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La transition est un passage obligé…

Publié le dimanche 8 mars 2015, par

Dans quelques semaines, les Togolais se rendront aux urnes… sûrement pas pour désigner leur Président de la République mais juste pour voter. Oui, voter et rentrer chez eux attendre la fin d’un coup de force électoral ou un appel de l’opposition majoritaire à une insurrection populaire. Cette élection, perçue comme La lumière que l’on voit au bout du tunnel n’est donc pas la sortie mais un train venant à vive allure avec dans ses wagons, fraudes, répression, dialogue, promesses d’ivrognes et engagements non tenus …
Côté gouvernemental tout est fin prêt pour un coup de force. Mardi 24 Février, en pleine nuit, le gouvernement réuni en conseil des ministres au village du Président convoque le corps électoral. Le lendemain, le parti au pouvoir désigne sonéternel candidat et le même jour, la CENI donne 72 heures aux candidats pour monter leur dossier candidature avec une faramineuse caution de 20 millions à verser. Les 20 millions de caution représentent 571 mois ou 48 ans de travail sans dépenses ou taxes au salaire minimum (SMIG, 35.000 FCFA). Autrement dit, un électeur normal ne peut pas rêver d’être candidat avant la retraite…quelle aberration pour un pays à majorité jeune. Pour le reste, la HAAC a interdit toute publication partielle des résultats, la cour constitutionnelle est prête à avaliser n’importe quel résultat que la CENI lui tendra. La CENI a été préalablement verrouillée par le parti au pouvoir et renforcé par quelques barons dont pour certains la réputation d’honnêteté n’est plus à faire, ils ont été démis de leurs fonctions publiquement par leur propre camp dans un passé récent.
Le choix du 25 Février n’est pas anodin pour se porter candidat, 10 ans plutôt, le chef de l’État actuel fut contraint à la démission par les populations et la communauté internationale suite à un triple coup de force sanglant. Une tentative de prendre sa revanche sur l’histoire en se faisant investir candidat 10 ans plus tard ?
L’opposition majoritaire vient d’apporter desolides preuves que le fichier électoral est un véritable bazar où l’on trouve de tout comme par exemple 26 cartes d’électeurs portant le même numéro… Dans ces conditions d’opacité totale, qui pourra donner les résultats réels d’une telle élection sans coup de force ?
Quatre années de marches stériles font qu’il est permis de douter que seule, l’opposition majoritaire puisse faire plier le pouvoir. L’opposition majoritaire doit rompre avec l’invective pour ratisser large et rallier un maximum de soutiens internes et externes pour parvenir à ses fins et au besoin faire la paix avec ses alliés d’hier. Battre le pouvoir aux urnes, elle l’a déjà fait, le problème est de prendre les commandes de l’État où sont cramponnés les Rapetou.
L’opposition minoritaire a jeté l’éponge préférant ne pas participer à un scrutin non démocratique, non transparent dont les résultats sont connus d’avance. Le boycott est ce qui nous a mené à 52 ans de pouvoir d’une même famille biologique. Les mandats illimités sont le fruit du boycott, ce n’est donc pas une option viable. C’est la pire des solutions. Rester assis et ne rien faire laisse le temps au problème de prendre de l’ampleur et de devenir encore plus insoluble.
