Infos Togo BULLETIN DE NICOLAS LAWSON

LA FORCE DE LA FOI POUR LE SALUT PUBLIC

Publié le mardi 14 novembre 2017, par Gabinho

Le Togo est devenu le pays de la crise permanente avec des soubresauts
de violences et de morts. Le présent n’assure donc rien de bon pour
l’avenir. Le pouvoir acculé propose un 24è dialogue et des
commentateurs s’empressent d’annoncer des exclusions. Notre patrie est
ainsi la proie des fractions multiples, divergentes et dévorantes qui
la dominent, l’abaissent, la divisent et la paralysent.
Malheureusement, son intérêt supérieur et permanent n’a plus son
instrument et son répondant en la personne du Chef de l’Etat car ce
dernier est aussi partisan. En conséquence et en plus de la misère
ambiante, des injustices sociales graves et de la corruption
généralisée, la masse du peuple ressent douloureusement la faillite de
la gouvernance du pays.
Il est prouvé qu’en aucun temps et dans aucun domaine, ce que
l’infirmité du Chef a, en soi, d’irrémédiable ne saurait être compensé
par la valeur d’aucune autre institution. Dès lors, les préventions
passionnées contre sa personne s’intensifient et se justifient. Si,
par ailleurs, il a le dessein de conserver le pouvoir quel que soit le
coût en violences, en perte de vies humaines et en avilissement, alors
ce sont la paix civile et la stabilité politique du pays qui sont en
péril. La posture actuelle du Chef de l’Etat et son refus d’accepter
la réalité de l’échec de la gouvernance du pays est une inquiétante
méprise. Cet état de fait accentue les hostilités à son égard, non
seulement à l’intérieur du pays mais également à l’extérieur.
La crise devient de semaine en semaine un drame national. Sa
récupération politique est donc funeste à la nation. Connaissant la
propension de notre classe politique à la division et sa dispersion en
tendances verbeuses, il est tragique que le Chef de l’Etat ne puisse
pas se mettre au-dessus de la mêlée et tout en étant lénifiant
inspirer le rassemblement de la nation et mettre le holà aux
surenchères. Une nation a besoin d’un Chef, en mesure de trancher
pour ce qui est essentiel à la destinée commune. Il va falloir abréger
le combat d’usure, qui est en cours pour permettre à l’Etat de
retrouver son autorité, afin qu’il puisse remettre les togolais
pleinement au travail pour satisfaire leurs besoins vitaux, résoudre
les graves problèmes économiques et sociaux du moment et relever les
lourds défis de nos millions de jeunes sans travail et sans avenir.
Nul n’a le droit de jeter notre patrie dans l’abîme pour conserver le
pouvoir ou pour y accéder. Le Chef de l’Etat doit savoir que les
peuples sont versatiles. Il y a eu les mouvements de Mai 68 en France
et même en Chine. Le Général De Gaulle a dû démissionner en 1969 après
le vote contre son référendum pour la décentralisation. Mao Tsé-Toung
a été obligé de faire la Révolution culturelle pour se débarrasser des
cadres corrompus du parti communiste chinois. Les peuples ne sont au
service de personne et les pays n’appartiennent à aucune dynastie. Ne
pas le savoir relève d’un aveuglement tragique. C’est Dieu qui est le
seul juge et c’est le temps ou l’histoire qui rend le jugement sur ce
que nous avons fait avant de disparaître.
Présider à la destinée d’une nation est un privilège divin. Il est
accordé pour un temps court. C’est aussi le cas pour les prophètes.
Les peuples les tuent comme ils tuent leurs rois. Le Chef de l’Etat et
ses partisans doivent comprendre que le pouvoir doit être exercé pour
le bien général et non être occupé pour la jouissance d’une minorité.
La Présidence d’une République est une charge qu’on ne porte
efficacement et légitimement qu’avec la confiance explicite de la
nation et le respect exigeant de sa loi fondamentale. Or, la
Constitution en vigueur est violée impunément et impudemment depuis
son adoption par référendum en 1992 et sa révision parlementaire en
2002. Son Titre X (Articles 132 à 136) est foulé aux pieds. Le Sénat
n’a pas été mis en place ou supprimé dans la Constitution si la
minorité n’en veut pas. Avec cynisme, l’Assemblée nationale s’est
arrogé le pouvoir du Sénat en nommant à sa place trois (3) membres de
la Cour Constitutionnelle avec la complicité du Chef de l’Etat, des
