Infos Togo Entretien (2ème partie)

Arnold Akakpovi, D.G de Lofty Farm : « J’encourage les gouvernants à multiplier les opportunités pour la jeunesse, et la jeunesse à œuvrer »

Publié le samedi 30 mai 2020, par Gabinho

Il est le Directeur général de Lofty Farm. Lui c’est Arnold Akakpovi. Un des importants acteurs de la chaine de production halieutique au Togo, il a accepté se livrer à l’équipe de la Plateforme Bouge avec le 228 dont votre organe Telegramme228 est membre. De la production de poisson bio aux effets de la crise sanitaire mondiale de la Covid-19 en passant par la production de la provende, les problèmes liés à leur secteur d’activité, la création de l’emploi (direct ou indirect), la formation des jeunes gens, la capacité de production, le marché local ou sous-régional, il a tout partagé avec les journalistes, dans cet entretien que nous vous proposons en deux temps… Voici la 2ème partie…

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Quelles sont les espèces de poissons que vous élevez et vous les trouvez où ?
A Lofty Farm, nous élevons essentiellement des tilapias, des tilapias rouges, des tilapias grises et nous avons aussi des clavias. Mais je dirai que Lofty Farm, c’est 90 % de tilapias. Et pourquoi ? Parce que c’est plus vendeur. Où est-ce que nous les trouvons ? Nous avons des partenaires qui sont déjà des maitres en la matière de piscicultures, comme par exemple des Vietnamiens, des gens qui nous ont devancés dans cette activité, histoire d’avoir de bonnes sources. Nous avons importé les premières souches de géniteurs du Vietnam et du Ghana, au début, mais maintenant, aujourd’hui, nous avons les géniteurs, nous produisons nos propres alevins directement.

Lofty Farm et la création de l’emploi…
Nous avons aujourd’hui plus d’une centaine d’employés mais ce qui est bien, c’est que nous avons créé pas mal d’emplois indirects. Par exemple, quand je prends le cas de Nangbéto, où nous avons implanté l’usine pour la fabrication de provendes, il y a des gens qui ne savaient pas que le simple fait de maitriser un moulin pouvait leur offrir un emploi à plein temps par exemple, que ce soit du soja, il faut le moudre, le maïs, les cossettes et tout ça. Nous avons aussi la main d’œuvre non qualifiée, des gens qui vont tamiser les sojas, emmener les déchets de maïs, peser, déposer, emballer, coudre les sacs, pour parler de ce qu’il y a là.
Pour le marché du poisson, c’est vrai que pour aller faire de la pêche là il faut être pisciculteur ou pêcheur professionnel, une fois que c’est fait, il faut savoir transporter jusqu’à la rive. Maintenant de la rive pour que ça entre dans les surgélateurs, ce n’est pas de la main d’œuvre qualifiée, non plus, c’est juste de la force de travail. Et donc, on recrute des ouvriers pour le faire. Après, quand c’est surgelé, la mise en carton, c’est fait, il faut aussi de la main d’œuvre là-bas. Après la mise en carton, charger les camions frigorifiques, aussi, il faut de la main d’œuvre pas forcément qualifiée. Sur le marché du Ghana par exemple, s’il faut aller à Kassoua Tilapia Market, c’est le marché du frais, et on ne peut pas prendre les poissons, comme ça avec tout ce qu’il y a à l’intérieur, de peur que le produit soit gâté. Donc, il faut éviscérer, vider l’intérieur. Et là-bas, c’est les bonnes dames qui viennent et elles sont payées au jour le jour. Autre chose, quand nous disons que fabriquons des provendes, il nous faut de la matière première. Le paysan aujourd’hui sait que s’il arrive à faire sa récolte que ce soit de Soja, que ce soit de manioc, maïs, les sons de riz … il sait où aller vendre directement. Il n’a pas besoin de prendre et laisser dans son grenier et attendre le jour du marché. C’est direct, même si c’est 20 kilos aujourd’hui nous prenons, histoire d’encourager tout le monde à faire du business.

Est-ce que les produits de Lofty Farm étant bio, ne sont pas chers ? Est-ce qu’ils sont à la portée des Togolais ?
Je trouve que nos produits sont à des prix raisonnables aujourd’hui parce que déjà pour donner de la valeur à ce qui se produit ici, quand on va ailleurs, quand on voit les produits bio, honnêtement, c’est déjà hors de prix. Et nous avons une chance ici, c’est que notre environnement est prédestiné à produire du bio. Quand je prends par exemple le marché du tilapia, au Togo, avant 2016, le tilapia se vendait à 3000, 3500 F le kilo sur le marché. Aujourd’hui nous sommes arrivés à ramener ça à 2000 F cfa. Mais notre objectif c’est d’arriver à vendre pourquoi pas à 1500 F pour le consommateur final. C’est le challenge que nous avons. Pour pouvoir y arriver, il faut maitriser les coûts de production. Nous travaillons toujours dessus, pour pouvoir arriver peut-être à abaisser jusqu’au prix des produits importés. Mais il ne faut pas abaisser les prix et abaisser la qualité. Pour moi donc, pour le rapport prix, je pense que c’est raisonnable.

Un message, aussi bien à la jeunesse et au gouvernement…
D’abord à la jeunesse togolaise, je leur dis beaucoup de courage, je les encourage à commencer quelque chose, et aussi petit que ce soit commencez. Je pense que le Togo regorge de pas mal d’opportunités. On a pas mal de terres cultivables qui ne sont pas exploitées, on a pas mal de cours d’eaux qui sont là, qui pourraient être exploités. Enfin, il y a vraiment du potentiel ici, mais j’ai comme l’impression que les jeunes que nous sommes, la plupart aujourd’hui, ils attendent à avoir un métier fixe. Et tout le monde aujourd’hui est en train d’affluer vers les villes, surtout Lomé. Nous plutôt, on a tendance à quitter Lomé pour aller dans les campagnes et entreprendre des projets agricoles. Aujourd’hui par exemple, quand nous prenons notre provenderie, nous avons besoin de quoi ? Nous nous sommes donnés déjà pour objectif de faire 1300 tonnes de poissons. 1300 tonnes de poissons, ça veut dire quoi ? Au moins 2600 tonnes de produits agricoles pour produire de la provende nécessaire pour produire ces poissons-là. Il y a de ces terres-là qui peuvent être exploitées et aujourd’hui déjà c’est vrai qu’il y a des vaillants qui sont sur le terrain qui travaillent mais ça ne suffit pas. Il nous faut produire plus. Donc, commencez quelque chose et comme on le dit, aides-toi et le ciel t’aidera. Maintenant pour le gouvernement ou les différents encadreurs de cette jeunesse-là, je leur dis encore beaucoup de courage à eux aussi parce que la tâche n’est pas facile. Aider quelqu’un qui ne veut pas s’aider lui-même c’est déjà très grave. Donc ils font déjà beaucoup, mais ils n’ont qu’à continuer. C’est vrai que ça ne se sent pas parce que la tâche est énorme. On ne doit pas relâcher, parce que nous avons déjà commencé quelque chose, et si on relâche, on sera perdu. Disons déjà l’appui technique pour ces jeunes-là, l’encadrement et pourquoi pas, s’il y a de financements, il y a des mécanismes incitatifs maintenant pour les financements…. Je les encourage à multiplier ces opportunités pour la jeunesse-là, et j’encourage aussi la jeunesse à œuvrer.

T228
Entretien réalisé grâce à la Plateforme Bouge avec le 228