Infos Togo Interview exclusive / Dr Jean Emmanuel Gnagnon, Coordonnateur général adjoint du Mouvement ""Les Sentinelles de la République""

""Il faut changer de paradigmes""

Publié le samedi 2 mars 2019, par

C’est ce que semble véhiculer le Mouvement ""Les Sentinelles de la République"" qui sont de nouveau sous le feu des projecteurs politiques du Togo depuis une semaine déjà avec un nouveau concept. Dénommé ""Le Togo d’abord"", ce nouveau concept dont ce mouvement, autrefois jugé à tort ou à raison, proche de l’opposition togolaise, en lutte pour l’alternance et plus de démocratie et de l’Etat de droit au Togo, vient proposer aux protagonistes de la crise togolaise, pouvoir et opposition, se veut une alternative qui priorise avant tout l’intérêt du bien commun qu’est le Togo, plutôt que celui partisan comme il en a été jusqu’alors le cas. Dr Jean Emmanuel Gnagnon, Coordonnateur adjoint de ce mouvement, dans un exercice de question-réponse exclusif a levé pour nous et pour nos lecteurs, un coin de voile sur cette alternative en question.

""Le Togo d’abord"", dites-nous, c’est quoi ce nouveau concept lancé par les Sentinelles de la République ?
Le mouvement Les Sentinelles de la République a lancé ce nouveau concept que nous appelons ""Le Togo d’abord"" parce que nous sommes partis d’un certain nombre de constats. Vous savez que depuis 90, le peuple togolais a nourri beaucoup d’espoir, a caressé l’ambition de connaitre dans notre pays un véritable Etat de droit, une démocratie renforcée, et surtout l’alternance politique. Malheureusement, à l’heure actuelle, le constat qui se fait, est un constat amer, parce que tout simplement, les résultats ne sont jamais obtenus. De part et d’autre, nous sommes arrivés à comprendre qu’il s’agit finalement d’un échec collectif. C’est un échec qui est imputable au manque de volonté politique de la part du parti au pouvoir ou du régime en place. Ceci parce que pendant ces années, ce régime n’a véritablement pas contribué à créer les conditions favorables à une alternance crédible, pacifique dans notre pays. Et surtout, à créer des conditions favorables à un Etat de droit, à une démocratie renforcée. Par ailleurs, la classe politique de l’opposition également a fini par montrer ses limites parce que, on a constaté que les résultats tant escomptés jusque là ne sont jamais atteints, et il est aussi déplorable de constater que même dans les stratégies, les modes opératoires, l’innovation n’est toujours pas au rendez-vous. On a pu comprendre qu’en fait, les calculs politiciens dans lesquels ces deux camps se sont toujours empêtrés n’ont jamais permis de pouvoir voir avec clairvoyance les orientations possibles qu’on peut donner à notre pays. Donc cette cécité politique n’a jamais pu permettre que des choix idoines importants dans le sens de la préservation de l’intérêt général n’a jamais pu être réalisé. A l’heure actuelle, nous avons pensé que pour pouvoir sortir notre pays de l’ornière, essayer de l’engager sur la voie véritable pour une alternance pacifique, et que tous les Togolais puissent encore célébrer la cohésion sociale, la concorde, la paix et la solidarité, il est important que nous puissions désormais considérer le Togo comme étant un bien commun et indivisible. C’est un héritage que nous ont laissé nos aïeux, ce beau pays mérite plus et mieux d’ailleurs. Par conséquent tous les Togolais sont appelés au travers de ce concept à considérer l’intérêt général avant tout autre intérêt. Voilà donc cet idéal que nous sommes en train de partager et qui peut rassembler beaucoup de Togolais parce que tant que des gens pourront encore ressentir ce besoin d’être rattaché à ce pays, eh bien, cela voudra dire que nous devront oeuvrer ensemble en toute synergie pour pouvoir mettre notre pays sur la voie du développement, sur la voie de l’apaisement politique, et cela ne peut que se faire que lorsque nous avons l’intérêt supérieur comme priorité dans tous les camps.

Qu’est-ce qui sera donc fait concrètement dans la droite ligne de ce concept ?
La démocratie aujourd’hui est une aspiration commune, l’alternance aujourd’hui est une aspiration commune également. De part et d’autre aujourd’hui, au niveau de l’opposition, qu’au niveau du pouvoir, nul ne saurait oblitérer l’aspect là que la nécessité pour nous tous c’est de pouvoir avoir une alternance pacifique. Donc le message surtout au niveau de Le Togo d’abord, c’est qu’il est important que chaque Togolais puisse considérer le Togo en tout état de patriotisme, comme étant un bien inaliénable, un bien indivisible et que nous puissions protéger les valeurs républicaines et les promouvoir. Normalement, quand on parle de valeur républicaine, de la Respublica, cela n’a pas de camp, cela n’a pas de couleur, quant on parle de la bonne gouvernance, cela ne devrait pas de camp, cela ne devrait pas de couleur. Ce qui voudra dire qu’en fait, ce message devra être un appel patriotique qui est lancé à tous les citoyens pour que chacun puisse comprendre que nous avons fait un long parcours mais arrivé justement à ce moment précis, il est important que chacun puisse faire un sursaut d’orgueil et que nous puissions engager véritablement notre pays sur une voie propice au développement. Tant qu’on ne pourra pas comprendre que l’intérêt supérieur doit être mis au coeur du débat politique, qu’est ce qui nous rassemble plus, ce qui nous rassemble est plus grand et plus valeureux que ce qui nous divise. Et donc pourquoi.ne pas mettre le focus sur ce qui nous rassemble. Les Togolais doivent comprendre aujourd’hui cette nécessite et doivent également réaliser que nous sommes obligés de vivre comme des frères ou alors nous allons mourir comme des idiots.

