Infos Togo Entretien / Consommation locale-Covid-19

Médissa Sama, promotrice des mets du terroir : « La façon dont nous devons valoriser les mets de chez nous a été fortement impactée »

Publié le jeudi 30 avril 2020, par Gabinho

La semaine dernière, ce fut New Galaxy, et cette semaine, c’est le restaurant « La marmite du terroir » de Médissa Sama Panassé qui a reçue l’équipe de la Plateforme de médias, « Bouge avec le 228 ». Au cœur de l’entretien, le circuit d’approvisionnement de cette promotrice de mets du terroir togolais et quel peut en être l’impact du Covid-19 sur ce circuit et partant toute l’activité de restauration qu’elle et son équipe offrent aux Togolais. De ses réponses, il en découle que le circuit est fortement impacté, obligeant ainsi aussi à revoir les ambitions d’offrir une panoplie de mets à quelques-uns en attendant que la crise sanitaire ne passe. Lisez !

Présentez-vous et présentez-nous votre restaurant…
Je suis Mme Medissa Sama Panassé, entrepreneur et mentor, je tiens le restaurant La marmite du terroir. Le restaurant a pour objectif de valoriser les plats de chez nous. En réalité, nous avons trois buts, valoriser les mets de chez nous, les danses de chez nous et les langues de chez nous. Avant, nous avons des partenaires, des Togolais très talentueux qui venaient ici prester dans les langues et les danses de chez nous ; ceci pour promouvoir toutes les potentialités de notre cher pays le Togo. Voilà pourquoi notre slogan, « le retour à nos sources ». Comme vous pouvez bien le remarquer, vous pouvez trouver du bon tchouk qui est bien conditionné pour le bien-être de ceux-là qui aiment cette boisson, nous avons le déha qui est là, nous avons les boissons locales naturelles comme Alangban, le bissap, enfin tout type de jus bien pour la santé et les gens aiment bien, nous les valorisons. De même nos plats aussi, nous mettons beaucoup l’accent sur les plats de chez nous, les codoyo, les timbani, les gnato, les tchassé, le fonio, les ébessessi, les six pièces d’Adémè, nous valorisons tous ces mets que nous avons laissé de côté qui constituent en fait nos forces. Jusqu’aux viandes et poissons que nous utilisons, c’est du naturel. Par exemple, nous nous ne faisons pas du poulet congelé mais du poulet naturel. Nous essayons de donner de notre mieux pour que les gens puissent avoir la santé à travers les plats qu’ils mangent. Nous sommes là ça fait bientôt 4 mois et nous espérons que les gens vont davantage s’intéresser aux mets de chez nous.

Qui dit mets du terroir dit circuit d’approvisionnement ? Qu’en était-il avant et maintenant ?
Comme je le disais, La marmite du terroir a pour ambition de valoriser tout ce qui est de chez nous. Et donc, avant cette situation de crise, nous nous approvisionnons un peu partout. Nous nous approvisionnons par exemple à Dapaong, parce que nous avons des mets spécifiques de Moba que nous ne pouvons trouver que chez eux, nous nous approvisionnons à Kara, à Kétao, et à Landa, à cause justement aussi de certains produits que nous ne pouvons trouver que là. Nous avons par exemple de la moutarde locale que nous ne pouvons trouver que chez les bonnes dames qui réellement maitrisent cette sauce-là. Nous nous approvisionnons aussi à Sokodé, o nous avons certains produits que l’on ne peut trouver qu’à Sokodé. Aussi à Bassar, Sotouboua, à Akébou, à Kpalimé et à Aného, et bien sûr à Lomé. Nous avons dans chacun de ces villes et villages cités, nous avons des partenaires qui nous fournissaient ce dont nous avons besoin. Voyez-vous quand on prend de Akam, nous avons du Akam local que avant nous importions, qu’on commande de l’intérieur et qui est du naturel. Aujourd’hui, c’est un peu plus difficile. Aujourd’hui, qu’est-ce qui s’est passé ? Nous n’avons plus cette opportunité, pas parce que c’est complètement fermé, les marchandises passent mais c’est très difficile. Ainsi, par exemple, la dernière fois que nous avons commandé les ignames à Bassar, nous avons payé trois fois plus cher. Ce qui fait finalement nous n’arrivons pas à tenir. Donc l’une des raisons, c’est le coût élevé vu la situation donc des frais de transport de nos produits qu’on commande à l’intérieur.
La deuxième raison, c’est la chute drastique de notre chiffre d’affaires, parce qu’avec le Coronavirus, nous, avant le corona, nous sommes ouverts 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Le restaurant n’avait jamais fermé depuis qu’il a ouvert ses portes. 24 heures sur 24 nous avons une très grande équipe de plus de 20 personnes qui travaillaient ici et qui faisaient vivre le restaurant. Mais à cause de la situation, et comme vous pouvez le constater, il n’y a personne que vous voyez en bas. Donc déjà pour venir ici c’est difficile. Et les gens n’avaient pas l’habitude de commander les soirs pour manger chez eux. Ils préfèrent cuisiner. Et la plupart des structures ferment dans l’après-midi autour de 13 heures. Ce qui fait que même les commandes des repas de midi ne sont plus comme avant. Donc aujourd’hui, notre approvisionnement est extrêmement limité. Dernièrement nous avons fait une dernière tentative de faire venir les choses de Sotouboua et avant c’était Assouma condji, le gombo frais bio, la tomate, l’oignon, adémè et tout ça et c’était compliqué. Encore en Tsévié maintenant ça va avec notre contact qui arrive à nous faire parvenir. Mais aujourd’hui, la plupart de ce que nous faisons, nous le commandons sur place à Lomé.

