Infos Togo Chronique/ 8 mars, Droit de la Femme

Quelle Hypocrisie Humaine !

Publié le jeudi 11 mars 2021, par Gabinho

Ce 8 mars 2021, je suis surpris que tout le monde s´empare de cette journée de la femme pour dénoncer l´inégalité entre l´homme et la femme alors que dans les faits, l´homme est toujours considéré comme supérieur à la femme. Quelle hypocrisie humaine ! Les sociétés humaines qui le comprennent accordent plus d´importance aux droits de la femme. D´autres qui demeurent toujours dans ce dogme pensent encore que la femme est un être humain inférieur à l´homme.
Il y a des familles au Togo où c´est la femme qui fait tout même financièrement mais c´est le mari qui commande à la maison et dit ce qu´on doit faire. Trouvez-vous cela juste du point de vue social et humain ? La femme, même ministre ou plus, est soumise à son mari à la maison. L´inverse n´est pas possible. Vous ne verrez pas un homme ministre qui est soumis à sa femme à la maison. L´égalité doit commencer à la maison avant de s´étendre dans la vie professionnelle.
Même en Europe, les pays n´avancent pas au même rythme sur le terrain de l´égalité entre l´homme et la femme. La solution à ce problème ne réside pas dans l´attribution des postes de direction ou de commandement aux femmes mais plutôt l´égalité dans les foyers conjugaux. C´est l´idée d´infériorité ou de faiblesse qu´on se fait d´une femme, qui importe pour résoudre ce problème dans la société.
Je prends deux cas concrets de deux pays européens : France et Allemagne pour illustrer mes propos. Ce n´est pas dans l´attribution des postes aux femmes que le problème d´inégalité homme-femme se pose ou sera résolu mais dans la vie du couple ou familiale. J´ai choisi ces deux pays car je les connais bien tous deux sur le plan culturel, sociologique et juridique.
Dans ces deux pays précités, les femmes ont des postes de hautes responsabilités aussi bien sur le plan politique que professionnel. L´égalité entre l´homme et la femme n´est pas sur ce point. C´est dans les comportements et dans les foyers que cela se mesure. En Allemagne par exemple une jeune fille ne s´appelle plus « Fräulein » c´est- à-dire Mademoiselle. C´est supprimé en Allemagne depuis des décennies. Une jeune fille déjà de 18 ans, non mariée est toujours appelée « Frau » suivi de son nom de famille c´est-à-dire « Madame » qui est l´équivalent de Monsieur pour les hommes. Dans les universités aussi c´est pareil quand on veut s´adresser aux étudiantes. On ne les appelle pas Mesdemoiselles mais Mesdames. De même en droit allemand de la famille, les futurs mariés ont le droit de choisir entre le nom de la femme et celui de l´homme pour en faire leur nom de famille et c´est ce nom que les deux époux porteront pendant tout le mariage et même après la dissolution du mariage si l´un des deux le souhaite et sans l´avis de l´autre. La vie du couple est très forte en Allemagne.
Dans les documents officiels des citoyens on n´écrit pas Madame X épouse Y mais Madame Y née X. Cela veut dire que le nom que les époux portent pendant le mariage a plus d´importance que leur nom de naissance pendant la vie du couple marié.
En Allemagne, si par exemple le divorce intervenait entre eux, le conjoint qui porte le nom de l´autre est en droit de garder ce nom après le divorce sans l´avis même du conjoint auquel le nom appartient et sans qu´il le justifie par un intérêt particulier après le divorce. Même si le conjoint divorcé se remarie, il est en droit de garder le nom du premier conjoint s´il le désire. Le cas de notre chancelière est un cas concret. C´est le nom de son premier mari avec lequel elle a divorcé, qu´elle porte et non le nom de son mari actuel. C´est pour dire que sur ce plan des droits de la femme dans le couple, l´Allemagne est beaucoup en avance sur la France. En France une jeune fille non mariée est toujours appelée « Mademoiselle ». Pourtant, quand François Fillon était Premier ministre au temps du président Nicolas Sarkozy, il avait demandé que ce terme « Mademoiselle » soit retiré dans les formulaires administratifs et remplacé par « Madame » qui est équivalent de « Monsieur » pour les hommes. Une circulaire administrative a été envoyée aux préfets et aux ministres concernés pour faire appliquer cette nouvelle mesure administrative. Mais je peux vous dire qu´en France dans les faits, cela subsiste encore et rien n´a changé dans les logiciels. Même chez les notaires qui devraient être les bons élèves en France dans ce domaine, les logiciels de rédactions d´actes notariés, comportent encore ce terme Mademoiselle et dans les courriers qu´on envoie aux clientes, jeunes femmes non mariées. C´est pour dire que la discrimination ou l´inégalité ente l´homme et la femme demeure encore dans les pays développés aussi mais cela varie en fonction des pays. Je ne parle pas ici d’inégalité sur le plan professionnel mais sur le plan familial c’est-à-dire dans la vie du couple.
