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Voici ce que risque la filière manioc au Togo, si rien n’est fait

Publié le mardi 17 septembre 2019, par Gabinho

Les scientifiques togolais de l’école supérieure d’agronomie (ESA) de l’Université de Lomé veulent jouer leur partition pour mettre le Togo à l’abri d’une crise alimentaire que pourrait connaitre le Togo à cause de la menace virale qui plane sur la filière manioc dans toute l’Afrique de l’ouest. En tout cas, les chercheurs togolais ne veulent pas voir leur pays vivre ce qui se passe en Afrique centrale .

Pour n’avoir pas anticipé sur l’événement, l’État ougandais avait fait face, il y a quelques années, à une insécurité alimentaire. À cause de la maladie de la striure brune du manioc (CBSD), la production dans la filière manioc a sérieusement décru ayant occasionné une sérieuse famine qui avait fait périr trois mille (3000) personnes. De nos jours, c’est le tour de la République Démocratique du Congo (RDC).

La maladie de la mosaïque africaine du manioc (CMD) causée par le Geminivirus constitue en Afrique de l’ouest la première contrainte de la production du manioc et peut même occasionner entre 40 et 70% de perte de rendement. En plus de cette menace propre à la sous-région, l’Afrique de l’ouest est également sous la menace de la maladie de la striure brune du manioc (CBSD) qui peut faire perdre entre 90 et 100% de la production du manioc.

Si rien n’est fait, nous courons aussi un grand risque de sécurité alimentaire. Vu la forte capacité de propagation des virus, étant donné que c’est en RDC, nous ne sommes plus loin du danger”, lance Docteur Dzodzi ADJATA, enseignant-chercheur à l’ESA.

Dans la prévention, les chercheurs de l’Afrique de l’ouest ont mis en place le West Africa Virus Epidemiology (WAVE) qui est un programme sous-régional innovant pour contrôler les virus du manioc.

Financé par Bill and Melinda Gate foundation et le département for international développement, WAVE a pour objectif d’augmenter la productivité des plantes à racines et tubercules.

Dans le cadre de ce programme, les chercheurs de l’ESA ont mis en place un champ expérimental dans l’enceinte de ladite école. WAVE a egalement fait construire dans l’enceinte un laboratoire.

Des travaux de croisement s’effectuent au niveau des deux dispositifs afin de dégager des variétés résistantes aux virus et productives. Les résultats sont attendus sur des années car sortir une variété, c’est des années de dur labeur. Le travail consiste aussi en la sélection conformément aux conditions écologiques et géographiques.

Mais en attendant, le programme WAVE recommande d’opter pour une solution palliative avec un plan d’action de gestion des maladies virales du manioc. Docteur ADJATA et son équipe s’y sont planchés pour faire sortir un plan de quelques milliards de francs CFA.

On nous a demandé d’écrire un plan d’action, on l’a fait et soumis aux autorités. Maintenant, il revient au gouvernement de prendre des actions qu’il faut. Mais encore faudrait-il que nous-mêmes scientifiques, nous posions des actions pour rassurer les autorités et c’est ce que nous sommes en train de faire”, souligne le coordonnateur national de WAVE.

Le programme WAVE est dans sa seconde phase après la première (2015-2018) qui a permis de faire un état des lieux des maladies virales de la filière manioc. La sensibilisation sur la menace est l’une des activités prévues pour cette seconde phase.

Une lutte efficace contre ces virus necessite une connaissance approfondie de ces virus et du mode de propagation des maladies qu’ils causent. Cela permettrait de planifier correctement tous les différents aspects de la lutte contre ces maladies.

La coordination de WAVE-Togo y veille également.

Pour rappel, le manioc constitue un aliment de base pour près de 800 millions de personnes dans le monde dont 500 millions en Afrique.

Autrefois considéré comme une culture de subsistance, le manioc est devenu plus qu’une culture de rente pour les producteurs et une culture stratégique pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté en Afrique.