Ces complications n’ont-elles pas des impacts sur les coûts ?
Non seulement, ça a une répercussion sur les coûts mais aussi, ça a eu même un impact sur notre capacité à sortir des plats. Parce l’une des choses que nous visons à La marmite du terroir, c’est d’offrir un très bon repas à un prix acceptable. Nous visons le Togolais modeste et moyen, donc nous, le fait d’avoir un prix abordable nous est très important. Ce qui fait que nous avons fait le choix de réduire les menus. Aujourd’hui par exemple, ce qu’on avait l’habitude de faire, nous ne le faisons plus. Donc effectivement, le coût est impacté mais non seulement le coût mais tout l’ensemble c’est-à-dire que les fournisseurs sont derrière nous, ils ont des produits qui périssent, ils auraient bien voulu les envoyer, le personnel a été réduit à 1/3, avant nous étions 21, il y a 14 personnes qui ont perdu leur boulot. Et au même moment, au niveau de la cuisine, les plats qui devraient sortir, la façon dont nous devons valoriser les mets de chez nous, ça a été fortement impacté. Il y a des entrepreneurs dans le domaine local qui nous avaient approchés, on a commencé un super partenariat, les gens qui ont fait aussi des jus naturels très bons et qui avaient leur chiffre avec nous, qui n’arrivent pas à le faire. Tous ces investissements ont été fortement impactés parce que la situation n’avait pas été anticipée. Nous avons l’habitude de dire qu’entreprendre, c’est anticiper, mais il y a une différence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. La plupart des entrepreneurs n’ont pas soit les moyens ou le temps d’anticiper les situations de crise, quoi faire lorsqu’on est en situation de crise. Ça fait que lorsqu’on est en plein dedans, on se rend compte de beaucoup de défaillances, de beaucoup de choses, qu’on n’avait pas spécialement prises en compte. Au même moment, ça nous a aussi bouleversés dans notre amour propre parce qu’avant, on se voyait comme un entrepreneur assez bien qui a fait son chemin, qui est stable. On avait une sorte de satisfaction de tout ce qu’on a fait. Mais avec cette crise, on se rend compte qu’en réalité, il y a des lacunes, il y a des failles qu’il faille revoir, qu’il faille réfléchir pour s’adapter. Les entrepreneurs, ce qu’ils traversent c’est très fort même en terme d’impact personnel, ce n’est pas seulement l’argent qu’on perd, ce n’est pas seulement le fait de disparaitre ou de faire faillite. C’est aussi le fait de se rendre compte qu’on n’était pas si bon que ça, le fait de se rendre compte qu’il nous manquait des choses. Donc l’inconfort entrepreneurial dont on parle, on est en train de le vivre…

Transcrit par T228

N.B : Ceci est l’extrait d’un entretien de plus d’une trentaine de minutes