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TOGO, UN CHANGEMENT S’IMPOSE...

Publié le mercredi 13 juin 2018, par Gabinho

Le 12 Juin 2018, la Cour constitutionnelle demande au gouvernement et à la Commission électorale (CENI) de presser le pas pour organiser les élections dans un délai raisonnable. Date choisie au hasard ? ou retour sur une date historique dans la crise de confiance entre la majorité présidentielle et l’opposition ?

En effet, le 12 Juin 1991, l’opposition Togolaise et la majorité présidentielle signent un accord ouvrant la voie à l’organisation d’une conférence nationale. Quelques semaines plus tard, en pleine conférence, l’accord est violé par l’opposition qui soutient les forces qui autoproclament la conférence nationale« souveraine ».
Pour tenter de justifier ce coup de force, le secrétaire général de la CDPA indique que « …l’accord n’engage que les signataires… ». Le gouvernement et l’armée se retirent de la conférence et depuis, le pouvoir et l’opposition peinent à accorder leurs violons malgré un vingtaine de dialogues.

Le dernier dialogue, débuté le 19 février 2018 pour dix jours semble fort enlisé presque quatre mois après son démarrage.
La majorité présidentielle et l’opposition ne semblent pas avoir trouvé une façon raisonnable et acceptable pour toutes les parties de résoudre la crise de légitimité maquillée et présentée comme une crise constitutionnelle.

La crise Togolaise, une crise de légitimité...

Notre brave Togo n’a connu qu’une seule élection libre et démocratique depuis 1958 et cette élection était supervisée par les Nations-Unies.
Depuis, toutes les autres élections laissent un goût de fraude et des doutes.
De coups d’état militaires, constitutionnels, en braquages électoraux, et autres tentatives de prendre le pouvoir par la rue, organiser des élections propres au Togo, c’est la mer à boire…ou à bouillir…

L’ensemble des gouvernements issus de ces montages et accords entre politiciens n’ont pas pu durablement établir un contrat social entre les populations et les gouvernants. Ainsi, et de façon cyclique, les populations se rebellent sous différentes formes pour contester les autorités de fait du pays. Ces contestations sont du pain béni pour l’opposition qui essaie de les exploiter pour parvenir au pouvoir sans régler le problème de légitimité.
En bref, nous disons que la constitution de 1992, comme le gouvernement en place et une partie de la classe politique souffrent d’un manque légitimité.
En effet, des citoyens issus d’un coup d’état et de manifestations de rue se sont cooptés pour organiser une conférence nationale dite « souveraine ». Pire,ils se sont entendus pour former un parlement non élu baptisé Haut Conseil de la République (HCR) qui a accouché de la constitution de 1992, une constitution confligène, puisque depuis 1992, le pays n’est pas stable.

Dans notre perspective, étant donné que nous aspirons à la démocratie, le peuple doit être en amont et en aval du processus constitutionnel. Autrement dit, les populations doivent élire une assemblée constituante pour lui rédiger une nouvelle constitution et cette constitution doit être retournée au peuple par voie référendaire pour approbation.

La constitution de 1992 en plus de ses insuffisances au point de vue de la légitimité, n’est plus adapté aux besoins du Togo de 2018. Les Togolais ont besoin d’un nouveau contrat social.

Le maquillage en crise constitutionnelle…

Le 19 Août 2017, une manifestation de rue organisée par un parti non parlementaire dégénère en affrontement avec les forces de l’ordre. Les raisons qui sous-tendent la courageuse sortie de nos confrères de l’opposition non parlementaire sont le retour à la constitution de 1992 et le vote de la diaspora.

Le mois suivant, le gouvernement envoie un projet de loi à l’assemblée pour donner un début satisfaction à l’opposition, mais celle ci quitte le parlement et préfère s’en remettre à la rue pour exiger le départ pur et simple du chef de l’État. À l’époque, nous avons regretté qu’un problème constitutionnel ne puisse se régler au parlement et qu’il faille verser encore du sang pour des questions politiques.

Dans notre perspective, le parlement ou un référendum sont les voies les mieux indiquées pour résoudre cette crise et que si l’on ne veut pas discuter au parlement et que l’on refuse le référendum c’est que le problème n’est peut-être pas constitutionnel. Ce n’est qu’un paravent pour demander le départ du chef de l’État. Requête que les « schtroumpfs » de la majorité présidentielle ne sont pas prêts à accepter et à juste titre. La personnalisation du débat sur les réformes laisse paraître une volonté de se servir de la constitution pour se débarrasser d’un adversaire politique.

