué », France 24, 20 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.france24.com/fr/afrique/20211120-burkina-faso-le-passage-d-un-convoi-militaire-fran%C3%A7ais-bloqu%C3%A9

[vi] Camille MAGNARD, « LA REVUE DE PRESSE INTERNATIONALE », France-culture.fr, 22 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.franceculture.fr/emissions/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-du-lundi-22-novembre-2021

[vii] « Burkina Faso : un convoi militaire français bloqué à l’entrée de la ville de Kaya », RFI, 19 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20211119-burkina-faso-un-convoi-militaire-fran%C3%A7ais-bloqu%C3%A9-%C3%A0-l-entr%C3%A9e-de-la-ville-de-kaya

[viii] « Situation nationale : nous en sommes donc là ! », L’Observateur Paalga, 21 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.lobservateur.bf/index.php?option=com_k2&view=item&id=6203:situation-nationale-nous-en-sommes%C2%A0donc-l%C3%A0&Itemid=112

[ix] Morin YAMONGBE, « Convoi de l’armée française : dans le piège burkinabè ! », Wakatsera.com, 22 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.wakatsera.com/convoi-de-larmee-francaise-dans-le-piege-burkinabe/

[x] Morin YAMONGBE, op. cité.

[xi] « Communiqué de la CEDEAO suite à l’attaque d’Inata au Burkina Faso », ecowas.int, 18 novembre 2021, accédé le 22 novembre 2021. Voir : https://www.ecowas.int/communique-de-la-CEDEAO-suite-a-lattaque-dinata-au-burkina-faso/?lang=fr

[xii] François FABREGAT, « Mali : Le différend Paris-Bamako renforce le soutien populaire à la transition », BLOG : AFROUEST-ACTU FRANÇOIS FABREGAT, 28 octobre 2021, accédé le 21 novembre 2021, voir : https://blogs.mediapart.fr/francois-fabregat/blog/281021/mali-le-differend-paris-bamako-renforce-le-soutien-populaire-la-transition

[xiii] RCDTI et CVU-TOGO-DIASPORA, « L’armée doit servir le peuple africain : l’exception togolaise grâce à la France ? », cvu-togo-diaspora.org, 14 novembre 2021, consulté le 21 novembre 2021 - voir : https://cvu-togo-diaspora.org/2021/11/14/larmee-doit-servir-le-peuple-africain-lexception-togolaise-grace-a-la-france/18924

[xiv] François FABREGAT, « Perquisition au domicile de Kpatcha Gnassingbé énième traumatisme pour la famille », Blog AFROUEST-ACTU FRANÇOIS FABREGAT, 16 novembre 2021, accédé le 21 novembre 2021, voir : https://blogs.mediapart.fr/francois-fabregat/blog/161121/perquisition-au-domicile-de-kpatcha-gnassingbe-enieme-traumatisme-pour-la-famille

[xv] François FABREGAT, « Mali : Le différend Paris-Bamako renforce le soutien populaire à la transition » op. Cité