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Comment ce centre est-il devenu un lieu d’extermination ?

Publié le samedi 31 août 2019, par Gabinho

La prison Civile de Lomé est devenue un centre d’extermination. Les faits parlent d’eux-mêmes. Il y a quelques années, le souhait de tout prévenu en séjour ou à l’ANR, Agence National de Renseignement, ou dans les commissariats et brigades, est d’être déféré vers la PCL, prison civile de Lomé, pour un séjour plus clément. Mais que reste-t-il de cette prison de nos jours ? Une prison, c’est pour protéger la société des personnes dangereuses, décourager les actes interdits par la loi, rééduquer le détenu vers sa réinsertion. Au même moment qu’une détention d’un criminel soulage les victimes, elle corrige, amende et remplace certains comportements antisociaux chez leur bourreau.

Tout ce processus est une pédagogie qui exige un cadre dans lequel les mises en cause sont reparties selon l’âge, le sexe, la gravité de l’acte. Comme un cadre académique, le processus de correction du mis en cause est stratifié en différents établissements et étapes allant de la privation de liberté, à l’assignation à résidence pour revenir à une suivie dans la libération conditionnelle puis la liberté définitive. Certes, loin de nous l’intention de plaider pour une prison qui ressemblerait à une place des fêtes, à l’heure du bilan, il faut reconnaître que l’Etat togolais a commis le crime de mal gérer ses criminels. Ce qui est créé pour être un lieu de sanction avec pour finalité la réinsertion est devenu un carrefour du crime organisé avec toute la machine de l’Etat. Un crime, reste un crime même s’il est commis contre un criminel ; mieux il existe parmi eux une ribambelle qui n’est pas encore jugé pour que la responsabilité soit factuellement établie, donc elle est sensée bénéficier du doute. L’objectif premier d’un centre de détention est de permettre à celui ou celle qui a fauté de prendre conscience de son acte et de pouvoir être, par la suite, réintégrer à l’environnement normal.

A côté de cette alléchante intention de départ, quand un centre de détention devient un lieu de mort lente, comme on le constate à la prison civile de Lomé, il y a de quoi se demander à quoi sert une prison. Le Togo demeure une dictature qui se bat, comme un diable dans l’eau sacrée, pour se montrer émancipée. Mais derrière cette volonté d’émancipation, le pays traîne des tares qui le rattrapent à chaque coin de rue. Bâtiment colonial, la prison civile de Lomé est construite avant les indépendances. Devenu une prison, sa capacité est de 666 détenus. La prison, telle que gérée de nos jours par l’administration pénitentiaire, dans sa version togolaise de la compréhension, a perdu son rôle de dissuasion et de protection de la société. Pire, elle est devenue un centre d’apprentissage des vices à partir du moment où son efficacité sociale est totalement érodée. Pour les dictatures comme celle de monsieur Faure Gnassingbé, loin de son rôle classique, un centre de détention est et reste l’alpha et l’oméga pour se défaire des indésirables, faire taire les opposants politiques et s’en servir comme instrument administratif légal pour les règlements de comptes. Bref, une épée de Damoclès sur la tête du citoyen pour modeler la société au goût du jour d’une dictature à laquelle la démocratie ne peut rien refuser. Ce qui est encore écœurant, est qu’il est inscrit sur le fronton de ce centre ceci : « Financement Union Européenne-7eme FED FAUSEP ». Malgré donc les mille et un financements de l’UE pour sa réhabilitation, malgré les lignes de crédits des nombreux partenaires et la coupe budgétaire qui est réservée à cette unité, la prison de Lomé est restée un territoire de non droit. Tout ceci avec la bénédiction des différents représentants diplomatiques au Togo qui ont appris à pondre des rapports diplomatiquement diplomatiques pour bénéficier des bonnes grâces d’une dictature qui sait se montrer larges à ceux qui savent fermer les yeux sur les anomalies de la démocratie.

Lutter contre la surpopulation carcérale ?

