Brèves Libre Opinion

Quel avenir pour les enfants des enseignants togolais ?

Publié le dimanche 8 mars 2015, par

Une célèbre thèse de sociologie s’est intéressée au sort des enfants des enseignants du primaire et du secondaire, dans les pays africains au Sud du Sahara. Les conclusions de cette thèse sont sans appel : seuls 21 % des enfants d’enseignants réussissent leurs études au-delà du BEPC, contre 68 % pour les enfants des autres professions !...
Les raisons, toutes sources et tous pays confondus, sont le ras-le-bol et le dégoût des enseignants, une fois arrivés à la maison, à la fin de la journée, de tout ce qui touche la craie, le crayon, le cahier , la gomme, etc. Alors que les autres pères et mères aident leurs enfants à étudier à la maison, les soirs, les enseignants ont des cours du lendemain à préparer, des devoirs à corriger, et à la fin, n’ont plus la force de s’occuper de leurs rejetons ! Ces données sont vérifiées chez les enseignants polygames, qui ont par contre leurs enfants qui ont grandi avec leurs épouses qui ne sont pas dans le foyer conjugal, mais vivent hors du foyer, et prennent en charge, seules, l’éducation de leurs enfants !
Au Togo, ces données sont vérifiées exactes dans leur intégralité, et ce taux tombe même à 19 % dans notre pays !...
Depuis le début de cette année 2015, des grèves sauvages, itératives et intempestives sont lancées par la STT (Synergie des Travailleurs du Togo), et les secteurs les plus touchés sont l’Education et la Santé. Si les collègues de la Santé n’ont pas trop de problèmes à régler avec la santé de leurs familles (femmes et enfants), à cause de la non entrée en grève de leurs confrères privés, les médecins, infirmières, infirmiers, sages-femmes, Kinésithérapeutes, laborantins et laborantines grévistes, font appel à leurs collègues du privé pour les dépanner, si ce n’est pas dans les structures sanitaires des médecins hospitaliers, qui ont presque tous des cabinets et des cliniques à domicile !
Les dindons de la farce sont les enseignants, dont les familles souffrent comme tous les togolais, mais eux n’ont pas de sortie de secours, et leurs enfants, encore moins !
Rendant visite à un de mes amis, je tombe sur une petite bicoque en claies, avec des voix studieuses qui sortent des lieux ! Je m’approche et j’ouvre le rideau d’entrée et je vois six élèves, assis sur des briques, avec un tableau rudimentaire, en train de suivre des cours, donnés par deux « professeurs » ! C’était le 4 mars dernier, jour de grève de la Synergie des Travailleurs du Togo ! Tous les élèves sont en classe de Troisième, et les « enseignants » sont des étudiants ! L’un d’eux m’a reconnu, et me dit :
  « Docteur, nous sommes des répétiteurs de ces élèves depuis la rentrée, et nous devons tout faire pour qu’ils réussissent leur BEPC à la fin de l’année, grève ou pas ! »…
Je lui demande alors si cela ne le gêne pas de me dire combien il est payé pour ses cours de répétition…
  « Vingt six mille francs par mois pour chacun de nous deux, pour six heures de cours de répétition par semaine ! »…
Je siffle, en souriant, et lui demande la profession des parents de ses élèves…
  « L ’un est Médecin vétérinaire, le deuxième travaille dans une banque et la troisième est une commerçante »…
Voilà trois parents d’élèves, qui paient collectivement 52.000 f par mois à deux étudiants, pour donner des cours de répétition à six élèves dont les professeurs sont en grève, et qui se foutent royalement de la grève des enseignants, parce qu’ayant eux, de l’argent…
Un enseignant du primaire peut-il payer 17.000F pour le répétiteur de ses deux enfants, sans que cela ne grève son budget ? Et s’il a trois ou quatre enfants ? Comme on le voit, le salaire des enseignants, et partant, de tous les fonctionnaires togolais n’est pas consistant, et tout le monde est d’accord que ces salaires doivent être revalorisés, mais pas de talibanisme syndical !
Les discussions doivent être entamées dans le respect des uns et des autres et j’avais proposé dans un de mes derniers articles, aux dirigeants de la , de lire le livre :
« Comment réussir une négociation », livre écrit par Roger Fisher, William URY, et Bruce Patton, éminents professeurs de HARVARD et négociateurs de classe mondiale…
La négociation n’est pas une caricature de bras de fer inutile et incantatoire, parce qu’en ce qui concerne l’employeur appelé ETAT, il peut vous dire que si vous n’êtes pas satisfaits de vos conditions de travail, de donner tout simplement votre démission ! Et vous n’êtes pas attachés comme des chèvres à un arbre, par une corde en lin !
Combien de pays africains ont réduit le nombre de leurs travailleurs, ou ont promis des salaires élevés à leur travailleurs et au finish, on se retrouve avec plusieurs mois d’arriérés de salaires impayés ou tombant au compte-goutte ?
Les plus mal lotis dans la fonction publique togolaise sont les enseignants, qui se tuent pour former les cerveaux de demain, et qui ne sont pas récompensés à leur juste valeur. Il faut qu’ils s’organisent pour réclamer avec responsabilité, humilité, fermeté, mais poliment, selon les pratiques d’hommes et de femmes civilisés, en se disant que leurs propres enfants sont aussi pénalisés, sinon plus que ceux des autres professions, et ne pas écouter les sirènes au son aigre d’apprentis syndicalistes, qui pratiquent la pagaille syndicale, au lieu de réfléchir aux voies et moyens les meilleurs, pour amener les autorités à accéder aux revendications des travailleurs, pour le bien- être de tous les togolais !
Une victoire à la McArthur est toujours préférable à une victoire à la Pyrrhus…
Dr David IHOU, Consultant en Géopolitique et Stratégie Sécuritaire.