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Alain Aina, un des géniteurs de l’Internet en Afrique, lauréat du prix Postel 2019

Publié le lundi 25 novembre 2019, par Gabinho

« Je suis ravi, mais perplexe. Je me suis demandé ce que j’avais fait de si spécial pour le mériter, mais quand on regarde en arrière, on se rend compte du chemin parcouru. Vous pouvez voir tout le dur labeur accompli sous un angle nouveau », ces mots du lauréat 2019 du Prix Jonathan B. Postel traduisent la grande émotion qui a envahi Alain Aina, le 20 Novembre dernier à Singapour, lorsqu’il a été déclaré lauréat de ce prestigieux prix Postel qui consacre chaque année depuis 1997, les acteurs clés du développement d’Internet à travers le monde.

En tout cas, le lauréat 2019, Alain Aina qui opère aussi bien au Togo et à travers le continent africain est honoré pour son rôle clé dans le développement d’Internet en Afrique.

Un retour sur le parcours de l’homme en dit long. En effet, pour en arriver là, Aina, a reçu le soutien d’organisations et d’autres, qui ont fait éclore son leadership quant au développement de communautés techniques et sa disponibilité à aider d’innombrables personnes à propager l’Internet en Afrique et dans le monde.

Directeur technique du Réseau d’Éducation et de Recherche de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WACREN), il est crédité de la mise en place d’un Réseau Régional de Recherche et d’Éducation pour interconnecter les Réseaux Nationaux de Recherche et d’Éducation (NREN) dans la région ; des réseaux qu’il a par la suite reliés au Réseau Mondial de Recherche et d’Éducation.

Un souhait fort du nouveau lauréat du Prix Jonathan B. Postel 2019, c’est que le monde entier découvre le fruit du travail des meilleurs chercheurs africains et surtout que ce dernier s’offre une place de choix dans le monde universitaire. Chose qui ne pourrait être possible qu’avec des ressources de ce nouveau réseau et de cette nouvelle communauté. Il n’en est pas resté là. Le Directeur technique du WACREN par la même occasion a contribué à AfricaConnect2, défini comme un projet qui soutient le développement de réseaux de grande capacité en matière de recherche et d’éducation en Afrique, et ceci, en s’appuyant sur les réseaux existants en Afrique de l’Est, du Nord et du Sud pour se connecter au WACREN en Afrique occidentale et centrale.

Il est à noter que les premiers pas de cette consécration célébrée le 20 Novembre dernier, ont été posés dès le début des années 1990 quand, Alain Aina se découvre une vocation après l’obtention de son diplôme d’ingénieur électricien et de maintenance et d’analyse des systèmes informatiques. Son diplôme obtenu, il se fera d’abord embaucher en qualité de Vendeur technique par une entreprise basée en République togolaise, avec une succursale au Bénin voisin, d’où il est originaire. Très vite, le propriétaire de cette entreprise, qui venait de rentre des États-Unis, étant un mordu de l’informatique et de l’inter-réseau, découvre en lui un talent qu’il pourrait exploiter autrement, lui déroule le tapis qui donne accès sur l’équipe technique de son entreprise. De là, Alain Aina fera ses preuves en construisant ses premiers bulletin board systems (BBS) dans la région ouest-africaine.

Orphelins de soutien comme c’est d’ailleurs le cas pour bon nombre de personnes travaillant sur l’accès et la connexion Internet, bien que l’intérêt et la demande ne cessaient de croître, lui et ses collègues auront donc à travailler d’arrache-pied des fois mêmes 24 heures sur 24 afin de mettre en place des réseaux et des services dans les collectivités, avant de former la population locale à l’utilisation de ce qu’ils avaient développé. En témoigne ces propos de l’homme qui indiquait, « les gens utilisaient le modem pour se connecter, puis ceux sur le même serveur pouvaient se parler entre eux… Ensuite, nous avons décidé de mettre en place la première passerelle de messagerie électronique, en nous connectant à quelqu’un à Accra et plus tard à Montréal, deux fois par jour, pour déposer des messages et en télécharger d’autres. Mais le coût était si élevé que cette option n’était pas viable. L’attribution du code pays TLD en 1996 a changé la donne en matière de service de messagerie et nous avons été fiers de présenter le premier serveur web et intranet local ». Et la suite, on le connait, « l’Internet est devenu si populaire que la demande a soudainement explosé, et cela nous a mis beaucoup la pression », confesse-t-il.