Ceci n’est qu’un discours. Tous les partenaires en développement qui ont toujours recommandé la réhabilitation de ce centre et qui n’hésitent pas à mettre la main aux chéquiers à cette fin ont pu le constater. Dans un pays où les citoyens sont des détenus ambulants, ils sont d’ailleurs nombreux ces bâtiments publics, encore pratiqués, qui ont déjà décuplé leur capacité sans que les dirigeants ne pensent à autre centre d’accueil. Chaque jour revendique son mort à la prison civile de Lomé. Véritable poubelle pour se défaire de ceux qui empêchent de tourner en rond, elle regorge de détenus dont le nom n’est enregistré devant aucun juge mais qui y sont déposés. Beaucoup sont déposés parce qu’un officier, un ministre, un enfant de baron et autres maitresses qui pourrissent la République, l’ont voulu. La PCL est un ‘‘melting-pot’’ on y croise toutes les races au sens figuré du mot. Les uns sont des individus qui ont été utilisés pour des basses besognes et qu’on finit par envoyer en détention pour les faire taire et les surveiller, le cas de certains corps habillés, des milices politiques devenus gardiens du temple au PCL. Les corps habillés, il vous souvient qu’à la mémoire de l’un de nos dossiers d’enquête, en fin 2015, ils étaient plus de 400 qui sont détenus au PCL.

Les autres sont de vulgaires délinquants primaires qui y sont conduits pour avoir voler un œuf ou une poule, un portable, bref pour les petits vices. Une autre catégorie, pas moins importantes, les criminels d’opinion surtout politique. Ils sont souvent ramassés à la pelle soit dans les manifestations de contestation politique soit à leur domicile soit encore dans leur lieu de travail. Ils sont nombreux dont les juges ne connaissent pas de chefs d’accusations, par ce qu’il n’en existe pas, mais il faut bien les garder. Depuis qu’il est demandé la fermeture définitive de cette prison de triste renommée, l’actuel ministre de la justice et ses sous-fifres se démènent pour fichier les détenus qui sont depuis longtemps gardés en prison comme de simples colis en attente d’une destination incertaine. Dans une République normale qui marche sur des valeurs morales, ce ministre devrait déjà démissionner depuis le jour où il est demandé la fermeture de la plus grande prison de la capitale. Mais au Togo, les valeurs morales ont divorcé avec les milieux décisionnels.

Le centre ferme ses portes à 17heures pour rouvrir le lendemain matin entre 6H et six heures trente. Pendant ce temps de fermeture, le contacte avec l’extérieur est un luxe. La maladie et la mort y ont élu domicile pour cause de traitements inhumains qui rivalisent la torture elle-même. En 2012, dix-neuf prisonniers sont décédés en l’espace de six mois, bref une véritable enclave de non-droit. « Depuis 2009, on constate que le nombre de décès ne cesse d’augmenter. En 2009, 19 morts, en 2010, 33 morts, en 2011, 43 morts. Nous avons tiré la sonnette d’alarme », avait laissé entendre Gnambi Garba, directeur de l’Administration pénitentiaire d’alors.

Certes, l’Etat s’égosille toujours à démentir les chiffres alarmants, mais que peut-on attendre d’un lieu de détention où le sommeil est un luxe ? Les prévenus, les nuits quand l’instinct les force au repos, doivent dormir de façon alternée ou en « position sardines » ou encore en « position débout ». Un document alarmant de l’Union Chrétienne des Jeunes Gens (UCJG) au Togo, datant de mai 2012 avancent que « Les prisonniers se répartissent dans les cellules, « parfois jusqu’à 80, dans une pièce d’environ 6m sur 4,5m ». Déjà à l’époque, l’administration reconnaissait une surpopulation de 290%. Sylvain Attoh-Messan, avocat et membre de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), confirmait, pour sa part, que les prisons sont surpeuplées : « Les prisons ont parfois cinq ou dix fois plus de monde, c’est énorme. Les prisonniers ne peuvent pas dormir ». « Je suis mal à l’aise, car c’est difficile, les cellules sont surchargées », reconnaissait l’ancien directeur Gnambi Garba il y a 07 ans. Et ce qui se dit de la PCL n’est que la face émergée de l’iceberg, de l’une de nos informations, avant 2005, la prison civile de Tsévié, construite pour 30 détenus, était à 250 en 2005. De nos jours, au centre d’extermination de Lomé, en lieu et place d’un repas, deux petites boules de pâtes de maïs cuits, avec un liquide abusivement appelé sauce, « sauce miroir », pour rentrer dans le jargon pénitencier de Lomé. « Ça n’a aucun goût, c’est beaucoup plus de l’eau améliorée et pimentée », affirme un prisonnier.