La démocratie repose sur des principes…

Comme tout système, la démocratie repose sur des principes, des piliers sans lesquels elle n’est pas en équilibre. Le Togo a été déséquilibré par des coups d’État militaires, électoraux et constitutionnels.Penser rééquilibrer les choses en manifestant et en mettant l’économie à genoux va le déséquilibrer davantage.

On ne peut pas vouloir instaurer la démocratie dans un pays et refuser d’être démocrate, refuser l’implication de l’ensemble des populations et refuser d’utiliser des moyens démocratiques.

Dans notre perspective, la souveraineté appartient au peuple et elle la délègue à ses représentants par des élections. Cela étant dit, nous sommes opposés à toute forme de prise de pouvoir ou changement des institutions qui se fait en dehors d’élections libres, démocratiques et transparentes et c’est la raison pour laquelle nous militons dans l’opposition depuis près de vingt ans.Nous sommes donc contre les coups d’États militaires, constitutionnels, électoraux, les insurrections populaires et leur cortège de manifestations tapageuses et intempestives.

Le meilleur moyen doter le pays d’une constitution consensuelle, c’est de demander aux populations de choisir ceux qui vont lui rédiger une constitution et avoir l’onction du peuple par voie référendaire une fois le travail achevé.
Le meilleur moyen de changer de gouvernement c’est par des élections libres et transparentes.

Bien entendu, nous ne sommes pas dans le meilleur des mondes avec les meilleurs moyens et les meilleurs acteurs, mais le principe de consulter l’ensemble des populations par des élections libres et transparentes est un principe intangible et non substituable auquel tout véritable démocrate devrait souscrire.

Un dialogue fort enlisé…

Dans notre introduction, nous avons évoqué le fait que le dialogue soit fort enlisé. Il ne pouvait en être autrement puisque nous n’avons pas une crise constitutionnelle mais une crise de légitimité et que certes, la légitimité du gouvernement est contestable mais celle de certains opposants au-devant de la scène l’est tout autant sans compter que nombre de partis parlementaires sont exclus des discussions.

Comment comprendre et accepter que des partis parlementaires soient exclus de discussions portant sur la constitution et qu’au même moment la coalition des 14 est dirigé par la représentante d’un parti qui n’a pas de légitimité.

Voilà un parti qui a violé l’accord du 12 Juin 1991, déclenché une grève générale illimitée de neuf mois qui a ruiné l’économie nationale, était au courant de la tuerie en préparation à Fréau jardin et n’a rien dit et laissé massacrer les populations. Le même parti et les mêmes acteurs sont à l’avant de la scène pour une opération Togo mort ce 18 Juin 2018…

Quelle démocratie comptons-nous bâtir quand sont exclus des discussions, des partis parlementaires et que l’on prend un parti qui est incapable d’avoir un seul député élu depuis 28 ans comme leader de la coalition ?

Nous ne comprenons pas que le chef de file de l’opposition, après avoir gagné les dernières législatives et les deux dernières présidentielles puisse venir s’aligner derrière des forces politiques pareilles dans le cadre d’une coalition ?

Dans notre perspective, que l’on soit en train de débattre de notre constitution ou d’autres sujets importants qui auront un impact sur l’ensemble des populations, le dialogue concerne avant tout les partis parlementaires puisqu’ils ont reçu un mandat du peuple dans son entièreté pour les représenter.

Le chef de fil de l’opposition doit conduire la délégation de l’opposition aux discussions et en dehors de l’obligation morale qu’il a, d’y aller avec l’ensemble des partis de l’opposition parlementaire, il peut au besoin s’entourer ou consulter les partis non parlementaires.

Si le problème est constitutionnel, s’ils accordent entre partis parlementaires, ils ont le pouvoir de faire les réformes et le cas échéant renvoyer la question aux populations par voie référendaire.

Nous espérons que la facilitation prendra cet élément important en compte et s’assurera que l’ensemble des partis parlementaires soient associés et participent au dialogue.

La monnaie démocratique, le suffrage populaire...

