Infos Togo Chronique de Kodjo Epou

Au début était un 3 décembre 1991

Publié le jeudi 3 décembre 2020, par Gabinho

Les héritiers du funeste mardi 3 Décembre 1991 ont toujours le vent en poupe. Ils peuvent kidnapper, torturer remplir prisons et cimetières. Depuis lors, beaucoup de Togolais, tout rang et tout genre confondus, passent, à tour de rôle, sous les serres de la torture. Il y a 29 ans, le général avait déclenché une guerre contre une partie de sa propre armée. Cette date, déjà un présage sinistre, avait mis fin à la transition démocratique, ouvrant la voie à toutes les autres tragédies. Une longue histoire, tumultueuse, de toutes les péripéties douloureuses, de toutes les humiliations abominables. Une série noire inhumaine, interminable ! Aujourd’hui, Brigitte Adjamagbo en est la cible. L’Universitaire, Chef de parti et Leader d’une coalition politique (DMK), par ces temps de la mortelle COVID-19, doit, comme une vulgaire voleuse de pain, affronter les souillures et puanteurs d’une justice crasse, d’une gendarmerie de mauvaise réputation, calquée sur la Guestapo, qui s’est fait chantre de toutes les formes de tortures et d’avilissements.

Méditation : pourquoi notre pays le Togo apparait comme le seul pays au monde où les gens ne savent pas dire "non, ça je ne peux pas le faire parce que c’est contre mes convictions et mes croyances" ?

Un certain Essolisam Poyodi, procureur de la république, disons plutôt l’avocat personnel de la famille Gnassingbé, invente un chef d’accusation d’ivrogne. La combattante Kafui Adjamagbo, selon ce procureur, aurait un plan en plusieurs volets A, B, C ... de déstabilisation du pays ... "Elle voulait faire un coup d’état". C’est si peu de dire que ce procureur est un désastre, symbole éclatant d’indignité. Le Togo n’a pas évolué. Il est toujours rythmé par ces vieux disques périmés, toujours dans les éclaboussures imaginaires fabriquées de toutes pièces pour réduire en petites parcelles d’honorables citoyens. L’impression que cela donne est que le pays est dirigé par une race d’indécrottables individus doués dans la capture et le dépeçage d’êtres humains qu’ils n’hésitent pas à traiter comme du gibier de potence. Le style est vieilli, le système totalement déphasé, sans aucun contact avec la réalité ; il fait revivre à notre mémoire un film d’horreur en 1977 (Faure devait avoir 10 ans d’âge) quand Eyadéma fit arrêter, torturer et emprisonner une dizaine d’universitaires sous le motif fallacieux de projet de coup d’état. De nos jours, difficile de trouver un style pareil sous d’autres cieux, même pas dans les confins désertiques des dunes de Mars et de Titan.

Pendant que l’impensable tient lieu de pratique courante dans un Togo figé, loin derrière ses voisins qui, eux, se civilisent pour répondre aux défis du 21ème siècle ; pendant que l’archaïque régime togolais s’occupe à traiter ses opposants en ennemis ; pendant que la justice, aux bottes de la famille, écrase des pans entiers du peuple, les chasseurs d’or, aux aguets, exploitent le flou ambiant, à leur profit, siphonnant le pays à tous vents, s’enrichissant sans efforts avec grands éclats de rire. Notre procureur n’a pas d’yeux pour voir les pilleurs. Maintenant, que fait Faure Gnassingbé pour arrêter ces pratiques haïssables ? Quand mettra-t-il fin à cet usage excessif de la force brute qui traine pères et mères de famille dans la boue ? Le chef aux idées noires serait-il si sadique au point de se plaire à humilier ses concitoyens ? Triste gouvernance qui se résume à deux activités malsaines : soit ce président chasse ses opposants dans la rue et dans leurs maisons ou alors il vend les biens du pays. Pas aux plus offrants mais aux premiers enchérisseurs. Désormais, les étrangers possèdent notre pays. Banques, commerces, hôtels, terres arables, plage, mines, télécommunications, ciel, terre, mer échappent aux nationaux.

