Monde France-Afrique

AFD : 700 millions d’euros pour lutter contre les crises africaines

Publié le jeudi 14 juin 2018, par Gabinho

Pour lutter contre l’extrême pauvreté, la violence, les déplacements forcés de population ou les crises de gouvernance, l’Agence française de développement a confirmé, le 11 juin, la création d’un fonds baptisé « Minka », doté de 700 millions d’euros.

Rémy Rioux, le directeur général de l’Agence française de développement (AFD) a confirmé, le 11 juin, que l’Agence avait créé un fonds baptisé « Minka ». Il est doté, grâce à la taxe sur les transactions financières levée en France, de 700 millions d’euros pour prévenir dans les cinq prochaines années les crises en Afrique, dont 290 millions pour celles du Moyen-Orient. Autrement dit, pour éviter la forte dégradation que l’on constate notamment dans certaines zones du Mali et du Niger.
Prévention des crises

Première caractéristique de ce fonds : il n’effectuera que des dons. Deuxième caractéristique : il ne s’agira pas de financer des grandes infrastructures (routes, centrales solaires, barrages), mais d’aider des régions « qui peinent à s’extraire de « trappes à fragilités » » que « les réponses humanitaires et militaires ne parviennent plus à résoudre ».

Car, « sans une action décisive, ces zones concentreront demain l’extrême pauvreté, la violence, les foyers de déplacements forcés de population et les crises de gouvernance ». Et la fuite vers l’Europe.

Le Sahel (280 millions d’euros en cinq ans), les pays du pourtour du lac Tchad (90 millions), la Centrafrique (40 millions) et le Moyen-Orient (290 millions) seront les destinataires de cette prévention des crises et de leurs conséquences dramatiques.

L’AFD comme « bailleur de référence » ?

C’est un travail très fin qu’ambitionne de mener l’AFD. Après un temps de reconnaissance et d’analyse des vulnérabilités, elle entend travailler au plus près des problèmes avec les collectivités locales, les organismes publics et les ONG. Par exemple, dans la banlieue de Niamey (Niger), l’AFD veut aider à mieux comprendre les besoins scolaires des jeunes qui ont quitté l’école et qui représente une population à risques, afin d’élaborer une stratégie pédagogique qui sera ensuite prise en charge par l’État.

L’apport financier de l’Agence n’est pas considérable, puisque l’effort annuel rapporté à chacun des pays du Sahel est en moyenne de 11 millions d’euros. Mais, avec Minka, Rémy Rioux positionne l’AFD comme « bailleur de référence », c’est-à-dire comme l’organisation capable d’apporter au plus près du terrain les solutions aux causes de l’extrême pauvreté, matrice du terrorisme. Une sorte de goutte-à-goutte financier où les euros et les dollars ne seront pas gaspillés.

Pour une coopération des organismes

Car ce n’est pas l’argent qui manque… « sur le papier ». Plusieurs milliards de dollars sont théoriquement disponibles pour le Sahel, si l’on additionne les promesses du Groupe Banque mondiale, de la Banque européenne d’investissements, de la Banque africaine de développement et des agences de développement espagnole, allemande ou japonaise. Mais beaucoup de ces organismes connaissent mal les problématiques locales et hésitent à débloquer les sommes promises, d’autant que les pays concernés disposent de peu de savoir-faire pour préparer des dossiers crédibles.

Avec Minka, l’AFD dit en substance aux autres bailleurs multi et bilatéraux : « Nous vous montrons l’exemple d’une méthode anti-crise. Mettons nos fonds en commun pour la réussir et, puisque nous connaissons bien le terrain, confiez-nous la maîtrise d’ouvrage, de façon à ce que nous soyons ensemble plus efficace contre les crises ».

Reste à savoir si ce discours sera entendu.
Jeuneafrique.com