L’environnement carcéral est tellement dépravé en mœurs et en hygiène que, l’idée de la peine d’emprisonnement au Togo est désormais sujette à une certaine érosion de l’aspect physique et moral du détenu qui a la chance d’en sortir vivant. Quand pour un oui ou pour un non un infortuné y arrive, les premiers jours sont d’abord sujets à un choc carcéral qui découle beaucoup plus de l’environnement qui l’accueil. Deux à trois semaines après, on quitte cet état d’esprit et le prisonnier finit par s’adapter bon gré mal gré à son sort. Plus la détention se prolonge, plus elle impose des adaptations secondaires née des pratiques. Dans cet environnement, la survie ou la mort sont du ressort de ce que décident les moyens de bord et les pratiques de l’administration politique pénitentiaire. Il nous souvient ce jeune homme, fils de soldat envoyé en séjour correctif par son propre père, qui est retrouvé mort à la plage un matin alors qu’il a bien répondu présent à la fermeture des cellules. L’affaire a fait grand bruit, mais elle a fini par être gérée « entre eux ». C’est dire qu’on peut se coucher le soir à la prison civile et se réveiller dans l’incertitude ailleurs. Il faut bien faire avec, la PCL est devenue un parc dont les propriétaires disposent des têtes au besoin. Pour obtenir la satisfaction des besoins qui se résument le plus souvent à l’instinct de conservation, il faut bien s’en tenir aux moyens interdits afin d’obtenir des satisfactions autorisées.

Les moyens défendus n’existent plus, l’essentiel est la survie. Pour résister aux contraintes de l’enfermement, il faut bien pouvoir atténuer la sempiternelle épreuve autant que faire se peut. Pour survivre, il faut glaner au quotidien pour tout obtenir : le manger, les petits plaisirs, l’hygiène, la gestion du stress. En ramassis, pour combattre le mal-être, il faut accepter mourir à petit souffle. In fine, soit on se relève soit on plonge ; et c’est le dernier cas de figure qui se répète le plus souvent. Dans ce naufrage collectif délibérément entretenu par une autorité politique sadique, l’âge, l’état de santé, le sexe, le handicap physique ou mental, le degré du crime commis, on s’en balance : on mélange serviettes et torchons à dessein. L’essentiel est de coller une certaine paix à la rue, au sommeil de l’homme politique.

Pour les rescapés, si rescapés il y a, que l’emprisonnement ait pu avoir un impact sur la récidive ou la résistance au crime, ce n’est pas un souci capital. Ce malsain phénomène d’habituation dans un environnement qui souffre d’une capacité décuplée, la peine de prison est « une mort lente ». Pour ceux qui on put y survivre, la peine finit par tuer la peine puisqu’on en sort sans rien retenir de constructif pour le reste des jours.

Rôle éducatif d’une prison, dites-vous ?

Il faut bien utiliser tous les moyens disponibles pour que l’enseignement, au vu d’une réinsertion, affiche juste des apparences, l’essentiel, c’est que l’argent des partenaires arrive de temps en temps. Que les milieux pénitentiaires soient visités de travailleurs sociaux, de soignants, les surveillants ont reçu des instructions fermes, « une prison reste une prison ». Après une visite, soit-elle avec l’œil d’un socio-psychologue, si quelqu’un a compris la vie qui se mène et ce qui se passe dans le centre carcéral de Lomé, c’est qu’il n’a rien compris. Dans ces conditions d’existence, les valeurs sont renversées, un centre de lutte contre la criminologie peut aisément devenir un ferment du crime. Nous y sommes. Une connaissance plus réaliste de la prison et de la condition carcérale au Togo est beaucoup plus politique que tout. Quand on sort de cette geôle, là où il faut attendre une assistance apportée au détenu lors de sa sortie de prison, au moment de la réelle resocialisation, on ne récolte que le retour au crime. Ainsi se garanti le mythe de Sisyphe, l’éternel recommencement jusqu’à ce que des générations entières finissent par emprisonner leur existence.