Notre président, "Védjira"- en-Chef, un vendeur effréné, qui oublie que le Togo n’est pas un produit mais un pays, donc une terre commune. Sous ces pieds, le pays plonge. Dans un état détestable. Le 3 Décembre 1991 marque la date du lancement officiel de cette catégorie de gouvernance, mitraillettes et explosifs sur la table. Une barbarie qui consiste à régler les affaires publiques, politiques à l’aide de gendarmes robotisés.
En effet, lorsqu’en 1990, le régime du parti unique périclita, la génération d’alors avait humé l’air du changement. La conviction était forte, que la génération suivante serait mieux lotie, en droit et en libertés. Cette espérance sourde mais solide, au fil des ans, s’est fondue dans les dérèglements que connait le pays, emportée dans le fouillis des perfides manœuvres d’un pouvoir repu par l’adoration du déni. L’espérance sera condamnée au silence, inassouvie, le rêve transformé en cauchemar pour ne laisser dans les esprits que des scènes d’horreurs dont la plus répressive reste cette attaque guerrière des FAT, le 3 Décembre 1991, contre la primature. Suivront plusieurs d’autres agressions sur des civiles aux mains nues. Toutes, de conséquences lourdes : le Togo est, 29 ans plus tard, un Etat failli, bricolé au jour le jour, au gré des humeurs. Pour exister, l’apprenti tsar superpose crimes économiques aux crimes de sang, dans une république des boules puantes dans laquelle, allègrement, les institutions sont livrées au libertinage, au dévergondage.

L’impasse morale s’est creusée, plus abyssale : un pataquès que le pouvoir enivré de l’odeur de sang n’a de cesse de raboter, procédant par un nombre considérable de rafistolages, de mensonges grotesques. Comment Faure et ses associés, des limiers subsidiaires de ce 3 Décembre 1991, peuvent-ils gagner les cœurs ? Par quel miracle peuvent-ils sortir victorieux d’une élection ? Même ceux qui, le jour, hissent le pavois d’indignes estimes, la nuit, ruminent les vrais sentiments qui les habitent : dédain, rejet, récrimination car, bien que ce soit le système qui les engraisse, il leur fait honte autant qu’à ceux qui en sont victimes. Parce qu’il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser, de quoi etre fier. Derrière sa façade trompeuse, le pays a tout du « Costa Concordia », pays naufragé, de misère, aux mains des chiens de guerre que l’impunité systémique promeut. A t-on jamais vu ou entendu un seul cas judiciaire public au Togo élucidé, bouclé, de A a Z, un cas de justice rendu dans les règles de l’art ? Un seul ? Rien qu’un seul ? Et pourtant, chaque jour commence et finit avec son lot de crimes.

Depuis quand et comment, s’il n’est pas une république bananière, un pays a-t-il réussi à faire la démocratie sans la pratique d’une vraie justice ? Puisque tout se règle par la force, notre justice est devenue un fantasme inaccessible dans lequel se télescopent les égos de piteux margoulins, en compagnie de viles marmiteux, tous se comportant comme dans un pays reçu en legs. Faure, un fils héritier du 3 décembre, est mal barré pour accomplir une quelconque tâche de redressement. Il n’en a ni les moyens humains ni les expertises, moins encore le peuple qui le sèvre d’ailleurs de tout soutien populaire. L’embrouillamini est de taille, parce que depuis ce mardi-là, le Togo est devenu un pays malade, stérile, embourbé dans toutes les déconfitures, morale, sociale et économique. Même les oiseaux et les plantes ont mal sous le ciel togolais, gémissant comme des mats en travail. Comment peut-il en être autrement quand l’Etat se confond à la famille Gnassingbé, vice versa. Lequel état ronfle à rompre parce que les jouisseurs des retombées du maléfique Décembre 1991, à force de donner tout à leurs égos et au militantisme aveugle, n’ont plus rien à donner à la raison humaine et au devoir envers la patrie.

L’air est vicié sous cette dictature, à ce jour, la plus cruelle en terre africaine. C’est asphyxiant, invivable. Jusqu’à quand cette terre restera-t-elle déserte d’intrépides patriotes, une terre ou une poignée d’âmes méchantes, à l’envie, s’arrogent le droit de maintenir toute une nation dans le Styx, le plus torride des fleuves de l’enfer ? Comment éradiquer les déshonorants vestiges de ce 3 Décembre 1991 ? Peut-on le faire si on ne peut pas dire un grand "NON" à la collaboration ? N’y a-t-il vraiment pas au Togo un seul brave homme capable d’organiser notre peuple autour de cette question de survie ?

Kodjo Epou
Washington DC
USA