politiciens et des intellectuels bien-pensant du pays. Ils ont violé
aussi grossièrement l’article 100, alinéa 4, de la Constitution en
vigueur et ils ont ainsi rendu la Cour Constitutionnelle carrément
anticonstitutionnelle, illégale et illégitime. Le microcosme politique
ne m’aime pas parce que je ne suis pas un vulgaire politicien. Pour un
texte constitutionnel qui peut être lu en 15mn et que l’on peut
s’asseoir et rédiger en deux journées, comment ne pas voir et savoir
que les articles 8, 10, 11, 14, 15, 48, 51, 52, 56, 57, 74, 100, 104,
109, etc, qui sont essentiels pour le respect de l’Etat de droit sont
violés avec autant de désinvolture ? Alors de quelle légitimité nous
parlent les thuriféraires du régime ? Ils auraient pu aider le Chef de
l’Etat à bien faire les choses pour justifier sa présence à la
direction du pays.
Le peuple togolais a raison de manifester et de demander le départ du
Chef de l’Etat. Il a le droit car il est souverain. Quand il se sent
trahi par des frustes et des pignoufs alors il exprime sa vive colère.
Il est urgent de remettre l’Etat debout, de rétablir l’ordre et la
discipline et de ranimer l’espérance. Seul le Chef de l’Etat a encore
le pouvoir de décider de la direction à prendre. Ce n’est plus le
temps pour un quelconque dialogue. Les Chefs des Etats de la CEDEAO
lui font une proposition légale et judicieuse pour lui éviter
l’humiliation. Il doit s’engager à se retirer du pouvoir en 2020 et en
contrepartie, il doit se débarrasser d’un gouvernement incompétent et
corrompu.
Le pays est à la dérive et ira jusqu’au déchirement fatal si le Chef
de l’Etat ne met pas en place sans délai un gouvernement de salut
public ou de crise ou de transition. Il devra dissoudre l’Assemblée
nationale en place, qui est devenue toxique pour la démocratie et
devra créer une assemblée constituante, chargée de préparer un
avant-projet de constitution à soumettre au Référendum. Le
gouvernement de salut public ou de transition devra recomposer la
CENI, organiser le Référendum puis les élections locales et
législatives, créer le Sénat ou le supprimer et finalement mettre en
place une nouvelle Cour Constitutionnelle, chargée essentiellement de
juger de la constitutionnalité de la loi et de la régulation du
fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics,
etc.
Si on ne veut rien perdre alors on perd tout. Les thuriféraires du
régime ont déjà eu au-delà de ce qu’ils pouvaient espérer. Les
jugements de l’histoire sont absolus. Elle ne fait pas de casuistique.
Mr Faure Gnassingbé n’a plus d’autorité ni de légitimité pour remettre
l’Etat debout. Quand il sollicite l’armée nationale pour l’aider à
restaurer l’ordre, il viole le principe sacré de l’existence d’une
armée. Ce sont la police et la gendarmerie qui sont chargées de
l’ordre publique. Un militaire devenu ministre n’est plus un militaire
et ne doit pas se faire protéger chez lui par des militaires. Voilà
les crimes des violateurs des lois de la République et qui conduisent
aux désordres et aux forfaits de toutes sortes. Il est inadmissible et
intolérable de cautionner l’assassinat d’un homme et d’un militaire.
Ce qui se passe actuellement dans notre pays est le résultat d’une
faillite morale, sociale, politique et de gouvernance.
Il est encore temps de résoudre la crise pacifiquement. Bien sûr que
la déliquescence du régime est patente. L’économie est en ruine et la
misère fait d’énormes ravages. Les motifs d’une insatisfaction massive
dans la population sont tangibles. Aucun palliatif ne suffira à
atténuer les hostilités populaires. Ce n’est pas un conflit politique
que nous vivons. C’est un conflit de société à la dérive et sans
perspective. Mais nous savons que toute crise comporte ses chances et
ses dangers. La haine et l’hystérie ne sont donc pas les réponses
décisives à cette crise. La répression ne peut que l’aggraver et
porter une grave atteinte à notre unité nationale. Par ce bulletin,
j’accomplis mon exigeante mais exaltante mission de porter mon
témoignage et de prendre l’offensive en faveur de la justice, de la
paix, de la liberté et de la dignité de l’homme. Que Dieu m’entende,
lui qui m’a chargé de ce sacerdoce patriotique et qu’il nous vienne en
aide.
Nicolas LAWSON
Président du PRR