Infos Togo ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR PRIVÉ AU TOGO

POURQUOI LES EPES SONT-ILS VISÉS ?

Publié le lundi 7 décembre 2020, par Gabinho

L’enseignement supérieur privé a été libéralisé au Togo depuis plus vingt-cinq ans favorisant ainsi l’émergence des Ecoles Privées d’Enseignement Supérieur, partenaires de l’Etat dans la formation, en vue de parer à la massification des étudiants dans les universités publiques. Le Privé est venu prêter main forte au public face à l’afflux des étudiants dans les amphis.

En effet, les facteurs institutionnels et environnementaux du secteur éducatif ont conduit au lancement des états généraux de l’enseignement supérieur privé au Togo qui aboutira à la réglementation dudit secteur. Ce dernier assaini plus tard par une inspection diligentée par le Ministère de l’enseignement supérieur en Août 2016. La performance des établissements privés d’enseignement supérieur confirme la qualité de la formation dispensée dans ces temples du savoir. ""L’enseignement est une vocation, du social"", nous dira-t-on. Un investissement des opérateurs économiques pour accompagner le Chef de l’Etat dans sa politique d’encadrement de la jeunesse estudiantine comme stipulé lors du Conseil Présidentiel sur l’avenir de l’enseignement supérieur en Novembre 2013.

Mais depuis un certain temps, le milieu de l’enseignement supérieur privé subit une kyrielle de brimades proférées par son ministère de tutelle celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Des notes circulaires en passant par un projet de décret, tous les moyens sont explorés pour affaiblir ou du moins extirper les EPES.

INTERDITION D’ADMISSION DES DIPLOMES DE BTS, BT, DAT DIRECTEMENT EN LICENCE PROFESSIONNELLE
Depuis les années 90, le cursus dans l’enseignement supérieur privé est sanctionné par un diplôme d’état, le Brevet de Technicien Supérieur (BTS) à l’issue des deux premières années de formation. Ce diplôme et bien d’autres à l’instar du Brevet de Technicien (BT) et du Diplôme de Technicien en Assurance (DTA) sont actuellement dans le viseur du Ministère de l’Enseignement Supérieur. Ce dernier estime à travers des notes circulaires en date du 26 Mars 2020 adressées aux Responsables des Etablissements Privés d’Enseignement Supérieur, « …… autorisent des détenteurs du Brevet de Technicien Supérieur (BTS) à s’inscrire en parcours Licence (semestres 5 et 6) dans les établissements sans aucune procédure………le BTS n’est pas un sous diplôme de la Licence LMD, et ne saurait par conséquent, travestir le label de qualité de l’enseignement prôné par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche………... ». Ces notes circulaires ont pour objectif de remettre en cause la valeur des diplômes sus mentionnés et par ricochet la formation délivrée par les établissements privés d’enseignement supérieur pour l’obtention de ces diplômes.

Ces actions qui visent à décrédibiliser la formation des établissements privés d’enseignement supérieur est un coup de massue de leur ministère de tutelle. Or les programmes de BTS sont élaborés par ledit ministère.

SUSPENSION PROVISOIRE DES INSCRIPTIONS DE RECRUTEMENT DES ÉTUDIANTS DANS LES DIFFÉRENTES FILIÈRES DE FORMATION DANS LES EPES
Par un courrier en date du 28 Octobre 2020, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a ordonné la suspension provisoire des inscriptions de recrutement des étudiants dans les différentes filières de formation, de même sous prétexte d’une évaluation des états des lieux qui serait en cours, afin de mieux réguler le système d’organisation et de fonctionnement des EPES, il informe de la suspension de la délivrance des permis d’ouverture, de renouvellement d’agrément et d’accréditation de nouvelles filières. En réalité, les arguments avancés susmentionnés ne sont que des alibis pour obliger les EPES à s’aligner sur les dates de rentrée prévues par les universités publiques du Togo. Les EPES sont libres de fixer leur date de rentrée sans tenir compte des universités publiques.

