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NOUS AFFAMER, ET AFFAMER NOS SŒURS ET FRERES IMPUNEMENT ?

Publié le lundi 7 septembre 2020, par Gabinho

Par Maryse QUASHIE et Roger E. FOLIKOUE

D’énormes ressources gazières sont disponibles dans le nord du Mozambique, peuplé surtout de musulmans. Les "Djihadistes" sévissent dans la région, nous apprend-on. Mais aussi, la compagnie Total est prête à investir d’énormes montants pour l’exploitation de ce gaz. Et on sait qui est Total, l’Etat français.

En même temps pour la seconde fois depuis le 4 août 2020, date de l’explosion qui a ravagé Beyrouth, a fait plus de 100 morts et 4000 blessés, et a jeté plus de 300 000 personnes dans la rue, la misère et la souffrance, Emmanuel MACRON se rend au Liban. Programme largement médiatisé car il ne s’agit pas simplement de discussions politiques à propos de la situation qui prévaut dans ce pays (pour cela le président français avait-il besoin de se déplacer en personne ?), il y a aussi des gestes symboliques destinés à frapper l’opinion libanaise, comme aller planter un cèdre, arbre emblème du Liban.

On pourrait s’interroger sur cet amour quelque peu démesuré pour le Liban : il est vrai que de très anciennes relations "d’amitié" lient la France et le Liban, mais est-ce la seule raison ?

Une ville en ruines, comme après une guerre, n’est-ce pas toujours une chance pour quelques entreprises de trouver un marché ? S’il en est ainsi, pour une fois, nous félicitons Emmanuel MACRON de sa diligence. En effet, en ces lendemains incertains de la crise sanitaire et économique liée au COVID-19, il se mobilise pour son pays et pour les Français (même si c’est d’abord pour les entreprises), de manière à ce qu’ils ne souffrent pas trop de la situation actuelle. Oui, nous le félicitons pour cela. Car dans nos pays, il n’en est guère de même.

La population togolaise souffre, les populations ivoirienne, guinéenne, malienne souffrent depuis des années et aimeraient pour cela que d’autres conduisent leurs destinées. Mais parce que les Maliens excédés sont sortis dans la rue pendant des semaines, parce que l’armée a voulu les aider, nos chefs d’Etat ont décidé de punir encore plus les Maliens au nom de sanctions à appliquer par la CEDEAO aux pays "coupables" de coups d’Etat militaires. Et pourtant il n’en est rien pour le tripatouillage des Constitutions pour les troisième et quatrième mandats, coup d’Etat aussi, avec la fausse et scandaleuse théorie du « Changement de Constitution rime avec la remise du compteur à zéro », une véritable supercherie juridique.

Des chefs d’Etat de la sous-région affament impunément leurs compatriotes depuis longtemps, chacun veut continuer à les affamer en refusant l’alternance et en tuant des citoyens pour faire un énième mandat, et maintenant, ils se mettent ensemble pour affamer nos sœurs et frères Maliens. Allons-nous assister à ce scandale sans rien dire ?

Oui, il y a eu des protestations à l’endroit de la CEDEAO et de ses chefs d’Etat, mais nous les membres de la société civile, ne ferons-nous rien en dehors des protestations, au plan national, des organisations de la société civile, des églises chrétiennes et autres obédiences religieuses ?

Nous demeurons, pour notre part, convaincus que la société civile de nos différents pays, fera preuve d’imagination, car nous avons un devoir de solidarité envers nos frères et sœurs ouest-africains. Et plus que cela, il nous faut comprendre que les sanctions sont aussi utilisées par nos chefs d’Etat en guise d’avertissement à tous ceux qui seraient tentés par le schéma Malien, faire advenir l’alternance par un coup d’Etat militaire.