Croyez-vous que ce message puisse passer chez les caciques du pouvoir en place ?

Nous sommes arrivés à une étape de notre histoire politique qui demande que nous puissions aller discuter des sujets réels et concrets. Ce n’est pas pour rien si le mouvement Les Sentinelles de République avait à un moment donné lancé la campagne 75-20-20 qui portait sur le statut de l’ancien président de la République. Parce que nous avons compris que ce débat devrait être également mené sur cet aspect précis. Nous parlons de l’alternance, s’il y a beaucoup de caciques qui n’entendent pas de cette oreille que l’on puisse aller vers l’alternance, c’est peut-être parce qu’il y a des craintes, des inquiétudes, c’est possible. Alors pour nous, ce qui est intéressant c’est que surtout pour le Chef de l’Etat, d’autant que aujourd’hui il y a cette Constitution, même la Constitution de 92, même celle modifiée de 2002, ont toujours gardé cette disposition constitutionnelle, l’article 75 de notre Constitution, qui dispose qu’il faut qu’une loi organique puisse déterminer le statut des anciens présidents de la République, en ce qui concerne leur rémunération et leur sécurité, alors donc il est important que ce débat s’invite et que ce débat soit franc et qu’une proposition de loi, qu’un projet de loi soit élaboré pour qu’on puisse également donner une réalité constitutionnelle à l’après pouvoir. C’est ce qui s’est passé en quelque sorte en RDC. C’est vrai que la RDC a aujourd’hui eu son alternance à sa manière, mais ce qu’il y a à célébrer, c’est qu’aucune goutte de sang n’a coulé. Je crois quand même que ce qui va jusqu’à la préservation de la vie humaine, déjà est un grand intérêt qu’il faut préserver. Et par conséquent, les caciques du parti au pouvoir devraient comprendre que le débat doit avancer, on doit faire bouger les lignes. Alors, si on doit faire bouger les.lignes, il faut poser les réels problèmes. Nous aujourd’hui au niveau des Sentinelles, nous pensons que le Togo peut sortir de l’ornière avec une alternative crédible et claire. C’est-à-dire des sujets qui sont là doivent être discutés notamment le statut des anciens présidents de la République, et d’autres sujets doivent être discutés pour qu’on puisse aller vers des négociations et sortir le pays de l’ornière et puis après, régler tout ce drame politique là et s’engager sur la voie du développement. Nous pensons que ça va et c’est trop, nous avons besoin également de clore cette page dramatique de notre histoire politique pour désormais faire face au débat économique, au débat de développement.

Quelle attente vis-à-vis de l’opposition plurielle ?

Nous lançons un appel à toute la classe politique togolais et au delà à tous les Togolais de comprendre que le Togo est arrivé à une étape de son histoire où les intérêts partisans doivent être tus pour qu’on puisse considérer désormais l’intérêt supérieur de ce peuple. Ce qui va dans l’intérêt du peuple doit être priorisé. Donc qu’il s’agisse de la classe politique, qu’il s’agisse de la société civile, toutes les forces vives de la nation doivent quand même arriver à réaliser que nous n’avons plus une autre issue que de prioriser l’intérêt supérieur de ce peuple. Au delà de tout et précisément à la classe politique de l’opposition togolaise, nous dirons que cette classe politique togolaise a fait de son mieux pendant plusieurs décennies, elle a quand même eu un certain nombre de résultat sur des plans donnés mais nous pensons que le moment est venu, pour que nous puissions également réfléchir et changer de paradigmes. Les Sentinelles de la République estiment que la lutte politique pour l’alternance et la démocratie renforcée dans notre pays est arrivée à un moment où des paradigmes doivent être changés.

Qu’est-ce qui sera donc fait sur le terrain, pour rapprocher les bords et obtenir l’adhésion de tous ?
Nous avons commencé à partager la vision par rapport au concept Le Togo d’abord, nous avons commencé à rencontrer les organisations de jeunes qui font d’ailleurs parties du mouvement ""Les Sentinelles de la République"", ensuite nous allons vers d’autres corps de métier, les regroupements de jeunes, les réunions de quartiers, les meetings, les petites réunions, en tout cas pour sensibiliser, conscientiser les jeunes, les éveiller sur leurs rôles patriotiques et politiques, en ce moment précis de l’histoire politique de notre pays et au delà de cela, nous ciblons également les responsables politiques vers qui nous allons, pour leur expliquer que le problème togolais, surtout l’imbroglio là qui semble s’éterniser ne fait que du tort à la jeunesse, parce que cette jeunesse représente près de 70% de la population togolaise et lors que nous parlons des questions de dividende démographique, c’est cette jeunesse qui doit être également considérée et nous leur disons de faire de leur mieux pour que désormais, pour que l’intérêt de cette jeunesse, donc de cette majorité au niveau de la population togolaise soit quand même pris en compte dans leurs calculs politiques. Autant donné tout simplement, laisser tomber ces calculs politiques et aller vers l’essentiel. Le débat n’est plus dans les calculs politiques mais le débat aujourd’hui est au niveau de la politique responsable.

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