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2021, une année de nouvelles perspectives ?

Publié le mercredi 6 janvier 2021, par Gabinho

Vers la fin de 1999, le monde entier était plongé dans l’angoisse car, en plus de ceux qui se préparaient pour la fin du monde en l’an 2000, il y avait tous ceux à qui on avait, raisonnablement, prédit un bug informatique planétaire capable de désorganiser tous les pays du monde. Le bug n’avait pas eu lieu. Mais, vingt après, au moment où plus personne ne l’attendait il survient et il a pris le nom d’un virus : Coronavirus. Apparu en Chine vers la fin de 2019, ce virus a tout bouleversé. La désorganisation n’a pas été qu’informatique et toute la planète n’est d’ailleurs pas encore sortie du désordre qu’il a occasionné.

Ce qui est remarquable c’est que ce virus a surtout changé l’ordre du monde. En effet, logiquement, c’était les pays pauvres, avec des systèmes de santé défaillants et un personnel insuffisant en nombre et en expertise, qui devaient être les plus impactés. Mais non, le record de mortalité a été atteint dans les contrées les plus développées du monde : Etats-Unis et Europe. Ce sont les gouvernements de ces pays, habituellement donneurs de leçons qui ont été les plus désemparés, comme le sont d’ordinaire les dirigeants des pays pauvres. Les populations africaines étaient rassurées quant à elles par un médicament du pauvre : l’Hydroxychloroquine. Connue depuis longtemps, elle a été cependant assez vite étouffée, comme solution, par l’industrie pharmaceutique mais cette dernière, prise de vitesse par le virus, vient de produire en un temps record, dans la concurrence entre laboratoires, un vaccin qui soulève encore beaucoup de questions. Et curieusement et pour cette fois-ci les habitants des pays développés servent de cobayes pendant que les plus pauvres sans moyens pour se procurer le vaccin, attendent tranquillement que les tests finissent dans quelques mois… Tous les rôles définis, de la fin du 19ème à la fin du 20ème siècle semblent être inversés ! Est-ce la ruse de l’Histoire de Hegel ou l’inversion des valeurs de Nietzsche ?

Dans cette perspective, les puissants vont- ils pouvoir continuer à dominer le monde ? On peut se poser la question. En effet, au plan économique, le ralentissement est évident tandis que les gouvernements occidentaux soutiennent à bras-le-corps des producteurs assistés (chômage partiel payés aux salariés, aides diverses accordées à différents secteurs de l’économie, difficile rapatriement de productions antérieurement délocalisées vers les pays pauvres comme celle des masques, etc.).

De fait, de confinement en confinement, ce virus qu’on était sûr d’éradiquer dès l’été 2020, a franchi la porte de 2021 et on commence à se demander quand on verra la fin de la crise sanitaire et surtout de la crise économique qui se consolide doucement.

Ne sommes-nous pas en train d’assister en direct à la mort de cette civilisation répandue comme "la solution" par la mondialisation de la fin du 20ème siècle ? Les mots actuels mêmes sont frappants. Ainsi, dans les pays occidentaux ont été fermés en premier les commerces dits "non essentiels" : boites de nuit, bars, et autres loisirs comme les sports d’hiver, restauration de luxe, etc. Les fêtes de fin d’année ont même failli passer dans la même catégorie parce que la fête de Thanksgiving très populaire au Etats-Unis (fin novembre) a été à l’origine d’une recrudescence des contaminations.

De plus, fait notable, alors qu’on alignait méga-rencontres et sommets mondiaux, sans arriver à venir au bout du problème du réchauffement climatique, un confinement de quelques semaines en Occident a suffi à réaliser le miracle de voir la nature reprendre ses droits.

ET PENDANT CE TEMPS QUE FAIT L’AFRIQUE ?

Toujours dominée par des dirigeants soucieux de conserver le niveau élevé de leurs avoirs en banque et donc de maintenir le statu quo, elle se contente de copier plus ou moins bien ce qui se fait en Occident, ayant juste réussi jusque-là à appauvrir encore plus sa population et à ruiner les systèmes de santé et d’éducation, entre autres catastrophes, sans pour autant apporter une aide conséquente aux citoyens les plus démunis.

Dans ce contexte, qu’attendent les citoyens pour 2021 ? (Nous allons nous cantonner à l’exemple togolais, dans le cadre de cette tribune).

Il y a d’abord ceux qui attendent encore l’homme providentiel qui viendra tout régler comme par un coup de baguette magique. N’est-ce pas le cas de ceux qui croient encore et toujours à la DMK ? Les intentions de la DMK peuvent être bonnes mais a-t-on pris véritablement le bon chemin dans le contexte d’un peuple dont les attentes sont immenses et légitimes ? Plus d’un an après, on est obligé de faire des constats : la DMK a-t-elle pu réellement insuffler une dynamique pour mobiliser toutes les énergies des citoyens afin d’amener le pays au changement par l’alternance ? Il va falloir, de façon lucide, se résoudre à ranger la DMK au rang des autres partis politiques ou regroupements impuissants à proposer quelque chose dans les circonstances actuelles. Ne faut-il pas accepter la fin de quelque chose pour construire le début d’une autre chose encore plus belle et plus grande ?

