Infos Togo Licenciement abusif de 170 travailleurs de SOFANAT en pleine crise sanitaire de COVID-19

SADD hausse le ton et interpelle le gouvernement à mettre fin aux dérives totalitaires et à la défiance du DGA Ali Dakhlallah

Publié le vendredi 22 mai 2020, par Gabinho

C’est une situation particulière que vivent les travailleurs de la Société SOFANAT (Société de Fabrication des Nattes) opérant dans la zone franche togolaise.

Alors que dès les premières semaines du début de la crise sanitaire mondiale et le décret de l’état d’urgence au Togo, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme administrative, Gilbert Bawara, lors d’une rencontre tripartite entre le Gouvernement, le patronat et les Centrales syndicales des travailleurs, martelait que tout sera mis en œuvre pour sauver les emplois et exhortait les patrons d’entreprises, à aller aux négociations avec leurs employés pour tous les réaménagements que pourrait induire les mesures prises pour contrer la crise sanitaire liée au Covid-19, c’est une situation contraire que l’on vit à la SOFANAT et dont nous avons déjà à travers nos colonnes déjà attirer l’attention de l’opinion publique et partant des plus hautes autorités togolaises, et les appelant à agir.

Mais visiblement, rien n’y fit et les responsables de cette entreprise, foulant du pied tous les principes du droit du travail en vigueur au Togo, en cas de litige entre employeur et employé, et se refusant à tout dialogue avec le personnel, viennent de licencier 170 travailleurs, qui ne demandaient qu’à aller à des négociations sur les changements (pour ici, au lieu d’une diminution, c’est plutôt une augmentation des heures de travail) dans les activités de l’entreprise.

Faits et constats
Face à la presse le Jeudi 21 Mai dernier, grâce au soutien de WSM (We Social Movements) et de la DGD (Direction générale au Développement) de la Belgique, SADD (Solidarité Action pour le Développement Durable) a narré les faits en ces termes, « à l’origine de ces différends, l’annonce des mesures barrières le 1er Avril 2020 par le Chef de l’Etat togolais pour endiguer la propagation de la COVID-19 au Togo. En effet, pour faire face à l’ampleur que prend la menace de la pandémie de Coronavirus (COVID-19), l’autorité togolaise avait annoncé certaines mesures d’urgence et drastiques afin de limiter et réduire le risque de contamination dans le pays, lesquelles s’imposent à toutes les entreprises notamment sur les nouvelles formes d’organisation du travail. Pour ce faire, le 02 Avril 2020, le Chef d’usine et le Chef du personnel informaient les délégués du personnel présent de la décision de réaménagement d’horaire arrêtée par la Direction du service, celle qui rallongeait la durée règlementaire et habituelle de 08h de travail par jour à 12h de travail soit de 06h30mn à 18h00 pour ceux du matin et de 18h00 à 06h30mn pour ceux de nuit avec une prise d’effet immédiat. Les délégués ont contestés la prise de décision avec effet immédiat. A peine les discussions avaient-elles commencé en plein air debout devant l’usine quand le Directeur Général Adjoint était arrivé pour renvoyer tous les délégués du personnel du lieu et a instruit la sécurité du service de les expulser de l’enceinte ».

La suite, ce sera un constat amer des employés. « Le 03 Avril 2020, le syndicat (USINTRAZOFT- Union des Syndicats des Travailleurs de la Zone Franche Togolaise, ndlr) avait envoyé son chargé des conflits auprès du service du personnel en vue de la relance du dialogue social dans l’entreprise mais le Chef du personnel avait malheureusement refusé toute tentative de dialogue social pour raison de Coronavirus ; Contre toute attente la réponse de la SOFANAT avait été la suivante : « Compte tenu de la pandémie de Coronavirus, nous ne sommes pas en mesure de vous recevoir pour une quelconque discussion que ce soit »  ». Ce qui va en contradiction totale avec l’article 27 alinéa 1er de l’Arrêté N°021/MTESS/DGTLS du 10 décembre 2009 portant institution des Délégués du Personnel dans les entreprises du secteur privé et parapublic qui stipule que : « les délégués sont reçus collectivement par le chef d’établissement ou son représentant au moins une fois par mois. Ils sont, en outre reçus en cas d’urgence sur leur demande » et aussi des Directives de l’OIT en ce temps de la COVID-19, selon lesquelles, « un climat de confiance reposant sur le dialogue social et le tripartisme sera essentiel pour la mise en œuvre effective des mesures de lutte contre l’épidémie de COVID-19 et d’atténuation de ses effets ».