Le système démocratique a pour monnaie le suffrage populaire,et le guichet automatique, c’est les élections.
Comme dans la vraie vie, si vous avez bien travaillé et accumulé un capital, lorsque vous vous présentez au guichet vous pouvez retirer un montant qui puisse vous permettre de faire ce que vous avez programmé.
Dans un système démocratique, c’est pareil, lorsque vous avez accumulé un capital de confiance suffisant par la qualité de votre travail et offre politique, quand viennent les élections, vous pouvez retirer un volume de suffrages qui puisse vous permettre de réaliser votre programme.

Dans notre perspective, les élections restent l’unique moyen de consulter le peuple dans son ensemble pour dégager une majorité.
Un débat sur les conditions d’une élection libre et transparente est donc fondé.
Cependant, un débat sur les candidats est infondé car, le choix des candidats à une élection est du ressort de militants de ce parti, choix validé par la commission électorale, le ministère de l’administration territoriale et la cour constitutionnelle.
On ne peut pas arriver à un match de football et penser avoir le droit de choisir les joueurs ou le capitaine de l’équipe adverse.

La vraie lutte, la lutte qui repose sur des principes démocratiques,c’est une lutte pour nous assurer que les élections soient transparentes, que le suffrage des populations soit fidèlement restitué, et que le pouvoir d’État soit transmis à ou reste aux mains de ceux qui ont obtenu la majorité des suffrages.Battons-nous pour des élections propres.

Comment organiser des élections propres au Togo ?

Le nœud de la crise Togolaise c’est comment organiser des élections propres ?

Ce nœud, il faut soit, le dénouer patiemment par un recours inlassable au dialogue, ou bien, dans l’impatience, le couper (coup de force, insurrection populaire) avec toutes les conséquences désagréables et inutiles que cela implique.

Dans notre perspective, notre but ultime étant de vivre ensemble dans la paix, la liberté et la prospérité, il vaut mieux être patient et prendre le temps qu’il faut pour dénouer le nœud car c’est la seule solution qui puisse nous garantir d’avoir une corde en entier et plus solide à la fin.

Nos propositions pour aller à des élections propres sont en rupture avec l’agenda qu’essaie de nous imposer la majorité présidentielle et l’opposition. Notre démarche s’inscrit dans le temps et nous n’avons cure de qui est au pouvoir, pourvu qu’il soit bien élu et qu’il se conforme à une constitution que les Togolais se sont librement donnés. L’alternance doit être une conséquence de l’enracinement de la démocratie et non une condition. On ne peut pas parler d’alternance à la tête de l’État quand on est à la tête de son parti depuis 28 ans sans résultats significatifs. L’alternance c’est bon pour tous et à tous les niveaux, mais ce n’est pas une fin en soi.

Dans notre perspective, il faut aller vers une nouvelle république et demander aux populations quel régime politique elles souhaitent (présidentiel, parlementaire etc.…).
Le premier pas vers cette nouvelle république, c’est le dialogue.
Le dialogue doit commencer au plus haut niveau entre le chef de l’État et le chef de file de l’opposition pour déblayer le terrain des obstacles de nature politique.Ils sont les deux principales locomotives de la sphère politique et le moindre accord à leur niveau aura un effet boule de neige bénéfique pour le pays.

En dehors de ces rencontres de haut niveau, le dialogue doit se poursuivre et doit rassembler principalement les partis parlementaires,la médiatrice de la république et au besoin la chefferie traditionnelle.L’Union Africaine et les Nations Unies doivent jouer un rôle plus important que celui qu’ils jouent depuis plusieurs années en soutenant les discussions en développant des projets qui vont favoriser le dialogue dans le pays. Loin d’être un médicament, le dialogue doit devenir un aliment quotidien pour les Togolais particulièrement la classe politique.

Le dialogue va accoucher d’un gouvernement de transition qui va, avec l’appui d’une Ceni technique, préparer l’élection d’une assemblée constituante.
La représentation au gouvernement se fera sur la base des suffrages recueillis lors des dernières législatives (pas le nombre de sièges) et le premier ministre sera désigné par le parti d’opposition ayant recueilli le plus grand nombre de suffrages et les postes ministérielles attribués selon les suffrages obtenus.

L’assemblée constituante élue va s’entourer de différentes commissions consultatives pour rédiger et proposer une nouvelle constitution aux populations pour approbation par référendum. L’assemblée constituante votera une amnistie pour l’ensemble des crimes économiques et politiques commis depuis la colonisation jusqu’ à nos jours et travaillera avec le gouvernement pour mettre en œuvre le reliquat des recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation.