Il y a ensuite la grande masse de citoyens qui n’attendent plus rien, désabusés, découragés, écrasés par une vie quotidienne qui pour eux n’a plus de saveur, ni aucun sens puisqu’elle n’ouvre sur aucun avenir.

Mais se rend-on compte, que ne plus rien attendre, c’est attendre le pire ? (Cela il faudrait le dire à ceux qui soutiendraient encore le pouvoir en place et qui croient que tout redevient comme avant) En effet, ne plus rien attendre c’est être d’accord pour que le système UNIR perdure, qu’il se consolide, tenant en otage une population réduite au silence ? Le Togo va-t-il s’enfoncer dans une configuration où ne règne qu’une loi, celle de la jungle ? Un pays où chacun transforme son autorité en pouvoir pour se servir dans la caisse commune sans crainte, même si la caisse commune est celle des fonds destinés à aider les plus pauvres ? Un pays où la misère ne cesse de s’accroître, les frustrations et les violations des droits de l’homme ne cessent d’augmenter, un pays où règne l’impunité, peut-il se prétendre être un pays de paix, de concorde ? Un pays où quand les aînés se battent pour ne pas se faire spolier leurs acquis syndicaux, ceux de la génération suivante acceptent de se faire recruter par le même employeur malhonnête peut-il être un pays des citoyens heureux ?

Croirions-nous, par hasard, nous qui n’attendons plus rien, que le système UNIR constitue une citadelle inexpugnable ?

Aurions-nous déjà oublié le cas du Mali ? Dans ce pays, la population a su imposer son point de vue. Comment ? Ils ont compris ceci : dans nombre de pays Africains, on sait qu’on ne peut guère compter sur des élections pour faire vaciller les pouvoirs illégitimes. Alors pourquoi accepter de s’embarquer encore dans ce schéma stérile parce que les fraudes y sont massives avec la bénédiction de la communauté internationale, mais aussi parce qu’on ne veut pas prendre en compte ce que les électeurs disent par les taux de participation d’à peine 15%, en un mot par leur abstention. Il faut donc renoncer à participer encore aux mascarades d’élection. Mais alors que faire ?

Il n’y a pas de solution magique. Il faut avoir le courage de faire le point afin de voir ce qui n’a pas marché dans les tentatives précédentes. Il faut avoir la force de reconstruire à partir des valeurs pour ne plus avoir des regroupements de circonstance. Pour remobiliser un peuple désabusé, il faut un discours de vérité et d’espérance. Mais il faut aussi des idées et des analyses nouvelles incarnées par de nouvelles figures, c’est-à-dire des visages différents des anciens leaders qui étaient en première position dans les phases précédentes. C’est un passage obligatoire et nous devons avoir le courage de le dire et de l’accepter si l’on met la question des ego entre parenthèse au profit du bien commun.

Oui, ayons le courage de tourner la page des élections qui ne servent à rien pour le moment pour aller à la dénonciation des systèmes en place.

Ayons le courage de repartir dans la vérité et dans la défense des valeurs indispensables (honnêteté, sincérité, amour du bien commun, justice sociale etc.) pour reconstruire et faire advenir enfin le changement pour tous les Togolais sans exclusion.

Ayons le courage de rompre, à tous les niveaux, avec des privilèges coupables qui nous imposent de multiples formes de silence pour mettre les projecteurs sur les malversations, les incohérences et les injustices du système actuel.

Il nous faut surtout comprendre qu’il ne s’agit pas d’une dénonciation d’une ou quelques personnes de temps en temps, mais d’un travail en profondeur pour mettre en lumière les mécanismes mis en place depuis plus d’une trentaine d’années. Ce travail doit être fait dans divers domaines, sans répit.

Et contrairement à tous ceux qui voudraient oublier 2020 comme une année de malheurs, les Africains devraient considérer cette année comme celle où un système aussi puissant que le néolibéralisme a perdu pied en quelques mois juste à cause d’un virus incontrôlable. Les régimes autocratiques en place en Afrique sont les appendices de ce néolibéralisme.
Alors engouffrons-nous dans la brèche pour rejeter ces régimes.

Pour cela, il nous faut croire en nous-mêmes, citoyens togolais, pour faire advenir le changement, grâce à la vérité car « le monde n’a pas besoin de paroles creuses mais de témoins convaincus, d’artisans de paix ouverts au dialogue sans exclusions ni manipulations. En effet on ne peut parvenir vraiment à la paix que lorsqu’il y a un dialogue convaincu d’hommes et de femmes qui cherchent la vérité au-delà des idéologies et des opinions diverses. La paix est un édifice "sans cesse à construire", un chemin que nous faisons ensemble en cherchant toujours le bien commun et en nous engageant à maintenir la parole donnée et à respecter le droit » (Pape FRANCOIS).

Alors, en nous rappelant comment au début de la crise du COVID-19, les Africains avaient fait preuve de créativité, avant que les gouvernants ne les remettent dans le système suiviste habituel, soyons sûrs que 2020 portait les germes d’un nouveau monde, faisons éclore ces germes avec la patience et la persévérance du jardinier.

Bonne Année 2021, à vous tous qui croyez que le 21ème siècle est le siècle de l’Afrique.

Maryse Quashie et Roger E. Folikoue