Le gouvernement quant à lui poursuit miraculeusement sa route. Il semble que même le Saint esprit ait renoncé à le croiser sur la route de Damas. Quel gouvernement !!! Il est quand même curieux qu’un gouvernement d’un tel niveau tienne encore sur les deux pieds. Voilà un gouvernement dont les projets de lois sont rejetés par sa propre majorité, un gouvernement sans véritable ministre de la santé, ou plutôt ministère rattaché à la primature dont le titulaire passe des mois à se faire soigner en Europeet vient sermonner les agents de santé qui sont en grève pour manque d’infrastructures et des problèmes salariaux. Un gouvernement qui a perdu la confiance de sa fonction publique qui nous sert grève sur grèves. Un gouvernement contre qui les populations manifestent au moins une fois par mois ou plus sans arrêt depuis 4 ans. Un gouvernement contre qui manifestent les syndicats et même des enfants de moins de 12 ans pour qu’on paie leurs professeurs et qui n’a pas hésité à ouvrir le feu tuant deux d’entre eux il n’y a pas si longtemps. Un gouvernement dont l’équipe nationale d football a été renvoyé de son hôtel pendant la CAN et dont les joueurs ont dû passer deux nuits dehors sur les banquettes d’un aéroport étranger à espérer qu’on envoie un avion les chercher. Si les bébés dans le ventre de leur mère pouvaient manifester, je pense qu’ils le feraient. À quelques ministères près comme les finances, les affaires étrangères, les travaux publics, le développement à la base etc.…qui sont bien gérés, ce gouvernement semble ne pas avoir assez d’amour propre pour rendre le tablier et mérite d’être balayé. Sur une échelle d’incompétence de 1 à 10 points, avec indulgence, je donne 35 points à ce gouvernement. Ce gouvernement n’a plus une seule raison d’être. C’est bien curieux que le chef de l’État n’ait pas mis fin à cette pagaille… peut être est elle organisée ?
Cette brève revue non exhaustive de la situation politique indique que le Togo est dans une impasse. Le processus électoral est miné de bouts en bouts et rien de bon ou de vrai ne peut en sortir. Au lendemain du 15 Avril 2015, il est illusoire de rêver d’un statu quo maintenu par la force des armes comme en 2005, un recours à la force brute pour régler des problèmes qui durent depuis 1963. Après 52 ans de pouvoir d’une même famille biologique, les Togolais entrevoient clairement la possibilité d’un dessein de faire 100 ans au pouvoir puisque nous sommes déjà à mi chemin… et ne comptent pas se laisser faire.
Pour notre part, nous avons entamé ce que nous aurions voulu être une transition vers un système démocratique en mai 2010. Malheureusement la procédure utilisée pour ne mener à l’accord souffrait d’insuffisanceset les incompréhensions liées à une guerre de leadership, une tentative de parricide de notre chef ont compromis le résultat escompté.Faute de consensus interne suffisant, notre parti s’est scindé en trois nous affaiblissant considérablement et mettant le pouvoir dans une position de force telle qu’il ne s’est plus senti obligé de tenir ses engagements dont les réformes institutionnelles et constitutionnelles dans 6 mois suivant l’accord , une révision du fichier électoral , bref tout ce que tout le monde demande maintenant et ce depuis 2010. D’aucuns nous accusent d’avoir rallié le pouvoir mais que non…Même si quelques-uns dans nos rangs sont hypnotisés par le chant des sirènes du pouvoir, nous n’avons pas rallié le pouvoir, nous sommes les héritiers politiques et biologiques de l’Ablodé. Notre leitmotiv est de travailler ensemble dans l’intérêt du Togo avec tout le monde quand c’est possible. En réalité une observation attentive de la scène politique indique même que nous avons en notre leader le meilleur candidat, le plus compétent, le plus apte à exercer la fonction de Président de la République.Malheureusement pour nous, la démocratie c’est la loi du plus grand nombre et l’absence temporaire de popularité liée à l’incompréhension de notre nouvelle vision de paix de tolérance et de progrès est le problème que nous essayons de résorber et qui force et oriente le ralliement vers le candidat le plus populaire des forces du changement, le chef de l’opposition.À cette élection de 2015 que nous souhaitons voir reportée pour faire place à une transition, si les dates sont maintenues, point de boycott. Dans le secret de l’urne, à défaut d’avoir le meilleur candidat en lice et en l’absence de consignes claires et raisonnables, je voteraipour l’opposition majoritaire pour un changement car après tout les Togolais sont des êtres humains et non des animaux et méritent d’être mieux traités ce que l’on voit actuellement... L’esprit démocratique, l’esprit de tolérance, de paix, de dialogue de vérité et de pardon qui nous animent ne semblent pas encore animer ni le parti au pouvoir ni l’opposition majoritaire. La transition dans laquelle nous nous sommes mal engagés il y a cinq ans est la seule voie viable et reste la transition par laquelle le Togo va devoir passer tôt ou tard.