Mais encore plus grave que cela, dans notre tribune du 1 Février 2019, intitulée La solidarité entre les peuples africains, rempart contre le jeu des intérêts financiers, nous écrivions, à propos des sociétés civiles, qu’elles « courent un danger qui ne vient pas d’abord de ces pouvoirs. En effet, si elles se mettent elles aussi à respecter avant tout les frontières héritées de la colonisation, menant chacune une lutte strictement nationale, elles s’affaibliront car elles sont faciles à décapiter lorsque la répression s’abat, faciles aussi à museler par la corruption, mais aussi faciles à paralyser par une idéologie semant la confusion à propos de neutralité et d’apolitisme… Et l’ordre colonial aura alors toutes les chances de se pérenniser. »

Et nous ajoutions :

« Il est donc venu le temps où chaque société civile devra prendre conscience que sa lutte n’est pas que nationale. D’abord parce que les pays africains partagent les mêmes difficultés à se développer mais aussi parce que la lutte de chacune des sociétés civiles n’aura de chance d’aboutir véritablement que si le mouvement devient continental.

En effet, les puissances de la finance ne pourront plus facilement déplacer d’un pays à l’autre leurs structures : elles trouveront les mêmes résistances dans les différents pays.

Or aujourd’hui, il est facile lorsqu’un pays se "démocratise", lorsque le jeu des intérêts financiers est trop remis en question, de se replier dans un pays plus "accueillant", ou de soutenir (et même d’imposer) des gouvernants qui montrent plus de "compréhension". »

Alors que faire aujourd’hui où nos craintes ressemblent à des analyses préventives et anticipatrices ?

Il est d’abord sûr que les formes de protestations seront diverses selon le contexte de chaque pays, et notamment selon les capacités de nuisance du pouvoir en place et la force de mobilisation de la société civile. Cependant, comme les sociétés civiles ouest-africaines n’ont pas encore pris l’habitude d’agir de manière concertée (Nous n’oublions pourtant pas que des frères Nigériens du Mouvement Tournons La Page (TLP) n’ont pas pu venir au Togo en Janvier 2020) le minimum ne serait-il pas de choisir une date commune pour tous les pays, pour se faire entendre en même temps ?

Et pourquoi ne pas y ajouter cette proposition que nous faisions dans la même tribune :

« Et s’il ne s’agissait pas pour les Africains à l’étranger, notamment en France et aux Etats-Unis, d’être quelques centaines seulement à aller manifester devant l’ambassade de leur pays, mais pour l’ensemble de la diaspora africaine de se faire remarquer dans les rues de Paris, cela n’aurait-il pas un impact plus important ? »

Ainsi cette date marquerait en quelque sorte le jour de naissance de la CEDEAO des peuples que nous attendons de tous nos vœux.

Nous l’avons attendue en 2005, elle n’était pas au rendez-vous ; nous l’avons de nouveau espérée en 2018, elle n’était toujours pas là ! Alors le citoyen togolais croit-il encore en l’avènement d’un regroupement des Ouest-africains pour les populations Ouest-africaines ?

Peut-être pas et il aurait raison. Mais il peut changer de position si justement la mobilisation régionale à propos du Mali portait des fruits. Alors comme chez nous, il est pratiquement interdit de manifester, et que demander actuellement aux Togolais de se mobiliser pour quelque cause que ce soit, c’est une entreprise difficile à réussir, la mobilisation doit passer par une détermination individuelle avec une grande sensibilisation par une communication soutenue par les réseaux sociaux.

Nous ne devons pas oublier le Mali, il ne faut pas laisser tomber la pression car il y va de notre intérêt. Nous en appelons aux média surtout pour cela.

La mobilisation individuelle doit aller aussi vers la journée d’action régionale. C’est le succès de cette journée qui déterminera la foi des Togolais en l’avènement de la CEDEAO des peuples.

Alors pour la CEDEAO des peuples, faisons appel à notre imagination, à notre détermination, à notre engagement car notre A-venir dépend de nous.

citeauquotidien@gmail.com

Lomé, le 4 septembre 2020