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Comment l’Afrique se trompe toujours de combat !

Publié le dimanche 22 mars 2015, par

Si un électeur ou une électrice vote pour un candidat, parce qu’il ou elle a reçu de ce candidat, un sac de riz, pas la peine de nous parler de limitation de mandat de l’Exécutif, parce que tous les candidats seront élus sur une fausse note !...
Il faut d’abord former et informer les électrices et électeurs de nos pays du sens du vote et de l’utilité d’un vote, et cela nécessite un travail de fond, que les partis politiques doivent mener, pour élire le candidat qu’il faut, à la place qu’il faut… La limitation des mandats n’a aucun sens, si des copains et coquins peuvent se partager le pouvoir, à la fin de leur second et dernier mandat, tous les 8 ou 10 ans, rien qu’en distribuant des sacs de riz à la population !...
Il faut que les Africains puissent donc voter utile, et surtout, que le vote soit transparent, et alors, nos populations peuvent reconduire une fois, deux fois, ou trois fois le candidat de leur choix, en fonction des dispositions de la Constitution en vigueur dans leur pays…
Ce sont les mêmes principes qui guident tout référendum national, où on demande, à chaque fois, l’avis du peuple, comme en ont fait cas d’école les Suisses, qui passent presque toutes les questions sous référendum, même s’il faut oui ou non construire des minarêts dans une localité suisse !...
Pour exemple, si Barak Obama demande aujourd’hui au peuple américain de prolonger le mandat des Présidents américains de 4 à 5 ans, et même de lui permettre de briguer un troisième mandat (c’est son droit absolu !) cela fera trois questions fondamentales que le référendum posera aux américains :
• Voulez-vous que le mandat présidentiel passe de 4 à 5 ans ?
• Voulez-vous que ce mandat soit renouvelable deux ou trois fois ?
• Voulez-vous que Barak Obama brigue un troisième mandat ?
Je ne suis pas américain, mais si je l’étais, je voterais comme suit :
• NON
• NON
• NON
Mais je ne brûlerais sûrement pas notre Parlement, des commerces et des hôtels, comme nos amis burkinabés l’ont fait… :
  non pas que je pense que Barak Obama n’est pas bon, mais la charge de Président des Etats- Unis d’Amérique est trop lourde pour être porté au-delà de deux mandats ;
  non pas que je pense que 5 ans de présidence soient trop longs, mais pour contrer la deuxième question de renouvellement des mandats, 2 ou 3 fois ; un président des Etats–Unis D’Amérique peut faire 10 ans de pouvoir (Franklin Delano Roosevelt, qui fut le seul président américain élu 4 fois, a pu gouverner de 1933 à 1945 quand il mourut, mais c’était surtout à cause de la deuxième guerre mondiale)…
Macky Sall, le Président sénégalais, a annoncé qu’il va organiser un référendum en 2016, pour ramener le mandat présidentiel de 7 à 5 ans, alors que cela l’arrangeait de demeurer à la tête du pays pendant 7 ans, et de se faire réélire pour un autre mandat de 7 ans, ce qui lui ferait faire 14 ans ; mais, le chef de l’Etat sénégalais est pragmatique et sait qu’il lui sera plus facile de se faire réélire à la fin d’un mandat de 5 ans qu’à la fin de celui de 7 ans ! Il est donc plus intelligent de rester 10 ans au pouvoir que d’y rester 7 ans seulement !...
Deux évènements majeurs marquent cette mi-mars 2015 :
1) la réélection de Benjamin Netanyahu en Israël, pour un 4è mandat (3 consécutifs) ;
2) l’arrestation des activistes sénégalais de « Y’en a marre », et burkinabé de « Balai citoyen » en RDC, et leur expulsion du pays, après 4 jours de détention.
Le Premier Ministre israélien a été réélu, avec 29 députés, et il lui faut 61 députés pour pourvoir former une coalition et former un gouvernement, c’est –à-dire qu’il doit trouver 32 députés pour être nommé Premier Ministre, d’où la nécessité d’être rassembleur pour un leader politique. Et Bibi va rempiler pour un 3è mandat consécutif !