Un autre exemple dans le cas français : l´ article 225-1 du Code civil dispose que « chacun des époux peut porter, à titre d´usage le nom de l´autre époux par substitution ou adjonction à son propre nom dans l´ordre qu´il choisit. C´est même dans un passé récent que cette réciprocité est consacrée dans la loi. Mais là où le problème demeure encore c´est après le divorce. Selon l´article 264 du même Code : « À la suite de divorce, chacun des époux perd l´usage du nom de son conjoint. Dans son alinéa 2, il est prévu que : « L´un des époux peut néanmoins conserver l´usage du nom de l´autre époux, soit avec l´accord de celui-ci, soit avec l´autorisation du juge, s´il justifie d´un intérêt particulier pour lui ou pour les enfants ». Vous voyez encore qu´ici il faut justifier d´abord d´un intérêt particulier ou demander l´autorisation du juge si le mari refuse que la femme continue par porter le nom du mari après le divorce. Il y a ici un grand écart entre le droit français et le droit allemand en matière des droits de la femme puisqu´en droit allemand on n´a pas à justifier d´un quelconque intérêt avant de pouvoir garder ce nom porté pendant tout le mariage par les deux époux. Or, quand on sait que dans la plupart des cas, ce sont les femmes qui portent le nom du mari pendant le mariage, on voit clairement comment la femme est discriminée et même après le divorce elle doit d´abord justifier qu´elle a un intérêt particulier pour garder le nom de son mari soit pour des raisons professionnelles car elle est connue par ce nom, soit à cause des enfants qui portent le même nom et si le mari s´y oppose, elle sera encore obligée de se tourner vers le Tribunal pour se faire autoriser à le porter après ce divorce. C´est un calvaire pour la femme en droit français mais malheureusement pris comme modèle au Togo dans beaucoup de domaines et même dans tous les domaines. Car tout notre Droit au Togo est calqué sur le Droit français
Même sur le plan de la succession ou de l´héritage, ce n´est qu´en 2001 que la loi française donne droits de succession au conjoint survivant (veuve ou veuf ) et fait de lui un héritier du conjoint pré-décédé au même titre que des enfants issus du couple. C´était une loi très importante en France dans les droits successoraux du conjoint survivant. Ce n´est plus seulement par la donation ou testament qu´un mari peut gratifier sa femme de son vivant alors qu´en Allemagne cette possibilité donnée à la femme d´hériter de son conjoint pré-décédé, existait déjà avant 2001 et cette succession peut se résoudre même par testament sans qu´on parle même de pacte sur succession future, interdite en Droit français.
Vous voyez qu´en Europe les droits donnés à la femme ne sont pas au même rythme dans tous les pays européens et cela varie d´un pays à l´autre. Pourtant dans les constitutions de chaque pays cela existe partout que la femme et l´homme sont égaux en droit. Donc, ce n´est pas la célébration du 8 mars 2021 par des déclarations d´un jour qui va résoudre ce problème d´inégalité entre l´homme et la femme dans la société mais par la consécration dans les lois et leur application. Lorsqu´on fait aussi des lois qui ne sont pas respectées ou appliquées, c´est aussi un autre aspect du problème dans les pays africains comme le nôtre.
Dans nos sociétés africaines, la situation de la femme est encore précaire. Le cas le plus frappant est celui de la succession. Souvent pour orner les constitutions dans les pays africains, il est souvent écrit noir sur blanc que l´homme et la femme sont égaux en droit mais la réalité est tout autre.
Dans notre Constitution togolaise par exemple dans son article 11, il est prévu que : « Les êtres humains sont égaux en dignité et en droit ».
Et dans son alinéa 2 : « L´homme et la femme sont égaux devant la loi ».
Dans le quotidien des femmes au foyer au Togo, peut-on affirmer que cet article de notre Constitution est respecté et appliqué ?
Certes, au Togo une femme est actuellement Première ministre et une autre est Présidente de l´Assemblée nationale. Mais cela ne suffit pas pour parler d´égalité entre l´homme et la femme au Togo puisque c´est au bon vouloir du Chef de l´État qu´elles occupent ces hautes fonctions de l´État. Ce que l´on souhaite pour cette égalité entre l´homme et la femme, c´est sa consécration dans les lois et surtout dans le Code togolais de la famille pour faire de la femme un être humain égal à l´homme, ayant les mêmes droits que l´homme et non seulement des devoirs. Les charges familiales en grande partie reviennent à la femme dans les foyers conjugaux au Togo mais c´est l´homme qui détient le plus des droits dans le couple. Quelle injustice flagrante !
Une fois encore, ce n´est pas la nomination des femmes à des postes importants de l´État qui compte pour montrer aux yeux du Monde que le Togo est un pays qui accorde des droits aux femmes. Ce n´est pas non plus la célébration de cette journée du 8 mars à l´endroit des femmes qui va changer quelque chose dans cette inégalité. Au contraire il faut légiférer ces droits et les appliquer au quotidien afin que cela rentre dans nos mœurs. Il faut supprimer la polygamie dans notre Code de la famille.