Cette pression loin d’éblouir un bosseur comme Alain Aina, ouvre plutôt la voie à une autre collaboration, celle avec le Network Startup Resource Center (NSRC). Il y travaillera à temps partiel en qualité d’ingénieur réseau et formateur. Il aura dès lors à son actif, le lancement des premiers services IP complets en République togolaise, puis dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Et voici ce qu’il en dit : « À l’époque, la plupart des pays du monde ne croyaient pas que l’Afrique pouvait avoir Internet et jouer un rôle. Partout où l’on allait, il fallait former des gens », indique-t-il avant de poursuivre, « le matériel de formation était quasi inexistant. Nous avons eu la chance d’avoir quelques livres et des amis aux connaissances approfondies très loin d’ici. Les gens formés ne connaissant personne sauf nous, en cas de problèmes, ils n’avaient pas d’autres choix que de faire appel à nous ».

Fidèle à sa ligne de conduite qui est celle de tout donner pour un développement de la toile sur le continent africain, Alain Aina contribuera à développer une grande partie de l’écosystème Internet à travers l’Afrique, en mettant en place des réseaux, en contribuant à la création du registre Internet régional et du groupe des opérateurs de réseau, ainsi qu’en créant des registres ccTLD. Celui dont une grande partie de la vie a été étroitement liée à l’Internet, et qui reste toujours d’avis qu’il y a encore beaucoup à faire pour l’Afrique, lancera la Société d’experts-conseils. Sa société, devenu très active dans le secteur privé, le lauréat 2019 du Prix Postel sera sollicité pour prendre part à plusieurs ateliers sur la technologie des réseaux de l’Internet Society et à s’impliquer avantage dans l’organisation. De 2011 à 2014, il sera actif et impliqué dans la vie de l’ICANN, de l’African Network Information Centre (AFRINIC), de l’African Network Operators Group(AFNOG) et d’autres organisations. Il prendra une part active dans la fondation de l’AFNOG, dont il est instructeur depuis 2000. Aussi, était-il l’un des fondateurs d’AFRINIC, où il a occupé plusieurs postes, dont ceux de directeur de la technologie, de directeur général par intérim et de directeur de la recherche et de l’innovation. Aina est une ressource technique clé pour la communauté DNS, y compris l’Africa Top Level Domains Organization (AFTLD).

De tout ce qui précède, on peut en conclure que c’est une consécration méritée pour l’homme qui n’a de cesse rêvé que d’une présence active de l’Afrique au rendez-vous de l’explosion de l’Internet à travers le monde.

Enfin, dit-il espérer que « ce prix motivera ceux qui le voient comme un modèle et contribuent à la longue marche vers la libération technologique ».

Pour information le Prix dont Alain Aina est lauréat est dédié à Jonathan B. Postel, en reconnaissance de la commémoration de la gestion extraordinaire exercée par Jon au cours d’une carrière de plus de 30 ans dans la mise en réseau. Il a été l’éditeur de la série de notes RFC depuis sa création en 1969 jusqu’en 1998. Il a également occupé le poste de ARPANET « Numéros Czar » et d’Autorité des numéros attribués sur Internet au cours de la même période. Il a été membre fondateur du conseil d’architecture Internet (activités nouvelles) et le premier membre individuel de l’Internet Society, où il a également exercé les fonctions de fiduciaire.

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