Que disent les animateurs de « Y’en a marre » et de « Balai citoyen » ?
Les israéliens sont-ils plus idiots que les sénégalais et les burkinabé ? Bien que les systèmes soient différents (parlementaire en Israël et présidentiel au Sénégal et au Burkina), l’Exécutif est l’Exécutif, et cette élection à un tour est économique et pratique…
Ces activistes burkinabé et sénégalais doivent apprendre d’abord à leurs peuples à voter utile, lors d’élections transparentes et cela nous éviterait des drames comme ce qu’a connu le Burkina Faso. Si ces conditions étaient réunies, le peuple burkinabé aurait laissé Blaise Compaoré tenter de modifier la Constitution, par voie parlementaire (là il le pouvait, à cause de sa majorité supposée) , ou par référendum (le peuple aurait massivement voté NON), et dans tous les cas, il n’aurait jamais réussi à être élu à un troisième mandat !...Et nos amis burkinabé n’auraient pas perdu une cinquantaine de vies humaines (des jeunes surtout), brûlé leur Parlement, des hôtels, des commerce, avec la mise au chômage de plus de 6000 des leurs…Pire, ils ont aujourd’hui une épine dans le pied, qu’il leur appartient d’ôter prudemment, pour qu’un kaki vrai, et pas défroqué, ne vienne leur présenter un autre plat de tô mal cuit…
Pour les congolais de RDC, ils doivent apprendre à travailler d’abord, et sérieusement, et à comprendre le sens d’un vote, eux qui ont obtenu l’indépendance, avec un seul universitaire en 1960 ! Leur problème aujourd’hui n’est pas KABILA, car si Kabila ne peut pas se représenter, pour une question de limitation de mandat, et que c’est Lambert MENDE, son porte -parole qui est élu à sa place, le peuple congolais aurait été roulé dans la farine de manioc ! Au Burkina, si c’est Zéphirin Diabré, ou Djibril Bassolé, ou Rock Kaboré qui est élu, alors, les burkinabé ont mis le pied dans un tô préparé par Blaise Compaore, car tout ce monde-là a été moulé par celui qu’ils ont cru avoir chassé du pouvoir et dont ils ont tous été ses ministres !
Les africains n’ont pas suffisamment médité le printemps arabe…
En Tunisie, c’est un cacique de Bourguiba et de Ben Ali, Béji Caid Essebsi, du nouveau parti Nida Tounès, qui a remporté les législatives et la présidentielle…
En Egypte, c’est le maréchal Al Sissi, qui règne, après avoir embastillé le Président démocratiquement élu, Mohamed Mosri, sans que ni les USA, ni la France, ni le Royaume –Uni ne lèvent le petit doigt…
En Syrie, les occidentaux ont poussé les pauvres habitants dans le printemps arabe et après 4 ans d’une guerre sanglante, 250.000 morts, 4 millions de réfugiés et 8 millions de déplacés internes, Bachar El ASSAD est toujours là, dans un pays détruit à 80 % !...
En Lybie, c’est Kadhafi, mort assassiné, qui règle ses comptes depuis l’au-delà, et c’est un de ses anciens lieutenants, le général Haftar, qui risque de diriger le pays à court ou à moyen terme !
