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Le Togo à l’heure du Peuple

Publié le lundi 12 février 2018, par Gabinho

L’étrange aventure cinquantenaire du Togo dictatorial manque d’air. Tous ces craquements qui s’entendent de partout sont les derniers souffles d’un système césarien aux abois, et pour lequel l’épitaphe de vigilance est déjà écrite par l’histoire du monde et celle d’une Afrique en mouvement : « Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange. Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange armé. La chose simplement d’elle-même arriva, comme le jour se fait lorsque la nuit s’en va ». C’est le coefficient Peuple ; il est désormais mis en facteur commun d’une longue lutte menée par des citoyens excédés et indignés, au Togo et dans sa Diaspora.

L’éveil du Peuple togolais est total. Plus rien ne serait comme avant. N’est plus envisageable, le retour à l’État totalitaire mis en intendance par les Gnassingbé, de Gnassingbé Eyadema à Faure Gnassingbé, accompagné de quelques insatiables Adowuinon. C’est la fin des exils intérieurs et extérieurs ; ainsi s’expriment toutes les déceptions et frustrations. Le Togo est au changement profond ; le Togo est au mot clic #DémocratieMoiAussi (#DemocracyMeToo).

Voilà un pays dont le seul chef d’État démocratiquement élu fut froidement assassiné aux petites heures d’un dimanche matin, le 13 janvier 1963, les lendemains des indépendances africaines. Voilà un pays qui seulement parce que le père, militaire, rendait l’âme le 5 février 2005, le fils fut intronisé par l’armée le même jour, réprimant des milliers de citoyens par la suite, assassinant plus de 500 personnes innocentes, poursuivant un règne sans partage au moyen de frauduleuses élections et de dialogues malhonnêtement répétés. Voici donc une situation qui n’a que trop duré pour devenir un cas incongru et inconvenant.

Là où s’est développée l’injustice acérée et étouffante, s’élève toujours le désir profond de Liberté. Le Togo en est là où est le Togo. Le principe même du pouvoir monarchique est contesté ; en même temps, le modèle togolais agace les autres pays de l’Afrique de l’Ouest, autant les citoyens de ces pays que leurs chefs d’État. Dubitative d’un compromis avec un tel pouvoir présidentiel irraisonnable, de père en fils, la Coalition des 14 partis politiques de l’opposition togolaise (#C14) reste ferme et décidée à forcer le destin d’un Accord politique historique au nom d’un Peuple, debout, depuis août 2017. Bravo… Courage !

Créer une armée qui soit un peuple réconcilié

Par une coïncidence dont l’histoire est rarement avare, la cohésion persiste au sein de la#C14. Manifestement, le Togo veut créer un autre avenir : créer un peuple qui soit une armée vigilante, et créer une armée qui soit un peuple réconcilié. Mais en attendant, le sort de la République est suspendu à ces jours prochains de négociations autour de cet avenir longtemps refusé.

Il demeure que l’histoire est toujours en faveur du changement. L’histoire est en faveur de Peuple togolais avide du changement par l’alternance. Alors, les bourreaux du Peuple togolais sont atteints par une frayeur : ils découvrent que ce Peuple assoiffé de Liberté peut même être généreux, avec la plus grande des discrétions, pour que la démocratie survienne enfin au Togo par une voie très précise du compromis. C’est ce qui justifie la panique visible dans les sérails du pouvoir.

Le sort est jeté. Le Togo ne retournera pas en arrière ou faire un dialogue semblable aux 25 autres conversations et négociations antérieures. C’est pourquoi les mesures d’apaisement demandées par la #C14 sont véritablement des préalables raisonnables. C’est écrit depuis bien longtemps : « Emprisonner des innocents et les rendre responsables des crimes d’autrui, c’est faire du brigandage au moyen du gouvernement. » Justement, le Togo doit sortir de « la politique de caverne » du temps des Misérables dont tous les peuples se sont affranchis.

L’heure du Peuple a sonné pour le retour à la République au Togo. Inutile de demander pour qui sonne ce glas. L’année 2018 doit produire des résultats politiques probants au Togo ; et, le plus tôt sera le mieux. Le 15 février 2018 n’est donc qu’un début. Que l’on soit à la Table des négociations ou en dehors, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, l’indignation soutenue de tout un Peuple, pendant tant de mois, ne peut se satisfaire d’aucune autre tromperie politique de qui que ce soit.

Mieux vaut alors, pour chaque Togolaise et chaque Togolais, un Togo de démocratie, de réconciliation et de développement, ici et maintenant, et en concordance avec les quatre aspirations profondes du Peuple, bien connues et diversement exprimées depuis toujours : le retour à la Constitution originelle de 1992 ;les réformes électorales y compris le vote de la Diaspora togolaise ; le déverrouillage des Institutions de la République ; la libération des prisonniers politiques et des personnes détenues depuis août 2017.Chacun de ces objectifs permettra de mesurer les résultats attendus. Merci…Courage !
Pierre S. Adjété
Québec, Canada