Par exemple la polygamie est encore autorisée par la loi et ça existe dans le Code togolais de la famille. Voilà des choses qu´il faut supprimer au Togo si on veut lutter contre l´inégalité entre l´homme et la femme. Comment peut-on lutter contre cette inégalité si la polygamie demeure dans le Code de la famille ? En autorisant la polygamie, cela donne une domination de l´homme sur la femme. Personne n´ignore les conflits que la polygamie engendre dans la famille surtout quand le mari est prédécédé avant la femme. On ne peut pas lutter contre l´inégalité si on n´attaque pas ces problèmes à la source. Permettre à l´homme par la loi d´avoir deux ou trois femmes est déjà une source d´inégalité. Ce n´est pas le fait de nommer les femmes aux hautes fonctions de l´État qui va résoudre le problème de l´inégalité mais plutôt de les résoudre par les lois et les appliquer réellement.
D´ailleurs, on a une femme Première ministre et une autre, Présidente de l´Assemblée nationale au Togo. Qu´attendent-elles pour faire voter des lois d´égalité entre l´homme et la femme dans beaucoup de domaines ? Les femmes togolaises ont beaucoup d´espoir sur les deux et elles doivent les défendre et défendre leurs droits à l´Assemblée nationale par les lois. Si les deux femmes (Première ministre et Présidente de l´Assemblée nationale) sont à ces postes grâce à Faure Gnassingbé, à quoi cela profiterait aux autres femmes togolaises s´elles ne font pas voter des lois pour donner plus de droits à toutes ces braves femmes au foyer qui se battent chaque jour pour subvenir aux besoins de leur famille ? Ce n´est pas l´assistance sociale qu´elles attendent des deux mais de leur donner des droits en tant que femmes par des lois en supprimant par exemple la polygamie et en leur donnant les droits de succession afin de pouvoir succéder à leur mari en cas de prédécès au même titre que les enfants..
En Afrique on a tendance à considérer que la force physique est ce qui fait la différence entre l´homme et la femme. C´est sur cet aspect que l´inégalité est fondée. D´ailleurs en Afrique tout est fondé sur la force physique. Même en politique c´est la force, d´où la répression et le coup de forces permanentes pendant les élections par le régime en place. On doit dépasser cette considération physique, pour considération que l´homme et la femme sont égaux tout simplement parce que les deux sont tous des êtres humains et que l´un n´est pas supérieur à l´autre, que ce soit sur le plan intellectuel, social, etc.
Si l´article 11 de notre Constitution prévoit cette égalité de la femme et l´homme en droit, qu´attendent les députés ou les deux femmes aux hautes responsabilités pour réformer le Code de la famille et supprimer la polygamie ?
Moi, je respecte la femme et je considère la femme comme un être humain égal à l´homme puisque l´homme n´est pas plus intelligent que la femme. C´est pourquoi au moment de mon mariage avec ma femme, j´ai porté son nom comme elle pourrait aussi porter le mien. Je ne vois en quoi je suis supérieur à elle. Je ne vois aucune différence. Mon nom de naissance ce n´est pas Spieker mais Akoda. C´est un symbole fort du respect à la femme. Je ne suis pas dans les paroles mais dans les actes. Sur ce point, je suis en avance sur notre époque au Togo. C´est une grande richesse culturelle d´avoir vécu en Allemagne car c´est un pays qui a souvent une longueur d´avance sur les autres pays, sur ce qu´il fait et prévoit, surtout quand on s´adonne à connaître sa culture en profondeur et en lisant beaucoup son histoire depuis son empire jusqu´à nos jours. Le peuple allemand est un peuple qui a toujours la culture de la performance et il en a toujours soif. Il place toujours la famille au centre de son développement social et culturel.
Notre Code de la famille au Togo doit être d´abord l´éclosion et le porteur de la société car tant que l´égalité entre l´homme et la femme n´est pas un fait réel dans les actes, on peut beau nommer les femmes aux postes les plus hauts de l´État, cela ne changera rien si la polygamie y demeure.
L´exemple doit venir du Chef de l´Etat lui-même en faisant inscrire dans notre Code de la famille, la monogamie. Ce n´est pas en nommant quelques femmes aux postes importants du pays qu´il va réduire cette inégalité entre l´homme et la femme au Togo. L´égalité entre l´homme et la femme, ce n´est pas de la promotion professionnelle pour quelques femmes qu´il s´agit mais de la place de toutes les femmes dans la vie en société et celle du couple en général. Il s´agit des droits de toutes les femmes et non des seules privilégiées à des postes de responsabilité. En plaçant deux femmes comme Première ministre et Présidente de l´Assemblée nationale, en quoi cela profite aux autres femmes au quotidien dans leur vie de couple et de société au Togo si ces femmes n´ont pas leurs droits qu´il fallait en société face aux hommes ? Elles ne demandent pas de l´assistance mais des droits légaux.
Christian Spieker