Infos Togo Interview / Bilan 2018, plan stratégique, défis et perspectives pour 2019

Patrice Kwamé, Secrétaire Exécutif du Conseil de l’Entente : « Nous sommes fiers »

Publié le mardi 4 décembre 2018, par Gabinho

L’année 2018 tire à sa fin. Sans aller trop vite en besogne, on peut donc se dire que la dernière réunion du Conseil des ministres du Conseil de l’Entente tenue à Lomé le 1er Décembre dernier, ayant porté entre autres sur le Budget 2019, est le dernier acte de ce Conseil avant de laisser tomber le rideau sur l’année 2018. Au terme de cette réunion, il a nous a paru judicieux de tendre notre micro au Secrétaire Exécutif de cette organisation, regroupant les cinq pays francophones d’Afrique de l’Ouest à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Togo, Patrice Kwamé, pour un bilan de cet exercice finissant, ses regrets pour 2018 et le Plan stratégique 2019, les défis et perspectives du CE…

L’exercice 2018 étant en train de s’achever, quel bilan peut-on faire de cet exercice au niveau du Conseil de l’Entente ?
En 2018, nous avons poursuivi bien entendu nos activités, dans les différents domaines. La mission du Conseil de l’Entente, c’est de contribuer à la paix dans son espace et le développement. Et donc, nous avons continué nos activités dans les différents domaines qui concourent à la paix. Le premier domaine, c’est le domaine de la coopération politique, et là ce que nous avons eu à faire, c’est le renforcement de la coopération entre pays membres. Nous avons présenté au Conseil des ministres, un projet de médiation de conflit et le Conseil des ministres de nous rapprocher de la CEDEAO pour que nous puissions travailler ensemble avec elle par rapport à ce domaine. C’est ce que nous avons fait puisque la CEDEAO a un mécanisme de médiation. Nous pensons que bientôt nous pouvons travailler de concert avec la CEDEAO par rapport au mécanisme de médiation. Ce que nous avons souhaité, c’est que chaque fois qu’un pays du Conseil de l’Entente est concerné, on ne va pas travailler pour les 15 pays, par la médiation, il faudrait que la CEDEAO nous associe. En matière politique, c’est ce que nous avons fait.
Au niveau de la coopération sécuritaire, nous avons mené une étude approfondie qui a abouti à la proposition d’un mécanisme entente renseignement au niveau des cinq pays membres du Conseil de l’Entente. Comme vous le savez, les questions de sécurité sont devenues un grand défi et le Conseil de l’Entente ne peut pas ne pas s’y intéresser. Cette proposition a été prise par la réunion des ministres de la sécurité qui l’a examiné et validé et nous sommes au stade où, au prochain sommet des Chefs d’Etat, nous allons proposer ce mécanisme.
Au niveau de la coopération au développement, nous avons poursuivi nos actions qui consistent à réaliser des projets améliorant les conditions de vie des populations, notamment les populations rurales. Ce sont des projets de forages en hydraulique, de l’électrification, de construction d’infrastructures sanitaires et scolaires. En 2018, nous avions voulu marquer quand même une pause puisque depuis 2013, nous sommes en train de réaliser ces projets et il nous a paru nécessaire de procéder à une évaluation pour voir les insuffisances éventuelles pour pouvoir rattraper. Nous avons aussi marqué cette pause pour achever aussi certains projets qui sont en cours et qui ne sont pas tout à fait achevés. Et ce que je peux dire c’est que, en 2018, nous avons réalisé un projet très intéressant au Bénin, qui a consisté dans la banlieue de Cotonou à équiper les jeunes maraichers de dispositifs, un équipement leur permettant d’arroser les plants et d’améliorer les rendements. En même temps, nous avons construit dans la banlieue de Cotonou, un marché destiné aux dames qui vendent des produits maraichers. Et c’est un dispositif vraiment intéressant que nous avons remis aux autorités de Cotonou.
Autre secteur c’est le secteur de la culture et des sports. Comme vous le savez, le Conseil de l’Entente appuie chacun des Etats dans une activité culturelle choisie par les Etats. Donc nous avons poursuivi cette activité là en 2018. Voilà un peu l’essentiel de ce que nous avons fait en 2018.