On note comme pour marquer en lettre d’or sa fermeture à toute discussion, le premier responsable et son staff, des entourloupettes. Entre autres tentatives des employés, à lui faire entendre raison, on retient le fait que « dans une correspondance en date du 06 avril 2020, les délégués du personnel de SOFANAT adressèrent à la Direction Générale du travail et à la direction de la société d’administration de la Zone Franche leur consternation par rapport à la décision de la direction de SOFANAT avec effet immédiat de la réorganisation du travail et le refus du Directeur de dialoguer avec ces derniers  ». Mais quelle ne fut leur désolation que de constater que les multiples « tentatives des délégués du personnel se sont heurtées à une farouche opposition du Directeur, y compris la comparution suite à la convocation de l’Inspection du Travail et des Lois Sociale en date du 10 avril 2020 ».

Un refus de comparaître, qui n’est ni plus ni moins d’une certaine « défiance à l’autorité de l’administration du travail » qui doit en principe interpeller à une « réaction pour une mobilisation sociale d’envergure face à ce déni de droit qui renvoie sur les carreaux 170 travailleurs qui ont vendu pendant plusieurs années leur force de travail pour la prospérité économique de SOFANAT, et qui, malheureusement sont renvoyés comme des chiens errant perdus dans l’espace  ».

Foulant du pied les textes et défiant l’autorité du Chef de l’Etat, SOFANAT lance un recrutement

Chose encore plus surprenante et qui doit interpeller le ministre en charge du Travail, Gilbert Bawara, et partant le Gouvernement togolais sur la défiance que lui oppose ce Libanais, c’est le fait que, se refusant à tout dialogue, et alors que ces infortunés 170 travailleurs, attendent un dénouement consensuel et paisible, la direction de SOFANAT, déclarant et qualifiant « leur espérance « d’abandon de poste » à travers une correspondance en date du 28 avril 2020, précédée d’une lettre de mise en demeure le 14 avril 2020, dans sa logique d’écarter ces derniers, a lancé le 13 Mai 2020 un nouveau recrutement en remplacement de ceux qu’elle estime avoir abandonné leur poste de travail  ». Ceci alors même que le gouvernement togolais n’a de cesse depuis le début de cette crise sanitaire manifesté sa dévotion pour la sécurisation des emplois. Les employés de la SOFANAT licenciés ne sont-ils pas des employés qui doivent également bénéficier de cette sécurisation de l’emploi ? Et même si licenciement doit-il y avoir, ne devrait-il pas l’être suivant les conditions prescrites le cadre juridique du travail au Togo ?

En tout cas, des mots du premier responsable de l’entreprise, du moins sa représentation au Togo, en la personne du Directeur adjoint, Ali Dakhlallah, qui d’après les employés, leur lançait à la figure, « Vous n’êtes pas nos associés pour discuter nos décisions  » ou encore « Lorsque le Chef de l’Etat avait annoncé les mesures d’urgences prises, avait-il eu à consulter préalablement le peuple ? Donc la Direction de SOFANAT n’avait non plus l’obligation de consulter les délégués du personnel avant ses prises de décision », doivent interpeller au plus haut degré le ministre Fonction publique, du Travail et de la Réforme administrative, Gilbert Bawara ainsi que le Gouvernement, à voir clair dans cette situation et à « bien vouloir opposer un non catégorique à cette dérive totalitaire de la direction de SOFANAT qui de surcroît défi l’autorité du Chef de l’Etat ».
Bon à suivre !
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