Les africains se trompent toujours de combat…et ce, depuis le début des indépendances…
Au Togo, Ablodé voulait dire liberté totale, indépendance totale ; on n’est plus sous les blancs, plus de travaux forcés, et pour certains, on travaille quand on veut, on se prélasse comme on veut… Au lieu de se concentrer sur le travail pour assurer le développement de notre pays, c’est l’apologie de l’Ablodé que les dirigeants d’alors privilégient…
Au Congo Kinshasa, l’indépendance est acquise en 1960, avec Mr Bomboko comme seul universitaire (Bac +4) d’un pays grand comme 5 fois la France ! On danse la rumba à se tordre les côtes et les hanches, on prend la paresse comme compagne, et on refuse de travailler… Le père de l’indépendance, Patrice Lumumba avait à peine un niveau de première des lycées et collèges, et Mobutu brisa le rêve du pays en 32 ans de règne obscurantiste…
Hamani Diori du Niger, Léon M’ba du Gabon, Maurice Yaméogo de la Haute Volta (actuel Burkina Faso), Modibo Keita du Mali, Hubert Maga du Dahomey (actuel Bénin), François Tombalbaye du Tchad, ne sont que des instituteurs ou assimilés, sortis de William PONTY…Tous voulaient l’indépendance de leur pays, sans s’être sérieusement préparés pour cette échéance, et pressés qu’ils étaient, de diriger un pays… Ne parlons pas du plus pressé parmi eux, Ahmed Sékou Touré, simple syndicaliste aux connaissances limitées et bourreau de tous les cadres de Guinée qui n’ont pas fui leur pays…
Seuls Léopold Sedar Senghor, Sylvanus Olympio, et Houphouët Boigny avaient l’étoffe d’un Chef d’État dans les pays francophones, tandis que Kwame N’krumah, du Ghana, et Tafawa Balewa, du Nigeria, étaient sérieusement préparés pour gérer leur pays chez les anglophones…
Mais les africains sont des « suivistes » !...
Quand le 13 janvier 1963, le premier coup d’Etat d’Afrique noire se produisit au Togo, tous les autres pays firent des coups d’Etat ! Seuls le Sénégal et la Côte d’Ivoire échappèrent au massacre ! Du côté des anglophones, c’est aussi la saignée…
Quand le Bénin organisa, en 1989, la première conférence nationale du continent, tous les pays francophones s’engouffrèrent dans la brèche…
Quand les burkinabé proposent la limitation des mandats à deux, sur un coup de coude de certains occidentaux, les immatures africains veulent rentrer encore dans la brèche ! Ils sont incapables de concevoir un système politique propre, après analyse sérieuse de nos pays, de nos traditions, de notre passé récent. Ils ne sont pas curieux à propos du cas de la Suisse, par exemple, qui a un système nulle part semblable, ou de Costa Rica, qui avait un mandat présidentiel non renouvelable de 4 ans, et où les chefs d’Etat ne sont pas payés, mais perçoivent seulement des indemnités…
C’est dans ce cadre que les activistes de « Y’en a marre » et « balai citoyen », qui ont intérêt, pour leur crédibilité, à s’affubler de dénominations plus intelligentes, doivent mieux méditer ! « Y’en a marre » rappelle le français d’un tirailleur sénégalais et « Balai citoyen » le vent de l’harmattan du sahel, qui balaierait les Nègres ! …
Rentrés dans leur pays respectif, nos activistes doivent réfléchir avant de dire et de faire n’importe quoi. Les règles pour diriger un pays vaste comme 5 fois la France, ne sont pas nécessairement identiques à celles pour gérer un pays semi aride, le Burkina, qui est un nain géographique et économique, comparé à la RDC …
La limitation des mandats n’est pas la priorité des priorités de nos pays, mais la recherche et la sélection d’hommes et de femmes, qui peuvent faire preuve d’honnêteté, d’efficacité, et d’innovation dans la gestion de nos jeunes nations. Les réformes peuvent à tout moment corriger les tirs, mais il y a des spécificités à classer, à trier. Et l’exemple des pays développés est là pour nous édifier ! L’Espagne, la Hollande, la Suède, le Danemark, le Royaume-Uni, le Japon, la Belgique, etc. sont des royaumes ; l’Allemagne, Israël, etc. sont des démocraties parlementaires, et personne ne peut nous démontrer qu’un de ces pays est le meilleur de tous, à cause de son système politique, ou de la limitation ou non de ses mandats électifs !
Le combat du continent africain, indépendant depuis seulement 60 ans, doit être avant tout le travail, d’abord le travail, et toujours le travail, pour donner une vraie indépendance à nos pays, indépendance économique, indépendance politique, indépendance de pensées, indépendance d’entreprendre et d’améliorer, indépendance d’exister en tant qu’hommes et femmes, dans leur diversité, dans leurs génie créateur, dans leur concept de la vie… et c’est cela la démocratie…
Dr David IHOU, Consultant en Géopolitique et stratégie sécuritaire