Parlant du Mécanisme entente de renseignement, est-ce que les propositions faites sont en train de porter leurs fruits ? Et par rapport aux réformes du CERFER, que retenir ?
Par rapport au mécanisme, il y a eu plusieurs étapes. La première étape, nous avons eu une réunion annuelle des ministres de la Sécurité et des frontières, donc c’est eux qui sont qualifiés pour examiner ces questions-là. Ils se sont réunis ici à Lomé et ils ont validé le projet. Qu’ils ont soumis au Conseil des ministres du Conseil de l’Entente. Et lors de la réunion d’Octobre dernier, le Conseil des ministres a validé ce projet et a demandé qu’on le transmette à la Conférence des Chefs d’Etat. Donc au cours de la réunion qui vient de se dérouler, le Conseil des ministres l’a confirmé. Et donc ce projet ira au prochain sommet des Chefs d’Etat. Il appartient aux Chefs d’Etat de le valider s’ils sont d’accord et à partir de ce moment seulement, nous pouvons mettre en œuvre ce projet.
Concernant les réformes du CERFER, c’est quelque chose dont nous sommes fiers. Le CERFER est implanté ici à Lomé, et c’est une institution spécialisée du Conseil de l’Entente. Nous avons reçu comme instruction des Chefs de l’Etat d’en faire une institution de qualité, un centre d’excellence. Et nous y travaillons. Nous sommes arrivés à la mise en place d’un plan stratégique pour pouvoir effectivement en faire un centre d’excellence. Mais ce plan stratégique nécessitait un financement de 6 milliards de F cfa. Nous avons donc saisi la BAD pour pouvoir lui dire ce que nous voulons faire, parce que le CERFER forme des jeunes qui ont rapidement une pratique professionnelle et qui sont en mesure de trouver un emploi ou d’en créer. Nous avons été suivis par la BAD qui a accordé une subvention de 5 milliards, pour cette réforme du CERFER. En contrepartie, elle a demandé que les Etats membres du Conseil de l’Entente constituent aussi un apport d’un milliard pour en faire au total 6 milliards dont disposera le CERFER pour sa réforme.
(…)

S’il y a quelque chose que vous pouvez regretter de n’avoir pas fait en 2018 pour le compte des missions du Conseil de l’Entente, ce sera quoi ?
J’aurais bien voulu faire 1000 puits au Togo, 1000 villages électrifiés au Togo, plein de villages avec un centre de santé… parce que, en réalité, la plus grande menace, c’est le sous-développement. Tant qu’on n’aurait pas régler le problème de sous-développement, la question du chômage des jeunes, la question de la migration des jeunes, toutes ces questions-là resterons posées. Donc mon gros souhait, c’est qu’on arrive effectivement à surmonter ces questions-là, en développant notre pays.

Quel est le Plan stratégique pour 2019 ?
En 2019, nous allons poursuivre ce que nous avons commencé. Nous mettrons l’accent sur deux choses qui nous paraissent importantes. C’est de faire une étude pour définir une stratégie de promotion des activités génératrices de revenus pour les jeunes et pour les femmes. On fera aussi une table-ronde sur l’extrémisme violent. Avec la coopération Suisse, nous avons démarré, cette année, nous avons déjà eu cette table-ronde, à Abidjan, et donc nous allons le poursuivre. Ça nous parait important. En 2019, c’est le 60ème anniversaire du Conseil de l’Entente, le 29 mai. Ça va être une occasion de commémorer ce 60ème anniversaire. Nous n’avons pas encore mis en place le dispositif mais nous avons prévu au budget, un montant. Nous allons mettre en place un comité d’organisation qui va faire des propositions de telle sorte à assurer une plus grande visibilité du Conseil de l’Entente à cette occasion.
Il faut aussi évoquer le programme immobilier. Il y a un programme immobilier au niveau des 5 Etats, autorisé par les Chefs d’Etat. En Côte d’Ivoire, ça va être une Tour qui sera construite là où se trouve actuellement le Conseil de l’Entente au Plateau. Au Niger, puisque le pays va organiser en 2019, le sommet de l’UA, les autorités nigériennes nous ont approchés pour que nous puissions réaliser le projet immobilier. Et ce qui a été choisi par le Niger, c’est un Mall, un grand centre commercial à Niamey. Et pour lequel, le Niger vient de donner un terrain de quatre (4) hectares pour nous permettre de réaliser. Nous sommes donc au stade de l’étude de faisabilité. Et c’est ce que nous avons présenté au dernier Conseil avec le plan d’architecture pour que les gens aient une bonne idée de ce que nous allons faire. Nous pensons que pour le premier trimestre de 2019, nous allons procéder à la pose de première pierre de ce Mall. En 2019, nous allons aussi approcher les trois autres Togo, Bénin et le Burkina Faso, pour qu’ils nous proposent le projet qu’ils souhaitent, et nous allons y travailler comme nous le faisons pour les deux premiers pays.

Quels sont les défis et perspectives du Conseil de l’Entente pour 2019 ?
C’est que le Conseil de l’Entente consolide sa position. Quand nous avons commencé en 2012, le Conseil de l’Entente était disons mort, il n’existait plus. Nous avons parlé de la coopération avec le groupe ACP. Nous avons mis en place un groupe de travail appelé Task-Force groupe ACP-CEDEAO-Conseil de l’Entente pour identifier les projets dans l’espace entente que pourrait financer le groupe ACP dans l’espace entente. Il y a eu une longue démarche et nous sommes parvenus au stade où le 13 Novembre dernier, les trois organisations viennent de tenir une réunion à Bruxelles. A partir de là, nous allons pouvoir identifier les projets clairs qui seront financer par les fonds intra-ACP. C’est un saut qualitatif.

Un message aux populations de l’espace entente et aux gouvernants en cette fin d’année 2018 ?
Bonne fête de fin d’année à toute la population de l’espace Entente. Et qu’il y ait des élections apaisées au Togo et dans les autres pays membres du Conseil de l’Entente.

Réalisée par G.K / T228