Dans ces conditions que faire ?
Nous disons qu’il faut arrêter de regarder dans le rétroviseur si l’on veut avancer. Pour sortir de l’impasse, la clé ne se trouve pas dans le passé mais dans le présent. Prenons le temps de bien faire les choses, dépersonnalisons le débat, nous économiserons du temps et bien des vies humaines. Le Togo a besoin d’une véritable transition vers un système démocratique. Pour ce faire il nous faut :
 Une nouvelle constitution qui reflète les aspirations des Togolais d’aujourd’hui. Une constitution consensuelle élaborée par une assemblée constituante et approuvée par référendum.
 Une mise à jour du recensement des populations et un fichier électoral audité digne de ce nom.
 Un découpage électoral digne de ce nom ou 1 Togolais = 1 voix.
 Le droit de vote pour les deux millions de Togolais de la diaspora qui pèsent 187 milliards en fonds envoyés au Togo soit l’équivalent de 25% du budget de dépenses de l’État.
 Une amnistie pour les crimes politiques et économiques pour la période 1960 - 2015.
Le gouvernement actuel n’étant plus crédible et vomi même par les bébés dans le ventre de leur mère, il faut mettre en place un gouvernement de transition dont la composition reflète les suffrages obtenus lors des dernières législatives (pas le nombre de sièges au parlement) dirigé par le chef de l’opposition comme premier ministre et le Président actuel. Ils apprendront ainsi à travailler ensemble et renonceront aux coups de forces et autres marches intempestives qui pour soutenir qui pour protester.
Le gouvernement aura pour mission de convoquer une assemblée constituante qui va rédiger une nouvelle constitution et la soumettre aux populations pour approbation par référendum. Une fois la nouvelle constitution adoptée, le gouvernement organisera dans l’ordre des élections locales, législatives et Présidentielles sur la base de la nouvelle constitution, du nouveau découpage électoral et d’un fichier électoral fiable et accepté de tous. La mission du gouvernement de transition prendra fin avec l’entrée en fonction du Président nouvellement élu.La transition que nous préconisons peut durer deux à cinq ans.
La transition est un passage obligé… Partout où il ya eu une transition pacifique en Afrique de l’Ouest, l’opposition était présente dans le gouvernement. Nous demandons donc au gouvernement et à l’opposition majoritaire d’y penser par deux fois avant de nous lancer dans un coup de force électoral ou une insurrectionpopulaire. La vie humaine est sacrée et ne peut être sacrifiée abusivement pour pallier au déficit de communication entre politiciens et autres petits calculs sans intérêt pour la nation.
D’autres part, hormis mes critiques au plan politique et social à l’endroit du gouvernement, au plan économique beaucoup d’efforts ont été déployés par le chef de l’État actuel pour reconstruire des infrastructures au Togo ces dernières années (routes, port, aéroport) et améliorer la vie de ses concitoyens (École gratuite, assurance maladie, visa diaspora etc..). Si je devais noter l’action du chef de l’État indépendamment de son gouvernement, globalement il aurait 11.5/ 20, dont 7.5/10 pour les performances économiques et 4/10 pour ses performances politiques et sociales. Il serait dommage que l’intolérance, le refus du dialogue et le non respect de la parole donnée remettent en cause ces progrès avec à la clé des morts. Nous invitons les uns et les autres au dialogue afin que la raison l’emporte et qu’ensemble nous poursuivions cette longue route vers la démocratie. Le Togo doit tourner la sombre page de son passé pour pouvoir écrire des histoires de Paix, de Liberté et de Prospérité dans les pages vierges qui se présentent devant nous tous aujourd’hui.
On ne peut passer de la nuit au jour sans l’aurore et du jour à la nuit sans le crépuscule, la transition est donc un passage obligé… auquel le Togo ne peut se soustraire.

Séna Alipui