Infos Togo Déjà 6 jours de grève des travailleurs de Diamond Cement Togo

L’employeur foule au pied la législation togolaise et lance un recrutement de nouveaux travailleurs

Publié le mardi 6 juillet 2021, par Gabinho

Alors que le personnel de l’usine de production du ciment Diamond Cement Togo, du moins la majorité affectée à la production, est en grève depuis le 30 Juin dernier réclamant entre autres, « un Contrat de travail après 10 ans de travail sans discontinu », « une augmentation de salaire » et le « déblocage des avantages », l’administration indienne de cette cimenterie s’est refusée à tout dialogue social et a décidé de bafouer les textes de la législation togolaise mais également la convention collective interprofessionnelle. C’est le constat qui est fait aussi bien par les grévistes mais également par l’inspection du travail. Si les premiers ont vite fait de constater que l’entreprise après 6 jours de grèves continue de tourner, le second pour sa part, au cours d’une rencontre qu’ils ont eu avec les travailleurs grévistes de Diamond Cement, ont reconnu que l’employeur a continué par faire tourner l’entreprise comme si de rien n’était malgré ses injonctions à s’en tenir au respect des textes en vigueur en République togolaise.

Comment peut-on expliquer une telle situation ? Une défiance de la part de l’employeur ? Sur quoi peut-il se base pour orchestrer une telle défiance ? Les textes en vigueur en République togolaise n’ont de valeur que sur les papiers ? Ce sont là certaines de nos interrogations auxquelles les travailleurs par la voix du Secrétaire Général Adjoint de SYDEMINES (Syndicat Démocratique des Mines) ont tenté d’apporter une réponse.

« La grève de trois jours lancée le 30 Juin dernier a été prolongée de quatre jours et prend fin demain. Nous n’avons pas obtenu le résultat espérer », ceci, parce que, « en temps de grève, la législation du droit prévoit qu’on ne recrute pas un nouveau personnel pour venir travailler en lieu et place des travailleurs en grève. Cela, on le revoit à l’article 60 de la convention collective interprofessionnelle du Togo ». Mais continue le responsable de SYDEMINES, « avec la DCT, déjà au premier jour ce sont des expatriés indiens qui sont venus prendre la place des travailleurs qui ne sont pas venus au boulot à cause de la grève. Par la suite, on a constaté qu’ils ont commencé par recruter de nouveaux travailleurs pour venir remplacer les travailleurs en grève. Pour les trois premiers jours, l’entreprise a tourné comme si de rien n’était. Nous avons saisi l’inspection du travail, qui a fait le déplacement, pour constater que ce que nous avons dit est vrai. Et l’employeur n’a pas nié tourner l’entreprise avec un nouveau personnel ». Des échanges avec l’inspection du travail ce Lundi 05 Juillet, déclare M. Sédonou, « ils lui ont fait savoir ce que la loi dit et lui ont demandé de respecter la loi ».

Mais à regret avaient constaté les grévistes, à en croire leur colère exprimée ce jour, ils sont retournés à l’inspection « parce que l’usine fonctionne toujours », ceci alors qu’on était ce Lundi au 6ème jour de grève et que l’employeur n’a daigné en aucun moment faire asseoir son personnel gréviste autour d’une table de discussion.

« Si l’employeur était revenu à la table des négociations, normalement dans les trois jours, on allait sursoir à ce mouvement. Il n’a pas daigné appeler les travailleurs à la table de négociation », assure le SGA de SYDEMINES avant de poursuivre, « nous voulons interpeller les autorités compétentes informées par cette situation de faire leur job, d’aller mettre fin à ce travail en cours sur le site de DCT. Parce que ces travailleurs contribuent à l’économie du pays. Il faut faire arrêter celui qui est dans l’illégalité. Au 6ème jour de grève, l’usine tourne encore, là c’est inquiétant ».

Des quelques minutes d’échanges eues avec le préfet de Zio, à la suite des agents de l’inspection du travail de la préfecture de Zio, et qui ont été suivies par un de nos reporters qui était sur le terrain, le Préfet Etsè Kodjo Kadévi, a rassuré de ce qu’ils ont reçu les doléances des travailleurs grévistes et qu’ils vont entendre l’inspection du travail et aussi l’employeur pour qu’une solution soit trouvé à cette crise. Mais avant, il a invité les grévistes, tout comme ce fut le cas de l’inspection du travail à garder son calme, à ne pas se laisser aller à des actes qui porteraient atteinte à leur lutte pour le mieux-être, et à se mettre à l’esprit que « dans les négociations, il faut toujours savoir gagner et savoir perdre un peu ».

Faisant le point de la rencontre avec ce second interlocuteur, Kodjovi Messan Sédonou, a relevé l’urgence dans laquelle ils sont laissant constater, « nos emplois ne sont pas protégés, ce que la loi a dit, c’est autre chose qui est fait là-bas » et qu’ils s’attendent à ce que l’autorité fasse « respecter le droit de ces travailleurs. On a besoin d’une autorité de faire respecter ces droits. Nous sommes vulnérables, nous avons besoin de nos autorités, de ceux-là qui représentent l’Etat de nous protéger quand notre intérêt est en jeu ».

Si dans notre précédent écrit sur cette grève des travailleurs de la DCT, nous faisions constater le salaire de misère payé aux travailleurs dont certains s’en sorte à peine avec 35.000 F. Cfa par mois, malgré la pénibilité du travail dans un cadre poussiéreux de cimenterie avec des maladies et autres accidents de travail qui sont légions, on peut aujourd’hui affirmer que parmi ces travailleurs, il y a encore une autre catégorie qui a une situation encore pire, et ce sont ceux qui s’occupent du chargement-déchargement. Des informations reçues des grévistes, alors que la DCT, paie 90 F cfa pour la tonne de ciment (20 paquets de ciment) chargée, ce qui est déjà misérable, les chargeurs ne s’en sorte finalement qu’avec à peine 4 F cfa / Tonne. Narrant cette triste réalité qui frustre encore plus et fait croire que l’enfer n’est nulle part ailleurs que celui qui est le quotidien de cette catégorie de travailleurs de DCT, le responsable de SYDEMINES, s’offusque de ce que « le tâcheron se réserve la part du lion ». Chose qu’il dénonce vigoureusement. Sur la liste des tâcherons de la DCT, on retrouve « Mina et fils » en charge chargement de ciment, « ATECOOP-F » qui s’occupe de la mécanique et Soudure, « DANI’S » qui s’occupe du déchargement des wagons de clinker et du calcaire, de « RCM » qui a en charge l’entretien, de « GESF » qui assure la sécurité, d’ « El Shaddai » qui s’occupe de l’électricité et instrumentation alors que « God is big » est au niveau de la production (process) et enfin d’ « Alex et fils » qui opère dans l’entretien de l’espace vert.

Si outre le préfet de Zio, l’inspection du travail, face à la violation flagrante de la législation en vigueur, entend rendre compte à sa hiérarchie pour voir les dispositions à prendre, il y a lieu que des organisations de la société civile qui défendent la cause des travailleurs se mettent également en ordre de bataille aux côtés des plus de 170 travailleurs de la DCT, pour protéger les textes de la République togolaise, textes qui ne semblent pas du moins pour le moment, avoir force de loi par devant l’employeur, la DCT, au vue de tout ce qui précède.

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N.B : En image, les travailleurs, à leur passage dans les locaux de la préfecture de Zio