Infos Togo Entretien (1ère partie)

Arnold Akakpovi, D.G de Lofty Farm : "Notre objectif est de tout faire pour qu’il n’y ait pas manque de poisson au Togo"

Publié le vendredi 29 mai 2020, par Gabinho

Il est le Directeur général de Lofty Farm. Lui c’est Arnold Akakpovi. Un des importants acteurs de la chaine de production halieutique au Togo, il a accepté se livrer à l’équipe de la Plateforme Bouge avec le 228 dont votre organe Telegramme228 est membre. De la production de poisson bio aux effets de la crise sanitaire mondiale de la Covid-19 en passant par la production de la provende, les problèmes liés à leur secteur d’activité, la création de l’emploi (directe ou indirecte), la formation des jeunes gens, la capacité de production, le marché local ou sous-régional, il a tout partagé avec les journalistes, dans cet entretien que nous vous proposons en deux temps…

Présentation de Lofty Farm…
Moi c’est Arnold Akakpovi, je suis le Directeur général de Lofty Farm. Et Lofty Farm aujourd’hui est une entreprise de production de poisson. Aujourd’hui, nous couvrons toute la chaine. Quand je dis toute chaine, c’est depuis la production des alevins en passant par là le grossissement et puis maintenant, nous sommes aussi producteur d’aliments pour poisson. Nous accompagnons tous les projets de pisciculture en apportant bien sûr de l’appui technique à ceux qui voudraient se lancer dans le domaine, les activités et aussi nous sommes consultant. Nous faisons aussi la formation, nous formons notamment les jeunes en notion de pisciculture.

Comment êtes-vous arrivés ? Et pourquoi avoir choisi la production bio de poisson ?
La production bio, pour moi, ce n’est pas un choix mais c’est un mode de vie à adopter pour nous autres qui avons eu la chance de voyager et qui avons vu dans les pays développés, ceux qui essayent de s’adonner à notre secteur d’activité, ils ont réalisé des choses énormes mais au même moment, derrière, il y a quelques problèmes qui viennent, notamment les méthodes de production, les pratiques qui viennent par la suite se révèlent dangereuses pour les populations qui consomment ce genre de produits. Ici en Afrique nous avons déjà fait objet de plusieurs discussions notamment en ce qui concerne la qualité des produits qu’on nous envoie ici, surtout en production halieutique et aviaire. Ce n’est pas du tout ça. Donc à Lofty Farm, nous nous avons plutôt décidé de nous jeter à l’eau pour essayer de revoir cette façon de faire les choses, en produisant des poissons de qualité pour nos populations.

Qui parle de qualité parle de conditions de production... Quelles sont ces conditions dans lesquelles vous produisez, et en quelle année vous avez démarré les activités ?
Nous avons démarré nos activités en Août 2016 pour être plus précis. Nous avons commencé et notre objectif c’était de produire des poissons dans les milieux aussi naturels que possible, et de façon contrôlé. Donc nous avons commencé par élaborer des bassins piscicoles pour faire des croisements et récolter les larves. Maintenant, nous récoltons les larves, nous les suivons pour une période donnée, généralement c’est 21 jours pour voir le taux de survie et tout ce qu’il faut. Mais après ça, nous les envoyons dans des cages flottantes à Nangbéto sur le barrage. Et là naturellement les poissons sont dans le Lac, sauf qu’ils sont dans une cage pour qu’ils ne s’échappent pas pour rentrer dans l’eau. Et là, nous les nourrissons avec les aliments pour poissons que nous appelons les provendes. Maintenant que nous aussi fabricant de provendes, nous pouvons dire que les provendes sont faites ici avec des céréales togolais c’est-à-dire, du soja de chez nous, du maïs, des cossettes de manioc et de sons de riz…

Quelle est à ce jour la capacité de production de Lofty Farm ?
Lofty Farm, on doit dire qu’on est encore très petit vu le challenge qui nous attend. L’année dernière, on était aux environs de 400 tonnes de production pour le Togo. Et cette année, au Forum du Paysan Togolais à Kara, on s’était donné un objectif d’aller à 1300 tonnes. C’est le challenge que nous essayons de réaliser. Pour le moment, nous sommes dans la bonne lancée des choses. Mais avec la Covid on ne sait pas ce que nous avoir comme surprise. Sinon on se bat tant bien que mal.

Qu’est-ce que la Covid a eu comme impact ?
Les impacts pour énumérer quelques-uns, il y a ce que nous appelons une mévente spectaculaire. Nous nous avons plusieurs types de marché, le marché local du frais et du surgelé, et les marchés de la sous-région. Notre travail, c’est beaucoup plus par objectif. C’est-à-dire, quand vous croisez les géniteurs aujourd’hui, vous mettez la pression, il faut qu’à partir de 10 jours, on ait des collectes de larves. Et les collectes de larves déjà, il faut nourrir les géniteurs en conséquence. Maintenant quand on prend la collecte des larves, et que nous empoissonnons, on se dit que d’ici 6 mois il faut que les poissons deviennent des poissons marchands de façon à ce que la chaine de production de poissons marchands ne soit pas coupée. Il ne faut pas qu’il y ait manque de poissons au Togo. Donc c’est toute une saison à défendre. Et au même moment, dans cette saison-là, il faut produire conséquemment d’alevins, des provendes et maintenant le transport des marchandises de la ferme vers les marchés. C’est ce qui concerne le marché local
En ce qui concerne le marché international, nous livrons le Ghana, où banalement nous écoulons près de 500 tonnes chaque année. Mais déjà, actuellement pour le marché international, les frontières sont fermées, nos clients ne viennent plus alors que la saison là est préparée il y a 6 mois. Nous avons les poissons qui sont arrivés à maturité, et il n’y a pas d’endroit o les vendre. Au Togo, le pouvoir d’achat n’y est pas, ça diminue. Pour sauver la face, on ne va pas continuer à nourrir inutilement. Donc il faut prendre des poissons surgelés et maintenant faire travailler les surgélateurs et les chambres froides qui sont disons débordées pour le moment. Tout est caduque. Il y a les factures d’électricité qui ont flambé et au même moment nous devons prendre des mesures de distanciation, donc l’équipe de travail à la provenderie à Nangbéto a été diminuée, les gens sont passés de 45 à 15 par shift. Et déjà la productivité a baissé. Résultat direct, le coût de la provende que nous essayons de maitriser en produisant localement, là maintenant, ça a flambé, et dépasse même le coût de la provende importée à l’époque. Avec ces avènements et tout, on ne peut même plus importer parce qu’il faut prendre du temps pour la commande et tout le reste, ce qui fait que nous ne savons pas où donner de la tête pour le moment. Mais c’est une situation de crise, on est là, on essaye prier, de travailler dur pour que ça passe et que tout redevienne à la normale.

Quelques sont les autres pays dans lesquels vous exportez ?
Le Ghana est notre plus grand marché. Nous envoyons également au Bénin et au Burkina Faso. Le Ghana c’est le marché consistant que nous avons dans la sous-région. Au Bénin, nous écoulons plus de 50 tonnes, le Burkina 30 à 40 tonnes au maximum.

T228

Entretien réalisé avec l’équipe de la Plateforme Bouge avec le 228

N.B : La 2ème partie dans moins de 24 heures.