HOMOLOGATION DES DIPLOMES DES EPES PAR LE MINISTÈRE SE FAIT A LA TÊTE DU CLIENT
Le projet de décret stipule en son Article 53 : « les diplômes délivrés par les établissements agréés, en ce qui concerne les filières pour lesquelles les examens nationaux ne sont pas organisés, sont impérativement soumis à une procédure d’homologation auprès du service de l’Etat chargé de la reconnaissance et de l’homologation des diplômes, titres, grades et certificats ».

L’homologation est un système d’équivalence des diplômes délivrés par les EPES par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les diplômes délivrés par les EPES doivent être soumis désormais à une procédure d’homologation soulignée dans le projet de décret en cours. Les filières de formation des EPES avant leur opérationnalisation ont reçu l’aval du ministère de l’Enseignement supérieur, lequel reconnait, à priori que l’Ecole demanderesse aurait rempli toutes les conditions académiques et infrastructurelles pour dispenser la formation et délivrer le diplôme demandé. Pourquoi alors une homologation d’un diplôme validé en amont par le ministère ? Les indices indiquent que le service d’homologation et d’équivalence du ministère valide des dossiers à la tête du client. Les diplômes de certaines écoles sont validés ipso facto mais rejetés pour d’autres sans motif valable, selon nos sources. On assiste à « du deux poids deux mesures » où certains sont favorisés au détriment d’autres, pour des raisons d’intérêt personnel, nous a-t-il confié, un employé au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

INSTAURATION DE LA VALIDATION DES DOSSIERS DE CAMES DES EPES PAR LE MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE
Les EPES dans leur fonctionnement académique et pédagogique ont la possibilité de faire reconnaitre leurs diplômes par le CAMES. C’est un choix, une liberté qui est conférée à tous les EPES sans passer par leur ministère de tutelle, ceci valable dans tous les pays membres du CAMES. Mais force est de constater qu’au Togo, les autorités de l’enseignement supérieur et de la recherche exigent dorénavant que « La reconnaissance, l’accréditation et l’équivalence des programmes de formation par le CAMES sont soumises à une autorisation préalable. Les modalités de l’autorisation préalable sont fixées par arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche » dit l’article 153 du projet de décret. Cette précision sans texte officiel est une entrave aux règles du Cames. Cette contrainte doit être levée.

PARTENARIATS ET FORMATIONS DELOCALISÉES DES EPES EN SOUFFRANCE
Dans le processus d’amélioration des offres de formation, les EPES ont la possibilité de faire recours aux compétences académiques extérieures d’autres universités et Écoles à travers des partenariats et formations délocalisées. Chaque EPES, pour ce faire, choisit son partenaire compte tenu de ses besoins au plan académique et pédagogique. L’accord de partenariat et la formation délocalisée entre deux parties signataires n’engagent que ces dernières dans sa formulation et sa mise en œuvre. Constatons dans l’Article 73 du projet de décret que « les formations délocalisées des établissements publics ou privés nationaux ou étrangers dans les EPES nationaux font l’objet d’une autorisation par arrêté du ministre en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ». Aussi, l’article 164 renchérit, « Les partenariats et formations ne sont mis en œuvre qu’après leur approbation par arrêté du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les modalités de cette approbation sont fixées par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ». Cette disposition jugée absurde par les fondateurs des EPES serait un moyen d’ingérence du ministère dans la mise en œuvre des partenariats entre les écoles supérieures à connotation privée.

INTERVENTION AU PERSONNEL ENSEIGNANT DES ÉTABLISSEMENTS PUBLICS DANS LES EPES
Le Projet de décret dixit en son article 132 : « L’intervention des enseignants universitaires du public dans les établissements privés est subordonnée à l’obtention d’une autorisation d’enseigner délivrée par le ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ». Par cet article, on comprend aisément que la liberté des enseignants universitaires d’intervenir dans les EPES serait désormais sous contrôle du ministère. Le fait déjà de stipuler dans ledit article : l’obtention d’une autorisation délivrée par le ministre en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est une entrave à la libre circulation des enseignants du public dans les privés.

Il est évident que les décisions du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche à l’endroit des EPES, ces derniers moments, ne sont pas de nature à favoriser un climat d’apaisement.

Nous allons dans nos prochains articles, aborder les sujets relatifs à l’ethnocentrisme, au sectarisme et au tribalisme au sein de l’institution en question.