Infos Togo Enquête / Respect des « prix plafonds » pour les produits de première nécessité et Covid-19

Le Gouvernement a du pain sur la planche

Publié le mercredi 10 juin 2020, par Gabinho

Aucune maladie aussi grave qu’elle soit n’a connu autant de séances d’information, de sensibilisation, de mobilisation, de ralliement des troupes à l’échelle mondiale pour mieux la combattre. Mais, le nouveau Coronavirus est allé jusqu’à pratiquement secouer dans tous les sens les activités surtout économiques de tous les pays sans exception. Au Togo, la mise au plan de la riposte contre la pandémie du Covid-19 semble présager de la perpétuation du schéma protectrice du gouvernement mais nous sommes surpris de savoir que les choses ont été faites à moitié. Il y a quelques mois déjà, l’on se posait la question, « les commerçants profiteraient-ils de la crise sanitaire pour augmenter leurs prix ? »

Pour répondre à cette question, le gouvernement a délégué une équipe pour mener les investigations, il s’est avéré que certains responsables du commerce ont fixé leurs propres prix selon qu’ils voulaient profiter de l’occasion pour se faire plus de chiffres d’affaire. Suite à ce désolant constat et pour éviter la flambée des prix des produits de première nécessité pendant cette période, le Ministre du Commerce, de l’Industrie, du Développement du Secteur Privé et de la Promotion de la Consommation Locale, Kodjo Adedze était donc monté au créneau en dénonçant cette mauvaise pratique tout en rappelant que les contrevenants seront « sévèrement punis conformément aux lois en vigueur ». Cette décision de l’exécutif ayant permis de rabaisser ces prix a été très salutaire pour la population consommatrice. Et comme si cela ne suffisait pas, on a une encore assisté à une autre décision du gouvernement portant sur le recadrage des prix des produits de première nécessité.

En effet, les prix de certains produits dont le riz, le sucre ont été fixés par décret depuis le 05 mai 2020. « Les prix qui sont fixés sont des prix plafonds et il n’est pas question de les dépasser », a souligné dans le communiqué, Claude Talime Abe, Directeur du Commerce Intérieur et de la Concurrence. Alors que les prix de certains produits semblent avoir baissé, d’autres, constituant également l’alimentation de base au Togo connaissent une hausse considérable. Cependant notre équipe a eu à recevoir les témoignages des femmes vendeuses et clientes au marché d’Atikpodji, des témoignages qui nous obligent à poser ces questions : Y-a-t-il des commerçants qui continuent par augmenter leurs prix volontairement ? Le gouvernement ne peut-il pas étendre les prix plafonds à tous les produits alimentaires de base ? Ne peut-on pas avoir d’autres solutions pour ces pains encore sur la planche ?

A l’origine de ces interrogations, le recueil des témoignages de certains commençants. « Nous achetions le sac du piment rouge sec à 70.000f mais depuis la fermeture de la frontière avec le Ghana, on nous le vend à 100.000f ou parfois nous achetons celui de Badou qui est de petite taille à 10.000f au lieu de 5.000f », explique Marie la cinquantaine. A quelques mètres d’elle, une autre femme mesurait du sel à une cliente ; après le départ de celle-ci, Fofonon nous a confié que « le sel-ci vient du Ghana à 5.000f le sac avant la maladie mais actuellement on nous le livre à 8000f. Les vendeurs disent que les choses ne sont plus faciles depuis qu’il y a Corona ; donc le bol de 2000f est devenu 3000f mais la Tata qui vient d’acheter m’a supplié de lui vendre ça à 2500f. Comme il n’y a pas le marché et pour qu’elle revienne je lui ai vendu ça mais je ne gagne rien ». Selon Da Adjo, « le gingembre est devenu cher à cause de Coronavirus ! Avant, moi j’achetais le sac de gingembre à 15000f chez les Béninois mais aujourd’hui on achète plus chez eux par ce que c’est le même prix qu’à Badou : 30000f. Mais les clients à Lomé se plaignent du petit nombre de tas qu’avant ».

Même si ces témoignages présentent des points communs, les avis divergent quant aux raisons de la cherté des produits. Cela signifie que ce ne sont plus les produits importés mais aussi les produits locaux sont impactés par cette hausse de prix. Nous avons donc changé de rayons et nous voilà devant un grand magasin de pommes de terre devant lequel se trouvaient des jeunes visiblement employés triant des pommes de terre « pourries », à l’intérieur nous nous sommes adressé au propriétaire du lieu qui semblait en soucis. Curieuse, l’équipe de T228 a demandé à savoir pourquoi autant de pommes étaient gâtées ? Sa réponse : « Depuis les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la propagation du Coronavirus, j’ai perdu 60% de mes clients. Cela est dû au couvre-feu, aux fermetures des établissements scolaires, des bars, parce que la plupart de mes clients sont des restaurateurs. Ces pommes triées sont également le résultat de la durée du transport Burkina-Lomé en cette période difficile », a déclaré André Lagnon.

Selon lui, les prix ont changé du côté des pommes de terre aussi : « Les sac-filets de pommes de terre de 17000f sont maintenant à 22000f et contribuent également au manque de clients », a-t-il ajouté. Toutes ces personnes n’attendent qu’une seule chose, que le gouvernement leur vienne en aide. Sans quoi, la crise actuelle pourrait perdurer et même la famine toucherait durement les ménages les plus pauvres qui consacrent une grande partie de leurs revenus aux denrées de première nécessité.
Yvette S. / T228