Pendant ce temps, sous d’autres cieux, l’espace carcéral n’est plus seulement conçu en fonction des missions traditionnelles de garde et de sécurité, mais également soumis aux nouvelles finalités découlant des nouveaux besoins. Le besoins crée l’organe, disent les biologistes sous ces cieux. L’architecture de la prison civile de Lomé, n’a jamais reposé sur la normalisation des conditions de détention comme on l’écoute dans les discours. Mais tout discours, quand il est démagogique, a une durée de vie d’une libellule. C’est pourquoi, bien qu’elle se revendique une démocratie, le parallèle entre la conception togolaise des milieux carcéraux et celle des instances internationales ont toujours été en déphasage. Le résultat, il est la aujourd’hui, certes ce n’est pas la première fois que des recommandations sont faites, mais cette fois-ci, est un couperet. Le Comité contre la torture a examiné le troisième rapport périodique du Togo (CAT/C/TGO/3), à ses 1765 et 1768 séances et ordonne :
« A) Fermer définitivement et sans délai la prison de Lomé, et concevoir un plan général sur la situation des établissements pénitentiaires au Togo ;

b) Améliorer les conditions matérielles dans tous les autres lieux de privation de liberté, en veillant à ce que les prisonniers aient accès à une alimentation adéquate et suffisante, à des conditions sanitaires décentes, et à une aération suffisante au sein des cellules, eu égard aux conditions climatiques….. ». Quelque part dans la recommandation, on parle de la fin de l’impunité pour les tortionnaires.

Hum que dit le comité ?

Si et seulement s’il pouvait savoir que c’est le maître des bourreaux de l’ANR qui est devenu par un jeu de passe-passe, non seulement l’actuel DG de la gendarmerie mais aussi l’alpha et l’oméga du SRI le frère jumeaux de l’ANR. Ici on fait la promotion du crime.

De son côté, la corruption elle autre a tellement atteint son haut degré de maturité que même les associations de défense des droits de l’homme qui devaient être les voix des sans voix et portes paroles de ces genres de situations sont soit réduits au silence par la manière forte, le cas du président du REJADD, ASSIBA Johnson détenu en prison sur des bases arbitraires ; soit réduits à obéir à la corruption dictatoriale, le cas du CACIT. Ah oui, le CACIT parlons en pendant qu’on y est. Le chef d’œuvre de Me Zeus Ajavon, a vécu. Cette OSC jadis crédible, à plus d’un titre, a eu la malchance de croiser sur son parcours un certain André Kangni Afanou. Le Sieur André a ’’Bawaré’’ son organisation. D’abord en y éjectant son président Zeus et ensuite en prenant sa direction. Oui, c’est lui qui a toujours parlé au nom du CACIT, jusqu’à ce que le besoin l’appelle à des fonctions supérieures au chevet de l’Etat togolais toujours dans les méandres des droits de l’homme grâce à Bawara. Actuellement, il revient même sous d’autres masques avec une autre organisation cache sexe. Savez-vous combien de journalistes cette boîte dite CACIT, depuis quelques années nourrit au biberon de l’Etat, a fait voyager à la dernière cession onusienne ? Une bonne dizaine. Pendant ce temps, la LTDH, le REJADD doivent broyer le noir pour avoir commis le crime de ne pas être avec le plus Faure. Mais cela n’a pas empêché que le verdict tombe : il faut fermer la prison civile de Lomé. En s’achetant les services d’une race d’OSC, l’Etat togolais n’a pu que déplacer le problème de la violation des droits de l’homme. Revenons à nos moutons qui s’égarent pour voir où se trouvent les quartiers au PCL.

Quartiers à la prison civile de Lomé ?

Les pénitenciers ne connaissent pas et pourtant, ou du moins le politique réunit tout pour les en éloigner. Un quartier est une partie d’un établissement pénitentiaire séparée des autres et dotée d’une affectation particulière. Il existe ainsi le quartier maison centrale, le quartier centre de détention, le quartier semi-liberté, le quartier pour peines aménagées et le quartier maison d’arrêt. Si les quatre premiers quartiers sont destinés à accueillir des personnes définitivement condamnées par la justice, le dernier (quartier maison d’arrêt) accueille principalement des personnes en attente de jugement ou dont la condamnation n’est pas définitive. Le quartier maison d’arrêt, destiné principalement à recevoir des prévenus (personnes non encore jugées définitivement) incarcérés (dans le cadre d’une détention provisoire ou d’un flagrant délit) et secondairement les condamnés à des peines d’emprisonnement de courte durée.