Une fois la nouvelle constitution approuvée, les élections municipales, législatives et présidentielles seront organisées sans histoires de rétroactivité et avec la participation de la diaspora.

L’ensemble des élections pendant la période de transition se feront avec la supervision de la CEDEAO, de l’Union Africaine et des Nations-Unies.

Soyons le changement...
La démocratie peine à s’implanter au Togo faute d’une masse critique démocrates tant dans les sphères de décision que dans la population.
La démocratie Togolaise est un peu comme le christianisme. Tout le monde crie Jesus et fait du zèle le jour ou à l’église, mais le soir ou en cas de coup dur, presque tout le monde redevient animiste.

Dans notre perspective, les vrais problèmes du Togo sont d’ordre culturels(mentalité) et économiques.
Nous devons graduellement passer d’une société basée sur le communautarisme à une société basée sur l’individualisme. Une société dans laquelle chaque individu a le choix et dans où les choix indviduels et les minorités(handicapés, guais/lesbiennes, etc…)sont respectés.

Nous observons un niveau inquiétant de violence verbale et physique dans le pays et cela n’a rien à voir avec la politique, c’est un problème sociétal. Un enfant qui est battu à la maison, battu à l’école et qui apprend dès son jeune âge que les conflits se règlent avec des coups de poings et que la vie est une partie d’Evala où il faut terrasser ou être terrassé, peut-il, objectivement, devenir un adulte non violent enclin à un dialogue sincère pour régler des malentendus ? Non. La classe politique n’est que le reflet de la société Togolaise.

En dehors de la violence, la non valorisation des ressources humaines, naturelles et matérielles ne nous aident pas non plus.
Le gouvernement prend des crédits pour arranger le pays.Des efforts sont fournis en amont mais les résultats sont médiocres en aval faute d’une expertise qualifiée pour l’exécution mais aussi parce que les populations sont désengagées et désabusées par la mal gouvernance. La mentalité du plus grand nombre est ancrée dans le passé et le passif.

Par exemple, la CNSS fait des efforts,innove et se dépense sans compter pour expliquer au contribuable le bien fondé de déclarer ses employés… peine perdue...de l’homme de la rue aux vieux intellectuels , ancrés dans un passé devenu passif, ils font la sourde oreille et s’accrochent à des valeurs passées et nuisibles et refusent l’idée du bien être de leur prochain et leur droit à une retraite digne… Mourir plutôt que de changer semble être la devise de ces derniers…Pourtant, si nous ne changeons pas, le pays ne changera pas…

Nous devons être le changement que nous voulons voir dans ce pays. On ne peut pas vouloir la démocratie et en refuser les principes et les valeurs.Il n’y aura pas de démocratie au Togo si nous refusons de devenir démocrate. Le premier frein a la démocratie au Togo, c’est les mentalités.

Si nous refusons de changer nos mentalités, le pays ne changera pas et ceux qui par pitié ou sympathie viennent nous aider, finirons par se lasser et nous abandonner…

Le monde globalisé dans lequel nous vivons nécessite que nous opérions des changements structurels et culturels pour survivre et être compétitif.
Le libéralisme politique et économique, la démocratie libérale et l’économie de marché sont notre voie de salut…

Un changement s’impose au Togo, un changement de système politique et économique accompagné d’un changement de mentalité.

Bâtissons une démocratie libérale et une économie de marché pour faire du Togo un pays émergent.

Bâtissons un système qui repose sur des principes démocratiques plutôt que de personnaliser le débat et de chercher à en découdre les uns avec les autres.

Bâtissons une démocratie basée sur la confiance, le dialogue et la coopération, une démocratie dans laquelle les élections ne sont pas une lutte de survie où le vainqueur prend tout et le perdant n’a rien.

Bâtissons une démocratie inclusive où l’alternance commence dans les associations, les partis politiques et finalement dans les institutions de l’État.

Bâtissons une démocratie où l’on scrute l’horizon ensemble pour innover et imaginer l’avenir.

L’avenir du Togo ne se trouve pas dans le passé avec des acteurs du passé, du passif et de l’échec.

L’avenir, c’est vous, femmes et jeunes de ce pays.

Un changement s’impose, réalisons l’ensemble, plutôt que les uns contre les autres.

La lutte continue...

Séna Alipui

N.B : Cet article n’est que le point de vue d’un Togolais sur la situation actuelle que traverse le pays. Il n’engage en rien la ligne éditoriale de votre organe.