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LA PREMIÈRE PIERRE QUE NOUS NE POUVONS JETER A EDEM KODJO !

Publié le mardi 9 juillet 2019, par Gabinho

« Hier, a circulé sur la toile togolaise une fausse information : la mort d’Edem Kodjo, ancien Secrétaire général de l’OUA, ancien Premier ministre d’Eyadema puis de son fils Faure Gnassingbé. Edem Kodjo, l’un des hommes politiques les plus connus et controversés de notre pays.

Comme on pouvait s’y attendre, beaucoup d’internautes et activistes ont repris l’information et l’ont commentée à leur manière. Et le sentiment général qui s’est dégagé des commentaires était sans appel : une totale indifférence voire une forme de jubilation. « On s’en fout », ont écrit quelques-uns. « Qu’il aille en enfer ! » ont écrit d’autres.

Mais la question qui m’est revenue plusieurs fois en lisant ces commentaires enflammés est : « Sommes-nous en train de mieux faire que ce que nous reprochons à Edem Kodjo ? » Ce que la majorité des Togolais a toujours reproché à Edem Kodjo est son incapacité à avoir réussi à se mettre ensemble avec les autres opposants de son époque pour faire un bloc contre Eyadema, choisissant des fois même de s’aligner derrière le tyran contre les autres opposants.

La situation politique actuelle du Togo est textuellement la même que celle de l’époque d’Edem Kodjo, les années 90. Une dictature qui utilise tous les moyens de l’Etat, qui se sert d’une élite corrompue et prostituée et d’une armée largement tribale pour museler un peuple impuissant. Et à nous activistes qui vouons aux gémonies Edem Kodjo, prêts à l’expédier avec joie non seulement six pieds sous terre mais surtout en enfer, on pourra demander si nous sommes en train de mieux faire que ce que nous reprochons à ce dernier.

Quand des activistes en arrivent, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec une partie de l’opposition, à applaudir un groupe de manifestants hurlant sur un opposant en campagne : « Nous préférons voter pour Faure Gnassingbé que pour toi », quand d’autres ricanent de l’arrestation d’un acteur de la société civile parce que ce dernier soutient des élections locales qu’ils ne veulent pas eux , quand d’autres encore se réjouissent de l’arrestation du porte-parole d’un parti politique suite à une marche organisée en solitaire par ce parti* , quand l’activisme revient à faire des directs et des posts Facebook à longueur de journée pour démolir et salir d’autres activistes, des leaders de l’opposition, des acteurs de la société civile juste parce qu’on n’est pas d’accord avec certaines de leurs décisions, au moment où l’adversaire, la dictature, se consacre tranquillement à ses basses besognes, *sommes-nous en train de mieux faire qu’Edem Kodjo ?

Edem Kodjo n’a pas été un ange (y en a-t-il un seul sur cette terre des hommes ?), mais si à travers ses erreurs et échecs nous ne pouvons rien apprendre et nous corriger, il vaudrait mieux nous taire, affronter nos propres démons, et surtout laisser la mort venir le prendre quand elle le voudra. »

David KPELLY