Centre pénitentiaire :

Comme dans tout établissement, les centres pénitentiaires comportent des services pénitentiaires d’insertion et de probation. La mission essentielle des services d’insertion et de probation est la prévention de la récidive. À cette fin, ils poursuivent quatre objectifs :

• l’aide à la décision judiciaire et l’individualisation des peines ;
• la lutte contre la désocialisation ;
• la réinsertion des personnes placées sous-main de justice ;
• le suivi et le contrôle de leurs obligations.

Au Togo, puisque la prison est devenue un moulin pour broyer l’indésirable, on y mélange tout. Mais au moins il existe un quartier pour les détenus politiques.

Si la prison civile de Lomé devait être réinventée, il serait plus éthique qu’elle s’appelle ‘’prison politique de Lomé’’. On espère que bientôt, après la fermeture de la Prison civile de Lomé s’ouvrira cette dernière.

Prison politique de Lomé

Oui, nulle part au monde on ne recense de prison pour les détenus d’opinion, les hommes politiques en l’occurrence. Mais les détenus politiques, les dictatures à la togolaise en raffolent. Les dictatures actuelles ne se sont jamais demandées le pourquoi les civilisations africaines n’ont pas eu de prisons. Mais actuellement, c’est ça la tendance. Et on peut donc exagérément se demander que cherchent les détenus politiques dans des prisons pourtant dites civiles. Toute proportion gardée, ils sont des dizaines à la PCL. Et quand on se réfère aux motifs qui les y conduisent couplés aux traitements qu’ils subissent au même titre que les voleurs de coqs, et les grands délinquants, il y a des raisons valables de conclure que la PCL est un moulin, un centre de destruction des vies politiques. Au mieux pour faire taire les adversaires de cet acabit qui osent trop, au pire, pour les détruire.

En guise de chute à notre analyse, pour ne pas être anarchistes, nous dirons que le fait pour une société de s’organiser pour que le coupable soit punit n’est pas nouveau. Le Togo ne sera ni le premier ni le dernier à entretenir une prison même les meilleures démocraties au monde disposent de prisons. Mais quand par déçu tout, on demande au Togo de fermer sa plus grande prison, il y a sujet à réflexion. Entretenir un lieu de détention devait normalement répondre à l’idéal de justice. Mais au Togo, dans les faits se pose la question de la portée réelle de la peine privative de liberté. La sanction pénale traîne plutôt une certaine usure de la punition tout en atténuant la personnalité dans la durée.

C’est délibérément que notre pays refuse de donner les moyens pour bien gérer les prisons tout en sachant que la sécurité à laquelle il tient tant, en faisant de l’armée un secteur budgétivore, dépend normalement de la bonne gestion des prisons. Dans de telles conditions, la peine de prison ne fait que fabriquer de « vieux chevaux » qui y sortent et retournent jusqu’à ce qu’ils s’éteignent d’eux-mêmes à la manière d’un désespéré qui se met la corde au cou. Voilà une belle façon de tuer une génération avec manière.

Monsieur Faure Gnassingbé et sa horde s’y connaissent, les juges de petite conscience sont aux petits soins des recommandations princières en la matière. La prison au Togo et principalement celle de Lomé use celui qui y est maintenu en Etat de souffrance psychique optimale jusqu’au terme de sa peine si ce n’est ses jours. Ceci est trop élémentaire pour que l’institution pénitentiaire fasse semblant d’ignorer cet impact contre-productif de la pression et du harcèlement moral. Si les méthodes musclées n’ont plus cours par crainte de dénonciations, de multiples contraintes les remplacent valablement. La nécessité de contenir une catégorie de citoyens remuante et rebelle a légitimé de façon institutionnelle et incontournable l’existence de lieux de privation de liberté, mais au Togo, c’est une autre réalité. Ils sont conscients, autant qu’un psychologue l’est du sourire de son patient, que les moyens d’escapade, les pratiques clandestines interdites et tolérées, constituent assurément une voie royale pour se défaire de ceux qui dérangent. La prison, sous Faure Kodjo Gnassingbé Essozimna, n’est pas ce purgatoire sur une terre rêvée afin d’une morale rédemptrice. Il faut arrêter les faux fuyants, ainsi jugé et décidé le Comité contre la torture de l’ONU. Nous attendons le jour où la prison de Lomé fermera ses portes.

Abi-Alfa/Journal Le Rendez-Vous